Marie Louise Etéki Otabela: «Simone Gbagbo est malmenée parce qu’elle veut en finir avec les totalitarismes» (Deuxième partie)

Marie Louise Etéki Otabela: «Simone Gbagbo est malmenée parce qu’elle veut en finir avec les totalitarismes» (Deuxième partie)

Depuis l’âge de sept (7), Marie-Louise Etéki-Otabela s’oppose farouchement à l’oppression de la gente féminine. Pour donner plus de répondant à sa conviction politique, cette ancienne membre de l’Union Nationale des Etudiants Kamerunais (UNEK) de France, une sorte d’antichambre de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), a créé un parti politique féministe légalisé au Cameroun en 1997.

L’Histoire du Cameroun retiendra en effet que Marie-Louise Etéki-Otabela aura été la première femme à se porter candidate au poste de président de la République en 2004. Sa candidature fut refusée par le pouvoir de Yaoundé. Son combat engagé devant la Cour suprême ne lui a pas ouvert les portes du scrutin. Mais Marie-Louise Eteki Otabela n’est pas du genre à baisse les bras devant les obstacles. Cette panafricaine convaincue poursuit son combat contre l’oppression des femmes en général et des femmes africaines en particulier. En séjour en France, elle vient de lancer une nouvelle initiative appelée “Un Million de femmes dans la rue à Paris“. Cet évènement que la femme politique panafricaine d’origine camerounaise caractérise de «premier « CRI » de la femme africaine pour changer le monde» aura lieu le le 31juillet 2016. EBURNIENEWS.NET l’a rencontrée en marge des préparatifs de cet grand évènement pour comprendre les motivations de son combat pour les femmes. Dans cette deuxième partie de l’interview, Marie-Louise Eteki Otabela parle de son admiration pour le combat de Simone Gbagbo, l’ex première dame de Côte d’Ivoire.

LIRE LA PREMIERE PARTIE DE L’INTERVIEW ICI

Eburnienews :  Lors de la conférence à Paris, vous avez évoqué le combat d’une autre femme africaine: Simone Gbagbo. Pouvez-vous résumer en quelques phrases ce que son combat vous a inspiré? De son époux, Laurent Gbagbo, beaucoup disent qu’il est devenu le nouveau Mandela de notre époque. Faites vous le même parallèle entre Simone et Winnie?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Difficile de résumer le combat de toute une vie en “quelques phrases”. J’ai découvert son livre (4) durant mon séjour actuel à Paris et je crois bien qu’il y a une seule phrase qu’il faut en retenir: Il faut en finir avec les totalitarismes, (2007 :106) pour sortir des régimes politiques africains.


C’était l’objectif de Ehivet Simone Gbagbo dès 1987 en Côte d’ Ivoire. En mars 2015, le 10 exactement  (deux jours après le 8 mars !), je pense qu’ ils l’ont condamnée à 20 ans d’emprisonnement et 10 ans de privation des droits prévus à l’article 66 du Code pénal,  juste pour cette phrase. Comme vous savez moi, j’ai soutenu ma thèse en science politique sur ce sujet : la nature totalitaire des régimes politiques post-coloniaux, à partir du cas du Cameroun (5)


Lors de la soutenance de cette thèse (en 1996), il n’ ya que deux Africains qui analysaient les Etats africains comme des fascismes, des régimes totalitaires : Mzimela Sipo (un sud africain noir…publié aux USA !) et moi-même. Donc vous voyez Winnie et Simone ont plus d’un point commun sur ce chemin de croix… qu’est la politique dans nos pays !

Eburnienews: Avez-vous déjà rencontré Simone Gbagbo avant et/ou après son incarcération?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Non, évidemment. Je ne la connais pas personnellement. Quand j’ai rencontré Laurent Gbagbo en Juillet 1988, que je me suis étonnée publiquement lors de cette conférence au Cercle d’Etudes africains d’Abel Eyinga qu’il analyse le régime Ivoirien sans le nommer, et qu’il m’a dédicacé son livre (6), je ne sais plus s’il était avec Simone…

Eburnienews: Comment avez-vous ressenti son arrestation le 11 avril 2011, puis son incarcération?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Une désolation! Traiter une femme de cette stature de cette manière là, et à la face du Monde, a été, une abomination, une honte qui a rejaillé sur tous les hommes de ce Continent…et probablement une malediction sur les auteurs de ce crime immonde simplement parce que c’est une femme qui les à dépassé…Nous devons aider et les Ivoiriens et les Français… à en sortir et à laver leur descendance d’une telle malediction!

Eburnienews: Que pensez-vous des différents procès que continue de lui intenter le pouvoir Ouattara? Quel sentiment vous anime lorsque vous entendez que des organisations des droits de l’Homme veulent que madame Gbagbo soit tranférée à la CPI?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Sans commentaries

Eburnienews : Existe-t-il une stratégie d’ensemble mise en place par les femmes africaines pour aider à connaître le combat et le cas Simone Gbabo et pour contribuer à sa liberation?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Nous en reparlerons après le 31 Juillet 2016 si nous arrivons à instituer cette Assemblée des femmes africaines: elle poura alors se prononcer sur des cas comme celui-là parce que le monde réalisera enfin que plus de la moitié du Continent africain a une alternative autre que la violence à proposer au Monde et la communauté internationale prendra l’ habitude de demander: qu’est-ce qu’en pensent les femmes africaines?

Eburnienews : L’actualité africaine ce sont aussi les femmes et jeunes filles violées par les soldats français ou forcées à la zoophilie par ces même soldats. Quels commentaires faites-vous sur ces faits reprochés à des soldats sensés venir les protéger?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Cela fait près de 30 ans que nous avons créé en Afrique un réseau d’Associations de Lutte contre les Violences faites aux Femmes et nous sommes fières que de notre vivant, nos filles aient pris la relève de ces combats… spécifiques. Aux dires de Cheik Anta Diop, dans l’Egypte ancienne, les femmes avaient leur Chambre, à part mais avec les mêmes prérogatives que l’Assemblée des hommes. Ce sont ces deux Chambres qui formaient le bicameralisme parlementaire devenu aujourd’hui une valeur fondamentale de la démocratie mais hélas perverti dans la culture occidentale car les hommes y ont confisqué les deux chambres: le Parlement et le Sénat!

Eburnienews : Revenons à l’actualité dans votre pays, le Cameroun où la secte Boko Haram continue de faire des victimes. Quels commentaires faites-vous de cette situation? Que feriez-vous si vous êtiez au pouvoir pour en finir avec cette secte ?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Nous travaillons sur cette question depuis un an exactement et nous allons bientôt publier ce travail. Plus de cent patriote ont pris leur courage à deux mains pour signer une pétition que nous avons initiée contre la loi totalitaire dite loi- anti Boko-Haram, qui ne résoud rien du tout et qui ne sert qu’à nous interdire de demander la démission du président Paul Biya,ce qui doit être le signal de l’ alternative que nous représentons depuis près de 20 ans au Cameroun.

Eburnienews : S’il vous fallait résumer en peu de mots le long règne de Paul Biya au pouvoir, que retiendriez-vous de son magistère?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Un seul mot: la désolation ! Comme disait Hannah Arendt, “la désolation est l’autre face de la terreur…” La terre entière a suivi ces dernières semaines deux hauts faits du Régime Biya: une femme éventrée de ses deux bébés devant un hôspital public et la panne de la voiture présidentielle lors du defile de la fête nationale le 20 Mai… une sorte de presage non?

Eburnienews : Etes-vous de l’avis de ceux de vos compatriotes qui pensent qu’au nom de la lutte contre Boko Haram, il faut un grand rassemblement derrière Paul Biya lors de la présidentielle de 2018?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Ils ne savent pas comment fonctionne notre pays,” ils ne savent pas ce qu’ils font: il faut leur pardoner…”

Eburnienews : Lors d’une interview accordée au magazine “ELLE” le président français François Hollande affirmait qu’ « Il n’y a de bonheur que dans l’égalité ». Quel commentaires cela vous inspire-il ?

Marie-Louise Etéki-Otabela: On en reparlera quand les cendres d’ Olympe de Gouges seront au Panthéon…et que Mr. Hollande tiendra sa promesse faite lors de sa campagne présidentielle de supprimer le mot “race” de la Constitution française!

Eburnienews : Quel est le message que vous souhaitez porter ?

Marie-Louise Etéki-Otabela: Nous appelons à “Un Million de femmes dans la rue à Paris, le 31 juillet 2016“. Ce sera le premier «CRI» de la femme africaine pour changer le monde !

Propos reccueillis par Aïssatou Traoré pour Eburnienews.net

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Notes

1°- Ségolène Royal : Femme Debout, éd. Denoël, 2009 : p.148

2° -Winnie Madikizela Mandela in Le journal du dimanche le 26 Janvier 2016, interview à propos de la sortie de son dernier livre : Un cœur indompté…éd ; Michel Lafont

3°-  dans le Revenu de l’existence… de Yoland Bresson, éd. L’Esprit Frappeur, en 2000, p .7

4°- Paroles d’honneur de Simone Ehivet Gbagbo, ed.Ramsay, 2007, 2è éd. Autres Temps, 2008

5°-publié sous le titre de : Le Totalitarisme des Etats africains, le cas du Cameroun , éd. L’Harmattan, 2001

6° la dédicace de L. Gbagbo  de son livre  Côte d’ Ivoire ” Pour une alternative démocratique “, L’ Harmattan Paris 1983 : Pour Marie-Louise Etéki, en espérant que ce petit travail pourra servir à notre lutte commune contre les totalitarismes africains.  Et c’est signé : Laurent Gbagbo, le 22 /7/89 (il y a 20 ans… à Paris et juste après la célébration du bicentenaire de la Révolution française par François Mitterrand!)
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Lire aussi: “Cour d’assises d’Abidjan: Voici l’intervention complète de Simone Gbagbo

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