Massacres de masse à Sassandra, fosses communes d’Adébem et catastrophe sanitaire imminente : appel à l’aide d’urgence humanitaire

Massacres de masse à Sassandra, fosses communes d’Adébem et catastrophe sanitaire imminente : appel à l’aide d’urgence humanitaire

Côte d’Ivoire. Les 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 mai 2011, pendant la crise postélectorale, plus de cent soixante personnes exclusivement de l’ethnie godié ont été massacrées dans les villages d’Adébem, Godjiboué, Trikpoko, Niégrouboué et Gobroko par des soldats des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), des chasseurs traditionnels dozo du nord, leurs supplétifs officiels, et des exécutants locaux.

Les corps des victimes ont été jetés par les bourreaux dans des fosses communes sur les lieux des crimes. Les quartiers habités par les Godié dans ces cinq villages de la sous-préfecture de Sago, département de Sassandra, ont été pillés et incendiés.

A Adébem, obéissant à une logique d’épuration ethnique, les hommes des forces armées d’Alassane Dramane Ouattara ont fusillé, égorgé ou brûlé vifs plus de soixante autochtones Godié. Les corps de nombreuses victimes ont été sommairement enfouis dans des fosses communes, à proximité des habitations, des pompes hydrauliques villageoises, des puits, du centre de santé, de la maternité, de l’Ecole primaire publique, du marché, etc.

La vie de milliers de personnes est donc menacée par de graves périls : maladies hydriques provoquées par la souillure de l’eau des puits, des pompes et des rivières par des matières libérées par les nombreux corps en décomposition dans les fosses communes, pathologies psychosomatiques (migraines, dépressions, tensions artérielles, problèmes cardiaques, crises de démence) dues aux souffrances mentales et à un stress important, etc.

La longue et vaine attente de l’exhumation des corps des fosses communes par le gouvernement a amené le chef du village d’Adébem à convoquer une Assemblée générale (Ag), le 25 février 2015, avec « La réponse au péril sanitaire qui menace l’ensemble du village » comme unique question à l’ordre du jour. Ci-dessous un extrait du procès-verbal de l’Ag : « Les participants ont mis en avant les nombreuses incertitudes qui subsistent en matière de contamination de l’eau des puits, du problème d’eau potable et des cas de maladies déjà déclarées. La demande d’exhumation des corps des fosses communes est approuvée à l’unanimité par l’assemblée. Les démarches à engager pour atteindre cet objectif doivent être menées à leur terme dans des délais très courts. »

Des lettres de demande d’exhumation des corps ont donc été adressées à messieurs Koffi Bony Ernest et N’Gbo Amon Béké, respectivement préfet du département de Sassandra et nouveau sous-préfet de Sago, au président du tribunal et au commandant de la brigade de gendarmerie de la ville, à l’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), etc. Les 24, 25 et 27 avril 2015, le préfet Koffi Bony Ernest a dépêché le sous-préfet N’Gbo Amon Béké en mission à Adébem, Niégrouboué et Godjiboué.

A Adébem, il a vu les fosses communes et a pu mesurer la gravité des risques encourus, sans que l’indifférence du pouvoir en soit ébranlée. Depuis plus de quatre ans, en effet, aucune action n’a été engagée par les différents gouvernements d’Alassane Dramane Ouattara pour secourir les populations sinistrées. Mme Aïchatou Mindaoudou, la représentante spéciale du secrétaire général des nations unies, qui reconnaît l’existence de fosses communes à Adébem, s’est contentée, le 19 juin 2015, de répondre par écrit au chef du village que l’Onuci « a pris attache avec la cellule des exhumations » du ministère de la Justice. (Cf. lettre de l’Onu ci-jointe).

Quant à la Cour pénale internationale (Cpi), elle ferme les yeux sur les massacres de masse de la sous-préfecture de Sago qui sont des violations flagrantes du droit international humanitaire dont les quatre Conventions de Genève de 1949, renforçant la protection des populations civiles en temps de guerre, sont les instruments.

Les fosses communes d’Adébem posent indéniablement des problèmes de santé publique. Pour éviter une catastrophe sanitaire et conformément aux décisions de l’Ag du 25 février, un appel à l’aide d’urgence humanitaire est lancé à l’Union européenne, à l’Union africaine, aux ambassades des Etats unis d’Amérique, de la Fédération de Russie, de la République populaire de Chine, du Japon, du Canada et à toutes les représentations diplomatiques à Abidjan, à la Fondation ivoirienne pour l’observation et la surveillance des droits de l’Homme et de la vie politique (Fidhop), à la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (Lidho), à Amnesty international, au Comité international de la croix rouge (Cicr), à la Communauté Sant’ Egidio, à la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh), à Caritas, à Nelson Mandela Foundation, à Médecins sans frontières (Msf), à Médecins du monde, à Human rights watch, à l’Unicef, à Save the children, à toutes les organisations non gouvernementales et à toutes les bonnes volontés. Que les destinataires énumérés ci-dessus veuillent bien accepter que la présente publication tient lieu de notification officielle par Solidarité pour Adébem.

Les besoins d’Adébem et des villages victimes des massacres de masse de mai 2011 sont à la mesure de la dégradation de leur situation économique, sociale, culturelle et de l’état psychologique de leurs habitants. L’énumération qui suit est forcément partielle.

-L’exhumation des corps sommairement entassés dans les fosses communes, suivie d’une expertise médicolégale menée par des spécialistes.

-L’inhumation digne des corps dans le respect des traditions godié. L’organisation du deuil et des obsèques dans les villages. Ces deux étapes représentent des facteurs importants dans le processus de réarmement moral et de lutte pour la reconquête de conditions d’existence décentes.

-La recherche d’autres fosses communes sur tout le territoire des villages d’Adébem, Godjiboué, Trikpoko, Niégrouboué et Gobroko.

-L’organisation de campagnes de consultations et de soins médicaux gratuits.

-La réparation des préjudices subis par les parents de toutes les personnes tuées ou disparues et par toutes les victimes des pillages et des incendies dans les cinq villages. A Adébem, deux (02) procès-verbaux de destruction de biens, meubles et immeubles à Adébem ont été établis par un huissier de justice, respectivement le vendredi 30 décembre 2011, de 08h30mn à 13h35mn, et le vendredi 16 mars 2012 de 09h à 13h10mn. Ils peuvent être mis à la disposition de tout demandeur.

-La justice équitable et la fin de l’impunité. Certains bourreaux, dont le chef dozo Ouattara Bamory et ses congénères, terrorisent toujours Adébem et les autres villages, en toute impunité.

-La sécurité pour les populations civiles qui vivent sous la menace des soldats des Frci et des dozo au service du régime d’Alassane Dramane Ouattara.

-Etc.

Ci-dessous des photos des fosses communes d’Adébem. Elles ont été prises le 24 avril 2015, lors de la visite du sous-préfet de Sago. Ces photos montrent M. N’Gbo Amon Béké et sa suite sur les sites des fosses communes et révèlent un pan des crimes contre l’humanité qui ont été commis dans la région.

Par Solidarité pour Adébem.

Pour tout contact, e-mail : solidariteadebem@gmail.com

 

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One comment

  1. Mes parents étaient parmi ces victimes de Sassandra, du côté de ma mère.

    Ils ont été butés beaucoup d’entre eux revenaient tranquillement de leur campement …..et ne comprenaient pas ce qui leur arrivait et pourquoi cette violence des hordes sauvages de Ouatara

    Ouatara Dramane croit qu’il n’y a rien et qu’il est serein et tranquille avec ces crimes horribles…

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