Menacé et battu par les rebelles, à Béoumi, Carlma est redevenu ami avec ses bourreaux d’hier

Menacé et battu par les rebelles, à Béoumi, Carlma est redevenu ami avec ses bourreaux d’hier

Carlma Brou a été menacé et passé à tabac par des rebelles en 2010, pour des raisons qu’il dit ignorer. Malgré cela, cet informaticien de 32 ans n’a gardé aucune rancune et est même redevenu ami avec ses bourreaux d’hier. Il témoigne.

Le 18 septembre 2002, je devais me rendre à Bouaké lorsque ma tante m’a fait reporter mon voyage. Le lendemain, je m’apprêtais à aller à la gare quand j’ai appris l’attaque d’Abidjan. Je n’ai donc pas pu partir à Bouaké pour reprendre les cours. C’est à Didiévi que j’ai dû poursuivre l’école. Après mes études secondaires et le cycle universitaire à Abidjan, je suis retourné à Béoumi en 2006.

Là, je donnais des cours d’informatique dans un lycée. Cela a duré quatre ans jusqu’aux élections de 2010. Étant militant du Front populaire ivoirien (FPI), j’ai fait campagne pour la victoire de mon candidat Laurent Gbagbo. Pendant le premier tour, je faisais le relais entre les bureaux de votes et le quartier général de campagne. Je devais ravitailler nos représentants dans les bureaux de votes en vivres et m’assurer que tout se passe bien.

Menacé et battu par les rebelles

Tout s’est bien déroulé dans l’ensemble au premier tour. Mais, au deuxième, les soldats des Forces nouvelles étaient devenus menaçants envers nous. Chaque fois que j’arrivais dans un bureau de vote, ils me disaient : « Quand les militaires de Gbagbo vont partir, vous allez les suivre ». Je n’y ai pas prêté attention. J’ai continué à faire ce que j’avais à faire.

Après les élections, les menaces à mon égard se sont intensifiées. J’étais devenu une cible, même pour ceux qui me connaissaient bien. Je suis allé voir leur chef pour lui faire part de la situation et de mon inquiétude. Il m’a rassuré, comme quoi il ne me serait fait aucun mal.

Mais, quelques semaines plus tard, de retour des cours, j’ai été agressé par six individus qui m’ont copieusement battu. J’ai alors compris la gravité de la situation et j’ai décidé de quitter Béoumi pour Abidjan. J’avais vraiment mal car je n’avais aucun problème avec les personnes qui m’en voulaient. Je leur rendais même des services lorsqu’ils me le demandaient. Je n’arrivais pas à comprendre qu’ils s’en prennent à moi à cause de la politique.

« Ils se sont peut-être trompés hier, mais la vie continue »

Je suis resté à Abidjan jusqu’à l’arrestation du président Laurent Gbagbo. Lorsque l’administration a été redéployée, je suis revenu à Béoumi. J’y ai trouvé plusieurs mois d’arriérés de loyer, des factures d’eau et d’électricité impayées. Je ne me suis pas laisser aller pour autant, car j’avais la chance d’être encore en vie.

J’ai repris petit à petit mes activités. Je me suis battu pour pouvoir payer mes factures. Aujourd’hui, ma situation s’est normalisée. Je suis de nouveau ami avec mes bourreaux d’hier. Cela semble incroyable, mais je me dis que quoiqu’il arrive, ils sont et demeurent mes frères ivoiriens. Ils se sont peut-être trompés hier, mais la vie continue.

Je souhaite que nos dirigeants arrivent à faire la même chose. Que cessent les arrestations arbitraires, car dans cette crise, ce n’est pas seulement un camp qui a commis des erreurs. Et tant que les emprisonnements se feront dans un seul camp, nous aurons du mal à faire confiance à la justice.

Par Daouda Coulibaly et Maxence Peniguet

Source: Ivoire Justice

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