Michel Galy : «Nous ne baisserons pas les bras tant qu’il y aura un seul prisonnier politique»

Michel Galy : «Nous ne baisserons pas les bras tant qu’il y aura un seul prisonnier politique»

Avec plusieurs organisations, vous avez envisagé de mener des actions en faveur de la libération des prisonniers politiques et des exilés ivoiriens …

Sur le terrain ? C’est la Côte d’Ivoire. Le régime Ouattara m’interdit d’y aller depuis avril 2011. Donc, vous ne risquez pas de me voir à Abidjan. Aussi avec mon ami, Boga Gervais du Fidhop, sommes-nous en train de préparer un texte pour signature par les organisations de la société civile en Côte d’Ivoire et en France principalement. Donc, ça peut être des organisations de défense des droits de l’homme puisqu’il s’agit d’une action en faveur des droits de l’homme. Parce qu’on parle de prisonniers politiques. Ça peut être également des associations, des partis, des mouvements politiques. Donc ça sera un collectif qui s’adressera à l’opinion politique internationale.  On fera publier le texte dans la presse. On l’enverra à Abidjan, à l’Union européenne, à l’Union africaine, aux ambassades occidentales, au pouvoir ivoirien, aux ambassades des Etats africains. Ensuite, il y aura une diffusion médiatique.

C’est une occasion inespérée pour les défenseurs de droits de l’homme d’avoir des journalistes occidentaux et africains pour s’intéresser  à ce problème. On leur donnera le texte qui va être publié sur la situation juridique de ces prisonniers. A savoir comme bien sont encore en prison et où. Combien sont condamnés. Combien sont malades. Combien sont morts depuis 2011. Combien sont disparus. Nous avons des chiffres sur tout cela. Nous les fournirons également à la fois aux Etats et ambassades ainsi qu’aux journalistes. Ce sera des actions à la fois diplomatiques et médiatiques, importantes pour la cause des prisonniers politiques et des exilés.

 Beaucoup de personnes ont été heureuses de savoir que le Quai d’Orsay a été saisi par vous et deux autres personnalités sur cette question. Mais, elles veulent savoir ce qui s’est passé là-bas ?

Nous au Quai d’Orsay, avec Eric Kahé et Laurent Akoun, nous avons sensibilisé les gens de ce département ministériel français. Il n’y a pas de secret autour, en espérant agir sur le gouvernement ivoirien par des pressions du gouvernement français. Nous leur avons fourni des lites actualisées et exactes de prisonniers politiques à nos interlocuteurs et à la cellule Afrique de l’Elysée. C’est-à-dire, là où il y a le pouvoir. Et en prenant au mot tout ce que fait Amnesty international depuis des décennies, tous ces Etats y compris la Côte d’Ivoire mais également la France, toutes ces organisations que sont l’Union européenne, l’Union africaine sur leurs propres textes et principes s’agissant de la défense des droits de l’homme. Et donc, s’il y a contradiction entre les textes et principes et la pratique en matière de droits de l’homme, nous les mettrons en évidence.

 Combien sont-ils au juste les prisonniers dont vous réclamez la libération et quels sont les types de torture qu’ils subissent dans les prisons ivoiriennes ?

 On dénombre environ 246 prisonniers politiques dans les prisons ivoiriennes. Dont 49 prisonniers militaires et 197 prisonniers civils. Parmi eux,  88 ont été jugés et condamnés, 109 sont prévenus, non encore jugés.

 Pensez-vous que la France qui a un regard complaisant envers le régime Ouattara depuis 20111, va pouvoir agir en faveur des prisonniers politiques  comme vous le souhaitez ?

Vous savez, il y a ce qu’on appelle le on et le off en politique. La politique  c’est comme le théâtre. Quand François Hollande s’est fait complice du régime Ouattara comme chacun le sait et qu’il y a eu l’entretien avec monsieur Affi N’Guessan, lorsqu’il est venu à Abidjan, il n’a fait aucune déclaration sur les prisonniers politiques. Mais nous, y compris les organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme, nous avons organisé des pressions telles qu’avant et après la visite de François Hollande, le nombre de prisonniers a diminué de moitié. Grosso modo, il est passé de 1000 à 500.

Donc vous voyez, nos démarches ne sont pas inefficaces souvent. Je vais vous raconter une anecdote qui nous a nous-mêmes beaucoup surpris. Lors de la première visite d’Alassane Ouattara en France pendant laquelle il a rencontré François Hollande, après l’élection de celui-ci à la présidence, à notre grande surprise, « Jeune Afrique » a relaté la chose suivante : « Hollande lui a dit : vous savez, il y a un collectif pour la libération des prisonniers politiques de Côte d’Ivoire qui n’arrête pas de faire le recensement des prisonniers en question, d’écrire aux députés et sénateurs français, au ministère des affaires étrangères et partout. Donc en gros, faites quelque chose, c’est plus supportable ».

Une manière diplomatique de faire pression sur Ouattara. Or ce collectif dont a parlé François Hollande à Ouattara, c’était nous. Un groupe d’amis. Puisque j’ai fondé ce mouvement dès fin 2011, début 2012. Donc nos actions avaient de l’impact au plus haut niveau sur les deux présidents et il y a eu pression du côté français sur le côté ivoirien.  Tous ces mouvements, la France par rapport à ses propres principes en matière de droits de  l’homme, la Côte d’Ivoire par rapport à l’image qu’elle veut donner à l’occasion de ce sommet international, sont très sensibles à ces questions. Et surtout à l’écho médiatique qui est vital pour eux et leurs bailleurs de fonds.

 Oui, mais Hollande n’est plus au pouvoir. Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, avez-vous entrepris des démarches avant celle du Quai d’Orsay en faveur des prisonniers?

 Depuis Macron, la demande au quai d’Orsay est la première, mais des Ong comme Amnesty international servent de relais d’ordinaire, vers l’Etat français et  l’Etat ivoirien, ainsi que vers les organisations internationales          comme l’Onu.

Lors de ses deux rencontres avec Ouattara à l’Elysée, Macron n’a abordé que des sujets économiques et financiers. N’est-ce pas la preuve qu’il s’importe peu des droits de l’homme en Côte d’Ivoire?

En diplomatie, il y a le on et le off, il est possible que les droits de l’homme aient été abordés, ne serait-ce que via l’ambassade.

Ne pensez-vous pas que le sort des migrants africains en Lybie ne va pas éclipser votre action lors de ce sommet Ue-Ua ?

Alors, vous avez tout à fait raison. Mais, ce sujet existe depuis longtemps. Il a été documenté depuis l’an dernier par des organisations de défense des droits de l’homme. Mais, le choc a été plus grand avec les images diffusées par Cnn. Nous sommes dans un monde de réseaux d’informations mondiales. Où il faut des images pour convaincre, traumatiser, choquer pour que l’opinion publique, les gouvernements s’en emparent.

Autrement par rapport à l’action que nous avons préparée depuis des mois, si vous voulez, il y a des risques de dérives. Je parle d’un risque de minimiser le problème des droits de l’homme en Côte d’Ivoire et Afrique en général par rapport à ce qui se passe en Lybie. Cela a choqué l’opinion. Je ne suis pas paranoïaque. Je ne dis pas que le problème des esclaves de Lybie est sorti de nulle part, mais ce que je dis, c’est que les gouvernements français et ivoiriens se servent des communicants au point de retourner la question.

Au lieu de parler des problèmes des droits de l’homme dans le pays hôte du sommet Ue-Ua, on va parler des droits de l’homme à l’étranger, en Lybie. Là où, le gouvernement français, l’Union européenne également, sont vaguement coupables. Là où, le gouvernement ivoirien vient d’envoyer un avion avec à son bord des humanitaires pour rapatrier les Ivoiriens en détresse de Lybie. Il y a donc une instrumentalisation des esclaves de Lybie, pour faire diversion sur ce problème de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire.

 Qu’attendez-vous de l’opposition, de la société civile de Côte d’Ivoire lors de l’ouverture de ce sommet ?

J’ai des liens de longue date avec l’opposition ivoirienne. Ce n’est pas moi à Paris, qui vais aller dénombrer le nombre de prisonniers politiques à Abidjan. Vous avez des associations efficaces telles que l’Affdo-Ci de Désirée Douati, vous avez la Lidho, la Fidhop, Amnesty-Côte d’Ivoire et des individus qui sont très déterminés sur la question. Il y a par exemple Zagol Durand de l’Ung, qui entend également mener des actions sur le terrain. J’ai également appris que le Fpi, parti dirigé par le président Laurent Gbagbo, prépare aussi quelque chose en faveur des prisonniers politiques avant et à l’ouverture du sommet. Il y a une mobilisation importante du côté de l’opposition autour des droits de l’homme.

 

Au moment où vous entrevoyez cette action, il y a Abehi, Gnatoa et Lida Kouassi qui vont passer aux assises en décembre. Est-ce que cela ne va pas freiner votre ardeur ?

Bon, c’est vrai ! Vous voyez que le gouvernement a des mesures moins bien connues qui sont des moyens de pression. Vous avez ce qu’on appelle la mort civile qui se résume par le dégel des comptes. Lesquels sont totalement vidés de leur contenu. C’est-à-dire que vous n’avez plus d’argent pour faire face à vos besoins et à ceux de votre famille. Vous avez également l’épée de Damoclès, avec une justice des vainqueurs flagrante. Dans laquelle, il y a des libérations provisoires et des procès en cours. Il y a des responsables politiques qui sont libres actuellement mais qui ont des procès en suspens.

Le gouvernement ivoirien fait agiter la justice pour les mettre en procès  en vue d’ajouter de nouvelles charges sur le dos, c’est le cas de ceux à qui vous faites allusion. Soit dans le cas scandaleux de Samba David, hors de toute légalité, les garder deux ans en prison après la fin de leurs peines. Il y a toute une panoplie de persécutions de ce que j’ai appelé à partir d’un auteur qui s’appelle Kochovsky, la monnaie usante du régime qui se sert des hommes et des femmes comme moyen de négocier aux fins de liberté, la politique en Côte d’Ivoire.

 Si vous ne parvenez pas à obtenir la libération des prisonniers avant ou pendant le sommet, baisserez-vous les bras ?

Ecoutez, moi j’ai commencé ce combat depuis 2011. Maintenant, en quelque sorte, nous avons passé le relais à des mouvements et partis politiques qui ont, par exemple le cas du Fpi, un secrétariat national chargé des prisonniers politiques avec Michel Gbagbo, qui est extrêmement efficace. Donc il n’y a aucune raison d’arrêter tant qu’il existera un seul prisonnier politique en détention dans les prisons ou camps de torture en Côte d’Ivoire.

 Hormis les actions diplomatiques et politiques qui sont lentes, n’envisagez-vous pas de saisir la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et/ou la Cour européenne des droits de l’homme pour porter plainte contre le régime Ouattara ?

 La Cour européenne n’est pas une instance pertinente.  L’instance de la Cedeao ou la Cour africaine peuvent en effet être des instances pertinentes, bien que symboliques et peu efficaces concrètement. C’est l’intérêt non seulement des familles des prisonniers, des organisations de défense des droits de l’homme, mais aussi de l’intérêt du gouvernement français, parce que vous savez que la veille du sommet Ue-Ua, Emmanuel Macron prononcera son grand discours sur l’Afrique à l’université de Ouagadougou au Burkina Faso.

Donc à cette grande messe, c’est de leur intérêt de ne pas perturber cette cérémonie Ue-Ua où des milliards de Fcfa y sont investis par la question des prisonniers politiques. Mais paradoxalement, ce sera de l’intérêt du régime Ouattara de libérer les prisonniers pour aller à la réconciliation nationale et ne pas être en butte à ces attaques perpétuelles sur ce sujet. Il ne faut pas tenir compte de la haine et du ressentiment du désir de vengeance contre les partisans du président Laurent Gbagbo. Ce qui explique cette irrationalité du régime ivoirien. Ca explique également que six ans après le complot franco-onusien, la situation des prisonniers politiques n’ait pas changé.

T

Source: letempsinfos.com

One comment

  1. Si c’était quelqu’un d’autre que Dramane Allassane (le pion de la servitude française en Afrique) qui tenait depuis plus de 7 ans des prisonniers d’opinion politique plusieurs voix se seraient déjà levées pour crier contre la dictature du Mossi Allassane Dramane. Mais jusque-là,comme tous (ONG de droits de l’homme ou de ventre)mangent dans la même loge,tous corrompus et amoraux sans scrupule,ils se taisent par association de malfaiteurs!La consciente morte,il suffit de quelques miettes de sous et ils se sucrent le bec l’intellect maudit…Comment peut-on garder des gens en prisons avec des tortures inouïes pendant 7 ans? sans jugement? pour être condamnées ou relâchées? Nous sommes dans une jungle où seuls les plus forts (au gré de la Franc-maçonnerie)par la voix des canons ont le privilège de poser les vices immondes sans être inquiétés!Bénéficiant du trait amorphe des populations,ils soumettent la majorité à leurs turpitudes. Mais,mais,mais, sous le ciel,toute chose a une fin car la roue tourne!

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