Michel Galy, politogue français, révèle: «Fabius est allé à La Haye pour demander le maintien de Laurent Gbagbo en prison»

Michel Galy, politogue français, révèle: «Fabius est allé à La Haye pour demander le maintien de Laurent Gbagbo en prison»

Le Journal de la Résistance: Antoinette Meho, militante Fpi vous a offert un présent à sa sortie de prison. Que justifie cette reconnaissance?

Michel Galy : Je pense que c’est quelque chose de personnel parce que quand elle a été interpellée, brutalisée et quand elle était en prison, j’ai mené une campagne pour elle. Je suis intervenu auprès d’ Amnesty International. Il est possible que mon intervention ai joué un rôle, entre autres, en faveur de sa libération.

LJDLR: Vous pensez que ce sont les actions menées auprès d’ Amnesty International qui ont porté des fruits pour la libération de Antoinette Meho?

M.G: Certainement. En effet, nous sommes allés à Amnesty International avec Christine Zékou. Je leur avais aussi soumis le cas de Samba David qui, comme vous le savez est encore malheureusement incarcéré deux ans après avoir purgé sa peine. Et aussi le cas de Koua Justin (Ndlr, libéré le 4 novembre 2017). Amnesty International fait un travail dans la discrétion. Un travail de pressions, de diplomaties, de remontrances en se réservant le droit au cas où ça ne marche pas et dans les cas extrêmes, de mener des actions publiques de dénonciation. C’est relativement rare, mais ça arrive. C’est la plus ancienne organisation des droits de l’homme et est orientée vers les gouvernements. Contrairement à Human Rights Watch ou la FIDH qui ont auparavant menées des actions très controversées contre la Côte d’Ivoire.

LJDLR: Six ans après la prise de pouvoir de monsieur Ouattara, il y a encore des centaines de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Savez-vous pourquoi Amnesty International ne déclenche pas l’action extrême en dénonçant publiquement le régime d’Abidjan?

M.G: Il l’a fait en 2012. Gaëtan Mootoo (ndlr, Chercheur Afrique et chargé des questions ivoiriennes à Amnesty International France ), a fait une conférence publique à l’hôtel Ivoire sur les prisonniers politiques. Et depuis, ils font en plus des rapports périodiques et annuels, des rapports ponctuels sur chaque pays et sur des cas précis. Ma fonction informelle est celle de la mise en rapport avec les organisations ivoiriennes. Pour ne pas compromettre les actions de Amnesty International Côte d’Ivoire, Amnesty International France mène des enquêtes directement et des visites à la MACA (ndlr, Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan).

Ceux qui font le travail, ce sont des Ong comme l’Affdo-Ci (ndlr, Association des Femmes et Famille de Détenus d’Opinions de Côte d’Ivoire) de Désirée Douaty ou le Secrétariat National aux droits de l’homme du Fpi, dirigé par Michel Gbagbo. Tout le travail précis de recensement des lieux de détention, de jugements, et la mise à jour nominative des détenus est fait par leurs soins. Les cas de tortures, de décès et autres est un travail minutieux et long de ces structures.

LJDLR: En dehors de Amnesty International, menez-vous d’autres actions?

M.G: En France, nous avons demandé un entretien à la cellule Afrique de l’Elysée avec Franck Paris. On nous a dit qu’il était très occupé et en voyage. Dans un premier temps, on l’a pris pour une fin de non-recevoir. Ils nous ont ramenés vers le Quai d’Orsay. Mais on n’a même pas essayé d’y aller. Et à notre grande surprise, c’est le Quai d’Orsay qui nous a relancés. Nous sommes allés les voir, il y a une quinzaine de jours avec Eric Kahé et Laurent Akoun. Nous leur avons transmis la dernière liste nominative. Nous avons expliqué les différents cas. Notamment, celui de Samba David. Et on leur a dit qu’il y avait au minimum des actions en vue en Côte d’Ivoire et en Europe, en France en particulier, en faveur des prisonniers politiques à l’occasion du sommet Union Européenne – Union Africaine les 29 et 30 novembre 2017 à Abidjan, et au maximum peut-être une sorte de contre-sommet sur les droits de l’homme.

De façon personnelle et ponctuelle, j’ai aussi animé une conférence en Allemagne sur invitation des ivoiriens à Düsseldorf et à Cologne. Et Avec Boga Gervais de la Fidhop qui est actuellement en Italie, on a lancé une initiative avec un texte qu’on va signer ce soir (dimanche 26 novembre 2017) qui, devrait être publié pour la libération des prisonniers politiques à l’occasion du Sommet UE-UA. Et les associations ivoiriennes se chargeront de le transmettre aux ambassades, à l’Union Européenne, l’Union Africaine. Le troisième volet sur lequel on a collaboré et qui touche à la fois le gouvernement français et ivoirien, c’est la médiatisation des actions avec les centaines de journalistes français, européens, africains, qui vont arriver à Abidjan.

LJDLR : Avez-vous eu satisfaction de votre entretien au Quai d’Orsay ?

M.C: Voyez-vous pour une négociation, il faut bien, en admettant la bonne foi de votre interlocuteur, qu’il y ait une liste. Si nos pressions sont efficaces surtout médiatiques, il faut obtenir du gouvernement français la volonté de faire des pressions sur le gouvernement ivoirien. Il faut leur transmettre concrètement une liste nominative avec les lieux, les dates de détention. Mais, ce n’est qu’un volet. On n’a pas eu accès à un très haut niveau. On n’a pas eu accès au ministre des Affaires Étrangères. Mais, ils ont en tout cas ces documents dans leur administration. Autrement, ce sont ceux qui sont sur le terrain, surtout en Côte d’Ivoire qui doivent faire des pressions pendant le Sommet de sorte qu’il y ait une transition. Ce qui peut paraître peu formel, en réalité peut avoir des effets concrets.

On a vu par exemple son efficacité à deux reprises. La première, lors de la visite de Ouattara à l’Elysée, en 2012. À cette occasion, Hollande s’est servi de l’action que nous avions posé, avec le comité pour la libération des prisonniers politiques de Côte d’Ivoire que j’ai formé en 2012, pour lui dire que ce comité a écrit aux députés, aux sénateurs, aux médias et ça devenait gênant. Ils lui ont dit en somme « faîtes quelque chose » !. Cela a été rapporté par Jeune Afrique à notre grande surprise. Et la deuxième fois, sans que ce soit forcément notre action, au moment de la visite de Hollande à Abidjan, le nombre de prisonniers a réduit de moitié. Il est passé du millier, à 500 environ après la visite en question.

LJDLR : 2017 a vu l’élection d’un nouveau président en France, en l’occurrence Emmanuel Macron. Pensez-vous qu’il va consacrer la rupture et sera plus réceptif au cas Laurent Gbagbo?

M.G: Vous savez, cet homme politique, c’est un peu un mystère. J’ai cherché au début des idées sur les politiques Africaines. Il y a avait un gros flou sur les questions diplomatiques, étrangères et son discours était en construction. Si on revoit ces éléments, il y a des éléments contradictoires. Le pire de ce que j’ai trouvé dans l’ouvrage d’un diplomate français que vous connaissez bien, Jean-Marc Simon, c’est l’épisode qui est occulté dans la biographie de Macron. À savoir, qu’il a été le stagiaire de Jean-Marc Simon pendant six mois à l’ambassade de la France au Nigeria. Il n’en parle pas. Il ne doit pas en être particulièrement fier.

On est dans l’expectative. Il est vrai qu’il a reçu, ça fait partie des relations diplomatiques, tous les chefs d’État africains dictateurs. Pour autant, il représente une nouvelle génération. C’est indéniable. Maintenant, est-ce qu’on doit avoir espoir d’un renouveau des relations, moi j’en doute un peu. Parce que dans mon analyse la françafrique n’est pas une question d’individu, c’est un système.

LJDLR : On vous a vu aux côtés de Jean-Luc Mélenchon pendant les élections présidentielles et on vous sait proche de la gauche française. Pouvez-vous nous expliquer le mutisme du Parti Socialiste français et ceux de la Gauche en général sur le cas ivoirien et du socialiste Laurent Gbagbo?

M.G: Excusez-moi du raccourci politologique, mais le parti socialiste n’existe plus. À force de compromissions notamment avec les dictateurs africains, il s’est tellement déconsidéré auprès de l’opinion politique française, qu’il fait à peu près 10% et il est en train d’imploser de tous les côtés. Et c’est Mélenchon qui a ramassé la mise. Le gouvernement Hollande, je ne sais pas s’il faut le qualifier de socialiste, en tout cas il faut mettre beaucoup de guillemets, a mené une politique étrangère, africaine et en particulier vis-à-vis de la Cpi dans le cas Gbagbo, de continuité de la politique de Sarkozy. Il est connu que Fabius est allé à la Haye pour demander le maintien de Laurent Gbagbo a un moment où l’absence de charges aurait dû mener à sa libération.

Il y a eu cette intervention du gouvernement Hollande par Fabius pour le maintenir en prison. Ma source étant Emmanuel Altit. Contrairement à cette gauche complètement compromise, le parti de Mélénchon a une approche complètement alternative. Puisqu’il a fait des déclarations sur les évènements de 2011. Il a même dit un jour où les mots ont dépassés sa pensée, qu’il irait lui-même chercher Laurent Gbagbo à la Haye pour le faire libérer au cas où il était élu. C’est la seule alternative avec ceux, même si absolument contre eux, le Front National. Ce qui n’est pas forcément une bonne chose pour le président Laurent Gbagbo parce que comme je le disais au regretté Miaka Ouretto, s’il y a des contacts avec le Front National, ça risquerait de cataloguer votre président du côté des fascistes, des dictateurs. Ce qui serait catastrophique pour l’opinion internationale.

LJDLR : En tant que sociologue et anthropologue, vous avez fait des recherches dans certains pays dont le Mexique et le Maroc. Pourquoi vous vous êtes engagé politiquement sur la Côte d’Ivoire en particulier ?

M.G: Avant les événements de 2000 et 2002, en tant que sociologue et politologue, je faisais mes recherches pour ma thèse de doctorat sur les Avikam de Grand-Lahou. J’étais dans le cadre de l’ Institut de Recherche et de Développement. C’est à ce moment là au lieu de faire des recherches sur un échantillon très réduit comme le veut l’anthropologie, j’ai commencé à m’intéresser à la politique et petit à petit en vivant en Côte d’Ivoire que j’ai commencé à comprendre certaines choses. J’ai réalisé l’interview de Laurent Gbagbo, chef de l’opposition au début des années1990 à sa résidence à la Riviera Golf. Parce que je suis arrivé vers 1986. Et j’ai commencé à publier notamment dans Le Monde Diplomatique, mensuel français de référence.

J’ai travaillé en Côte d’Ivoire soit dans des Organisations Non Gouvernementales, soit dans des projets bilatéraux pendant trois ans sur les questions foncières et ça m’a permis de sillonner le pays du nord au sud, et de l’est à l’ouest comme sociologue. Et de publier aussi bien dans Marché Tropicaux que dans Afrique-Asie. En même temps de parcourir d’autres pays africains ce qui m’a donné une vision plus large. Et donc, à mesure que les événements s’enchaînaient, à partir de 2004, je me suis trouvé de plus en plus impliqué.

En 2004, il s’est trouvé que j’ai passé trois ans d’ailleurs difficiles à l’école militaire de Saint-Cyr. Et quand Alliot-Marie disait quelque chose le matin et que je disais le contraire l’après-midi dans les médias, ça faisait quelques problèmes…. Au point où l’année suivante j’ai arrêté de donner cours ni à St-Cyr ni à Sciences Po Paris où je donnais cours alternativement. C’était une sorte de sanction professionnelle qui m’a ainsi touché. Puis il y a eu 2011, où j’étais proche non seulement du président Laurent Gbagbo, mais aussi de mon collègue le professeur Aké N’Gbo.

Le régime qu’ils ont installé après ce que j’ai nommé le coup d’État franco-onusien de 2011, on a fait en sorte que je ne puisse pas retourner en Côte d’Ivoire. Je suis donc, en un sens paradoxal, une sorte d’exilé politique… Mais, ça ne m’a pas empêché de suivre les évènements et d’agir à différents niveaux. Je me souviens qu’avec ce comité de libération des prisonniers politiques, on était un peu dans les catacombes, dans une sorte de clandestinité politique, plutôt isolé.

Mais, on a pu établir des liens avec ceux qui ont pu voyager ou mener des actions envers un certain nombre de personnalités dont Michel Gbagbo qui est de nationalité française, né à Lyon -dont j’ai le plaisir d’éditer la thèse, chez L’Harmattan. Voilà un peu le pourquoi du comment de l’engagement d’un Français progressiste aux côtés des camarades de Côte d’Ivoire, mais d’ailleurs aussi.

LJDLR : En tant qu’universitaire et intellectuel, savez-vous pourquoi les universitaires et intellectuels français qui pourtant sont très prolixes habituellement sont si silencieux sur la question de la Côte d’Ivoire?

M.G: Ça c’est une bonne question. Parce qu’ils ont été très bavards et très engagés aux côtés de Ouattara et du régime français qui était dirigé par Sarkozy. Prenons un cas pathologique. Jean Pierre Dozon, qui a écrit autrefois un très bon livre sur la société bété. Puisqu’il s’est retourné contre Laurent Gbagbo, contre le Front Populaire Ivoirien, contre le régime Gbagbo. On l’a entendu dire, lors d’un conseil ministériel qu’il fallait renverser le régime, qu’il fallait renverser Gbagbo. Il y a eu un peu comme une sorte de plan, comme ce qui s’est passé aux États Unis à propos du Vietnam.

Les universitaires français ainsi compromis, opposés au régime Laurent Gbagbo, l’ont au fond trahi….Il y a eu un épisode très curieux, à la suite du coup d’État et de la mise au pouvoir de Ouattara. Alassane Ouattara et Dagri Diabaté ont remercié les intellectuels et universitaires à l’ambassade de Côte d’Ivoire en France en leur remettant des hochets, des médailles et des distinctions -et on aurait dit qu’ils en avaient honte. Vous voyez, c’était une sorte de reconnaissance pour services rendus. Et donc, ça été l’omerta, le silence, depuis.

Donc les gens continuent leurs recherches et publications plus ou moins discrètement, quant à l’action politique. Mais, sans faire leur auto-critique. Ils ont décidé de ne plus parler politiquement du pays, des prisonniers politiques, des exilés, des persécutions, des trucages d’élections, des tortures, de la dictature- dont ils sont co-responsables, en tant qu’intellectuels pro Ouattara! Pour eux, on en parle plus. Il y a quelque chose de pathologique dans cet engagement des intellectuels français. Pourtant, dans d’autres temps, par exemple à l’époque du Chili, ils ont été très véhéments et engagés. Pour le cas de la Côte d’Ivoire, c’est une véritable forfaiture intellectuelle.

LJDLR : Quand on voit le silence des médias français depuis le début du procès Laurent Gbagbo, peut-on dire avec les révélations du journal Mediapart que les lignes bougent?

M.G: Tout à fait. On peut dire que cette affaire de Mediapart est aussi une question d’individu. J’ai d’excellentes relations avec le journal. Notamment, avec le directeur des publications.
J’ai publié à plusieurs reprises dans ce média sur la Côte d’Ivoire et sur les prisonniers politiques. Mais ponctuellement, il y a des journalistes qui se sont engagés récemment dans les six ou douze derniers mois dont Fanny Pigeaud qui a écrit “France-Côte d’Ivoire, Une histoire tronquée”. Et Stéphanie Maupas qui a écrit “Cpi, le joker des puissants”.

Ils ont une force d’analyse qui est favorable aux thèses de Laurent Gbagbo. Ils ont profité de cette masse d’informations et exploité des mails publiés par un consortium européen. D’ailleurs, vos lecteurs peuvent aller sur le site «Les Secrets de la cour». Ils y trouveront des articles sur la Cour Pénale Internationale et sur Laurent Gbagbo, en plusieurs langues . Sur ces 3000 mails dont dispose Médiapart sur votre pays, il y en a que quelques uns, qui ont été exploités. C’est à mon sens un premier stade de révélations et d’enquêtes qui vont suivre sur la Côte d’Ivoire, et sur le président Laurent Gbagbo.

LJDLR : Vous pensez que ces révélations vont influencer les décisions de la Cpi et la pousser à ouvrir les portes de la prison pour Laurent Gbagbo ?

M.G: Je ne pense pas que ça se passe comme ça. Ces révélations touchent d’abord les milieux journalistiques. Il y a un organe de presse que je ne nommerai pas qui me disait l’an dernier que je pouvais écrire sur tous les pays de la planète, sauf la Côte d’Ivoire. Ils étaient étonnés que ces révélations confirment mes analyses, depuis 2011. Pour les médias, la Cpi, comme le disait Denise Epoté sur le plateau de TV5, s’est complètement discréditée. Les décideurs français, les politiques ont lue ces révélations. Mais pour autant, la Cpi a son propre fonctionnement. Et elle ne peut pas se faire Hara-Kiri et se suicider. D’où la complexité du sujet.

Mediapart a manqué de relais. On aurait dû mieux relayer, parce que concernant la Cpi, il n’y a aucun mécanisme permettant de prendre en compte ces éléments et d’invalider ces décisions de justice. Donc comme l’a dit le président Laurent Gbagbo, la procédure est plus politique que judiciaire. C’est donc les actions comme celle d’Alpha Condé, qui a emmené quatre chefs d’États à aller voir Hollande, qui font des pressions sur la Cpi via la France, qu’il faut encourager et soutenir. Ç’a été un échec relatif. On manque encore de relais politiques qui derrière ces actions médiatiques feraient pression sur la Cpi.

LJDLR : Selon vous, Human Rights Watch, la Fidh et toutes les autres organisations de droits de l’homme sont inaudibles du fait des politiques français?

M.G: Human Rights Watch, à mon avis n’a plus aucune crédibilité sur le cas ivoirien. Savez-vous qu’ils ont reçu 100 millions de dollars de Soros à l’époque de 2000 à 2010, pour influencer l’action en Côte d’Ivoire. Ils ont été complètement pro-Ouattara jusqu’en 2011. Quand ils font leur méa-culpa sans le dire en publiant des rapports un peu critiques envers les Frci, dozos, ou du gouvernement Ouattara, à mon avis, ils n’ont aucune crédibilité.

Quand la Fidh dit que les massacres qui ont eu lieu fin mars 2011, qui ont fait plus de 1000 morts, sont des guerres tribales, ils ont perdu aussi toute crédibilité. De mon point de vue, pas parce que j’ai une relation avec eux, mais en comparaison des ONG internationales, il n’y a que Amnesty International qui sauve l’honneur, et qui peut avoir effectivement une influence sur le gouvernement français et ivoirien.

LJDLR : Au vu de tout ce qui est dépeint, êtes-vous optimiste quant à la libération du président Laurent Gbagbo et la restauration de l’État de droit en Côte d’Ivoire?

M.G: Je pense que dans un premier temps, la Cpi va lâcher du lest. Il peut y avoir une libération de Laurent Gbagbo par abandon. Pourtant selon certaines indiscrétions, le président souhaiterait que le procès aille jusqu’au bout et qu’il soit innocenté. Ou alors, on peut aller vers un raccourcissement du procès comme on le voit avec la fin du passage des témoins à charge prévu pour décembre 2017. Et ce sera le tour des témoins de la défense. Ça, c’est pour ce qui concerne la Cpi et Laurent Gbagbo. Ensuite, en ce qui concerne le régime en Côte d’Ivoire, on va le voir dans les jours qui viennent. Ce que je voulais dire, c’est que le changement politique dépend du rapport de force à la fois interne, mais aussi externe. C’est ça qui a payé de 2002 à 2011.

LJDLR : Quelle analyse faites-vous non seulement des morts en masse de migrants dans la Méditerranée, mais aussi de la traite humaine en cours en Lybie?

M.G: Avec des camarades Ivoiriens, nous avons des actions pour la libération des prisonniers politiques et la libéralisation du régime Ouattara. Donc ce que je constate de façon pragmatique, c’est que la mobilisation depuis 15 jours ne se fait plus du tout sur ça. Elle se fait sur la Lybie. Même Kemi Séba, avec qui je ne suis pas toujours d’accord, a émis des réserves sur la mobilisation.

On sort des images de CNN et il y a de fortes mobilisations des Africains en Europe et ça nous éloigne du sujet et des critiques à l’intérieur et à l’extérieur du Sommet. Et nous faire oublier les causes de ce drame qui sont les dictatures Africaines, les relations France-Afrique, les relations coloniales, le gros poids des migrations etc. C’est une subversion terrible. C’est étrange qu’on sorte les images concomitamment avec l’organisation du Sommet. Il faut se dire qu’il faut agir. Mais, il y avait une autre urgence, c’est celle Sommet et de la dictature. Il ne faudrait pas que l’un fasse oublier l’autre.

Interview réalisée par

Benson Sérikpa & Carole A. Sérikpa

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