Michel Kafando, l’ancien chef de l’Etat, Président de la Transition au Burkina Faso vient à la rescousse de Isaac Zida poursuivi par Roch Kaboré

Michel Kafando, l’ancien chef de l’Etat, Président de la Transition au Burkina Faso vient à la rescousse de Isaac Zida poursuivi par Roch Kaboré

Au décompte des évènements qui ont émaillé la vie nationale post-insurrection, figure incontestablement le coup d’Etat dont ce 16 septembre 2016 marque le premier anniversaire. Non que d’autres faits importants n’aient pas imprimé leur sceau dans cette période particulièrement mémorable de notre histoire. Mais de par son audace voire sa bêtise, de par la qualité de ses auteurs, cet évènement-là a connu un singulier retentissement.

On le sait, la Transition burkinabè est loin d’avoir été un long fleuve tranquille.

Aux appréhensions et à la grande inconnue du départ, se sont dressés maints obstacles dont les plus notoires méritent d’être rappelés :

. 30-31 décembre 2014 : première crise intra RSP où le Premier Ministre Isaac ZIDA a failli être pris en otage;

. 4 février 2015 : deuxième crise RSP-ZIDA, obligeant celui-ci à se réfugier chez le Mogho-Naaba;

. Juin 2015 : mutinerie du RSP à la garnison Naaba-Koom et diktat à la Transition d’avoir à débarquer le Chef du gouvernement sous peine de son élimination physique.

. 16 septembre 2015 : coup d’Etat du RSP.

Bien évidemment et de loin, ce dernier évènement a été le plus grave, puisque son succès aurait été signe de la fin de la Transition et, partant, le désaveu de l’insurrection populaire, avec le risque d’une guerre civile. L’avènement du fameux CNDD aurait tout simplement sonné le temps de la revanche et sans nul doute celui de la vengeance. Et aujourd’hui, on n’en serait pas avec ce vent du renouveau à la faveur duquel chacun peut dire ce qu’il pense.

Par conséquent et avec le recul, c’est peu dire que nous l’avons échappé belle.

« L’héroïsme dont a fait preuve notre peuple marquera pour toujours notre histoire »

Qui oserait aujourd’hui nier que la résistance populaire qui a uni dans un même élan et dans une même ferveur tous les patriotes burkinabè, face à l’imposture, a sauvé la Nation d’une funeste tragédie et permis du même coup le parachèvement du processus électoral?

L’héroïsme dont a fait preuve notre peuple, jusqu’au sacrifice suprême de ses enfants, pour défendre la liberté et la démocratie, marquera pour toujours notre histoire et celle de tous les pays épris de justice.

Le Président de la Transition que j’étais, fut le premier à en saluer le dénouement final. Quoi donc de plus normal, à moins d’ingratitude et de trahison, ce qui n’est pas dans mes gênes, qu’en cet anniversaire historique, il rende hommage au vaillant peuple burkinabè, ainsi qu’à tous ceux qui ont permis que refleurisse l’espoir, au terme de cette douloureuse parenthèse.

« A aucun moment je n’ai craint pour ma propre vie; mais pour celles de tous ces jeunes, manifestant leur résistance dans les rues et dans les quartiers »

Embastillé moi-même, ce 16 septembre 2015, dans les conditions que l’on sait, à aucun moment je n’ai craint pour ma propre vie; mais pour celles de tous ces jeunes, manifestant leur résistance dans les rues et dans les quartiers et dont me parvenaient certains échos que rythmaient les macabres détonations des armes de leurs poursuivants.

J’entends rendre hommage à notre ardente jeunesse, civile comme militaire, pour avoir fait connaître au monde entier que la résistance à l’oppression est le plus impérieux et le plus sacré des devoirs de l’homme, comme le clamaient les révolutionnaires de 1789.

Je rends hommage à l’ensemble du peuple burkinabè, toutes composantes confondues, pour sa maturité et pour son bel exemple de courage.
Mon hommage s’adresse à toutes les victimes de cette forfaiture et ensemble les victimes de l’insurrection populaire.

A vous également, Forces armées nationales, mes hommages et ma reconnaissance pour m’avoir aidé à gérer une si complexe et délicate situation. Au paroxysme de la crise, vous avez suivi mon conflit intérieur et partagé mon drame de conscience. Fallait-il à tout prix et à quel moment attaquer le camp Naaba-Koom? Vous attendiez mes ordres…Mais la victoire d’un camp signifiait la désolation dans l’autre, avec la certitude d’incalculables conséquences: 200, 300, 400 morts! Etait-ce là l’objectif de l’Insurrection populaire? De la Transition?
Heureusement que pour ceux qui ont la foi, il y a d’autres voies de salut. Et en mon âme et conscience, j’atteste que le salut est venu d’En¬-haut.

Mon hommage s’adresse enfin à tous ceux qui, qu’ils soient au Burkina ou en dehors, nous ont soutenus dans cette terrible épreuve.
Nous attendons maintenant le jugement des Hommes et de l’Histoire. Quel que soit le verdict, le peuple burkinabè qui est un peuple magnanime, saura en tirer de bénéfiques conclusions pour le bien de notre très cher pays. En d’autres termes, pour servir la cause de la réconciliation nationale. »

Michel KAFANDO

Président de la Transition, Ancien Président du Faso

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