Migrants torturés en Libye: La chaîne de télévision britannique Channel4 démontre que le trafic d’esclave continue

Migrants torturés en Libye: La chaîne de télévision britannique Channel4 démontre que le trafic d’esclave continue

Un reportage de la chaîne de télévision britannique Channel4, diffusé lundi, révèle en images les conditions de détention inhumaines des migrants en Libye. À travers des photos et vidéos issues des réseaux sociaux, il montre les tortures qui leur sont infligées.

Les témoignages de migrants sur les conditions de détention en Libye, reviennent régulièrement sur les maltraitances, les tortures, le manque de soins et de nourriture. Mais les images sont rares.

Dans un reportage diffusé lundi 25 février, la chaîne de télévision britannique Channel4 présente ces terribles conditions de détention après avoir obtenu des images amateurs. Ces photos et vidéos, prises par les migrants, illustrent leur quotidien dans les centres de détention du pays où ils sont à peine nourris et vivent dans des conditions d’hygiène désastreuses.

Les images de Channel4 sont insoutenables. Elles montrent des migrants – dont des femmes- suppliciés. On y voit des personnes enchaînées, suspendues au plafond, battues, brûlées au plastique liquide, menacées avec des armes à feu.

“La très grande majorité de ces personnes ont déjà tenté de traverser la Méditerranée, ont été interceptés par les garde-côtes et ramenés en Libye”, raconte Sally Hayden, une journaliste qui a compilé des dizaines de témoignages de migrants détenus en Libye.

Depuis 2017, l’Union européenne fournit des navires à Tripoli et finance une formation prodiguée aux garde-côtes libyens pour qu’ils interceptent les embarcations de migrants en Méditerranée. Cette nouvelle politique a permis de réduire considérablement le nombre d’arrivées en Europe mais elle a contribué à aggraver le sort des migrants bloqués en Libye.

L’Europe sous le feu des critiques des ONG

Les trafiquants d’êtres humains ont trouvé avec les migrants retenus en Libye une importante manne financière. Les vidéos de leurs supplices sont publiées sur les réseaux sociaux pour faire pression sur leurs familles et obliger leurs proches à envoyer de l’argent.

Il n’est pas rare que des gardiens des centres de détention revendent eux-mêmes des migrants à des trafiquants. Les enlèvements sont également fréquents. Comme cela est arrivé dans le centre de détention de Khoms, à l’est de Tripoli, rappelle Channel4. Plusieurs personnes qui y étaient détenues ont disparu après que des trafiquants ont tenté d’enlever des migrants avec la complicité des gardiens.

Giulia Tranchina, avocate spécialiste de l’immigration et du droit d’asile, interrogée par Channel4, explique recevoir des témoignages qui viennent confirmer une réalité déjà connue : “Les tortures se déroulent alors que les trafiquants sont au téléphone avec les familles des migrants, afin que leurs proches entendent les cris”. “Certains de mes clients sont couverts de cicatrices, complètement traumatisés”, détaille l’avocate.

La politique européenne en Libye est régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits de l’Homme. Interrogé par Channel4, Matteo Debelis, chercheur à Amnesty international souligne que “la priorité numéro un des gouvernements européens est d’empêcher les migrants et réfugiés de traverser la Méditerranée et d’arriver en Europe. Ils n’agissent donc pas pour mettre un terme aux violations des droits de l’Homme commises en Libye.”

La Commission européenne a fait savoir à Channel4 que son travail en Libye “avait toujours consisté à sauver des vies, protéger des personnes, combattre le trafic d’êtres humains et soutenir les migrants vulnérables.”

La France va livrer six nouveaux bateaux à la Libye

Vincent Cochetel, envoyé spécial de l’UNHCR pour la situation en Méditerranée centrale, a réagi au reportage de Channel4 sur son compte Twitter. “Nous ne pouvons plus douter du fait que le système de détention [en Libye] est partie intégrante du modèle commercial des trafiquants d’êtres humains. De profonds changements sont nécessaires pour sauver des vies”, a-t-il affirmé.

Mi-février, la ministre des Armées, Florence Parly, a annoncé au Premier ministre libyen Fayez el-Sarraj que la France allait livrer six embarcations rapides à la garde-côtes libyenne.

Cette aide européenne est dénoncée par Human Right Watch (HWR). Dans un rapport publié en janvier dernier, l’ONG a estimé que le soutien de l’UE – et l’Italie en particulier – aux libyens contribue à la détention arbitraire et abusive des migrants et demandeurs d’asile interceptés en mer. Les Européens, souligne l’ONG, sont “complices d’un cauchemar sans fin”, qui s’est accentué avec la fermeture des ports italiens et maltais aux ONG.

Source: infomigrants.net

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