Ministère de l’enseignement supérieur: Après les universités, l’administration centrale paralysée à partir du 05 Mars 2019

Ministère de l’enseignement supérieur: Après les universités, l’administration centrale paralysée à partir du 05 Mars 2019

Pendant qu’Albert Mabri Toikeusse s’évertue à « démontrer sa puissance » devant des groupuscules de « jeunes en transe » à Man, son Ministère est en train de brûler. En effet, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique dont il a la charge depuis seulement 8 mois est à l’agonie.

En dépit de sa longue expérience gouvernementale, notre Ministre 6 étoiles semble totalement dépassé par les événements au point où on est amené à se demander s’il n’y a pas eu erreur de casting. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait qu’en ce moment tout est mélangé entre ses mains ; les professeurs mécontents ont déserté les amphis pour une année, disent-ils. Les étudiants livrés à eux-mêmes crient leur désarroi. Quant aux agents de l’administration centrale en colère, ils menacent d’entrer en grève dès le 05 mars 2019 si l’arrêté portant prime trimestrielle n’est pas signé. Universités fermées, administration centrale paralysée, voilà le triste décor offert par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique sous l’ère Mabri Toikeusse. Quelle honte !

Est-il incapable de diriger ce Ministère ? A-t-il le cran nécessaire pour faire face à des directeurs qui « se rebellent » en permanence contre lui ? L’homme politique qu’il est a-t-il suffisamment de temps à consacrer à sa charge ministérielle ? On raconte que les bureaux du 20e étage de la tour C sont très souvent désertés les fins de semaines pour la région du Tonkpi où il doit se faire applaudir par les siens. Si par rapport aux Universités qui disposent d’une autonomie de gestion, Mabri n’a certainement pas toutes les cartes en mains, ce n’est pas le cas pour l’administration centrale où il détient tous les leviers du pouvoir de ce Ministère juteux. Conscients d’être des laissés pour compte dans le partage du gâteau, les agents n’ont eu de cesse d’exprimer leur mécontentement en vue d’attirer l’attention de l’autorité de tutelle sur l’injustice flagrante qu’ils subissent douloureusement depuis des années. Ils ne comprennent toujours pas pourquoi malgré les colossales ressources financières générées au sein de ce Ministère, ils vivent la misère et la souffrance au quotidien, contrairement à leurs collègues des Ministères de l’économie et des finances, du budget et du portefeuille de l’Etat, des transports, du plan et du développement, du commerce et de l’industrie, de la construction et de l’urbanisme, de la fonction publique, de la modernisation de l’administration etc. Dans lesdits départements ministériels, le personnel administratif et technique vit décemment, car il bénéficie de primes trimestrielles provenant d’une partie de leurs ressources propres. C’est dire que les conditions de vie et de travail des agents y sont régulièrement améliorées au nom de la solidarité et de la justice sociale.

Au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique où l’égoïsme et la méchanceté sont les choses les mieux partagées, l’autorité de tutelle ne l’entend pas de cette oreille. Pas question de concéder le moindre centime aux agents pour le paiement de leurs primes trimestrielles, malgré les nombreux milliards de francs CFA de ressources propres ; l’argent des préinscriptions des 100.000 bacheliers à raison de 10.000 francs par individu, l’argent des inscriptions au BTS des 70.000 candidats à raison de 10.000 francs par personne, l’argent des frais de soutenance du BTS des 50.000 candidats à raison de 5.000 francs par impétrant, la cagnotte liée à la convention de concession du service public représentant 10% des frais d’inscription des étudiants de tous les établissements privés d’Enseignement Supérieur de Côte d’Ivoire (plus de 350 écoles), les frais de création et d’ouverture des établissements, les frais d’ouverture des filières, l’argent des équivalences des diplômes, l’argent des demandes de bourses et de vente de nombreux documents administratifs etc. Le moins qu’on puisse dire à la suite de cette liste qui est loin d’être exhaustive, c’est que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique est l’un des départements ministériels les plus riches de Côte d’Ivoire, mais dont la cruauté envers ses agents se justifie mal. Apparemment, toute cette manne financière profite seulement à un groupuscule de prédateurs, au détriment des pauvres agents forcés à broyer du noir.

Et pourtant, l’arrêté n° 081 MEF/DGTCP/RGF-CE du 22 février 2010 portant création d’une régie d’avances auprès de la Direction des Affaires Administratives et Financières du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, signé des mains du Ministre de l’Economie et des Finances de l’époque Charles Diby Koffi, leur donne droit à des primes. En effet, l’article 1er de cet arrêté stipule : « Il est créé auprès de la Direction des Affaires Administratives et Financières du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique une régie d’avances pour le paiement des dépenses ci-dessous indiquées : -communiqués de presse ; -primes du personnel ; -frais de réception ; -achats de biens et services ; -achat de carburant ; -frais de fonctionnement des régies de recettes et d’avances ».

S’étant rendus compte qu’ils se font spolier par l’autorité de tutelle depuis 2010, les agents ont réclamé à la Ministre Bakayoko Ly Ramata leurs primes trimestrielles qui leur revenaient de droit, en vertu de l’arrêté n° 081 MEF/DGTCP/RGF-CE du 22 février 2010. En plus, l’atelier d’optimisation des ressources financières du 02 décembre 2016 est venu consolider ce droit à bénéficier des primes. Malheureusement, la voracité l’a emporté sur l’esprit de partage. Face à la situation explosive qui prévalait au sein du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, le personnel administratif et technique a saisi Monsieur le Premier Ministre Gon Coulibaly qui a fait injonction à Bakayoko Ly Ramata de régler la question des primes sous quinzaine. Voulant ruser avec les agents malgré les instructions du Premier Ministre, elle a été limogée purement et simplement, ou du moins réduite aujourd’hui à gérer des pouponnières.

C’est dans ce contexte tendu qu’est intervenue la nomination d’Albert Mabri Toikeusse à la tête du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique en qui les agents avaient placé tant d’espoir. Cependant, les discours de bonnes intentions des premiers jours ont laissé la place ces derniers temps à des tergiversations incompréhensibles. Malgré les nouvelles instructions du Premier Ministre en faveur des agents et les résolutions de l’atelier du 26 décembre 2018, Mabri Toikeusse semble lui aussi vouloir les rouler dans la farine. A-t-il déjà perdu de vue qu’il doit sa nomination au bras de fer entre Ly Ramata et le personnel administratif et technique relativement au paiement des primes trimestrielles ? Croit-il qu’il a été nommé pour ses beaux yeux ? Quand on a été nommé Ministre dans des conditions calamiteuses, il faut faire attention en s’attelant à résoudre au plus vite la question à l’origine du ‘’balayage’’ de son prédécesseur.

Il se raconte que n’ayant pas digéré son éviction brutale du Gouvernement il y a deux ans, il entend procéder actuellement à un « rattrapage financier » dans la mesure où il est obnubilé par sa candidature aux présidentielles de 2020. Les agents se sentant encore trahis entreront en grève le 05 mars 2019, si Mabri s’entête à les mépriser en ne signant pas l’arrêté portant primes trimestrielles auxquelles ils ont droit.

Ce qui se passe au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique est absolument indigne. Voilà un Ministère qui traîne de nombreuses casseroles, mais qui rechigne à contenter avec des primes ses agents, pourtant témoins d’une multitude de forfaitures. Face à une situation de blocage total, les langues se disent prêtes à se délier en exposant dans les moindres détails sur la place publique toutes les magouilles et petites combines qui prospèrent dans ce Ministère remplis de sorciers et de sorcières de la pire espèce. Selon certaines indiscrétions, le grand déballage, c’est pour bientôt. En effet, des informations croustillantes seront données sur l’affaire du véhicule 4*4 neuf offert. Qui en est le généreux donateur ? Qui en est l’heureuse bénéficiaire ? Et à quelles fins ? Il sera également question des dons suspects ; on parle de fortes sommes d’argent qui auraient été empochées. Quels sont les mis en cause ? Comment passer sous silence la mafia qui existe autour des orientations des bacheliers ? Tous les mécanismes seront dévoilés avec preuves à l’appui d’ici quelque temps. Sans oublier de nombreuses petites combines ayant fait l’objet de traçabilité et qui seront exposées au grand jour.

Assurément, les jours à venir s’annoncent chauds au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique où des affaires éclaboussantes seront exhumées de manière à ce que le visage hideux de ce département aux antipodes de la bonne gouvernance et de l’émergence soit dénoncé avec force et véhémence. De mémoire de journaliste d’investigation, c’est la première fois qu’une question de primes trimestrielles déchaîne autant de passions. Le Ministre Mabri saura-t-il se montrer suffisamment responsable en apaisant pour de bon la colère des agents ? Nous y reviendrons.

Maindeba Gueu

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