Mode Africaine: Une industrie naissante qui prend son envol

Si autrefois la mode africaine avait du mal à prendre son envol, force est de constater aujourd’hui, que les stylistes africains côtoient de plus en plus les T(podium) internationaux. De Alphadi en passant par Iman Ayassi, Gilles Touré, Pathé ‘O et bien d’autres, ces stylistes africains ont réussi à exporter les cultures de leur pays et le résultat est tout simplement extraordinaire. Alphadi est l’un des premiers stylistes africain à avoir compris l’intérêt de l’exportation de cette mode. En effet, à travers le Fima (Festival international de la mode africaine) lancé en 1998, qui se veut un événement inédit dans l’univers de la mode africaine francophone, ce styliste d’origine nigérienne à su mettre en valeur le riche patrimoine culturel du pays dont il est originaire.

A la première édition du Fima, plusieurs grands noms de la haute couture sont présents. Tous sont subjugués par la précision des coupes des tenues qui leurs sont présentés. Et sont unanimes sur la nécessité de s’emparer des richesses du continent et des défis à relever en fin de permettre à cette industrie naissante de prendre son envole. Chaque styliste à sa façon œuvre pour reconstituer le visage de la mode africaine contemporaine. Celle qui se fait sur place grâce par exemple à la foi faille et au talent de Sambo style. Le Nigérien fait fructifier l’héritage familial grâce à sa créativité ou ailleurs le Camerounais Iman Ayassi, qui vit à Paris, n’est jamais loin de ses racines. Cependant, il a pris le parti de la métaphore pour les exprimer dans ces créations. Egalement dans l’hexagone le sénégalais Sadio Bee a choisi de mettre en avant son continent en mélangeant ses imprimés à d’autres tissus.

Le Malien Lamine Badian Kouyaté créateur de la marque Xuli Bet pour sa part, a mis la fripe à la mode. Tous comme son compatriote Chris Seydou qui avait mis en valeur le bogolan tissus originaire du Mali. Les stylistes africains sont de plus en plus sollicités. Récemment, la belle Eva Longoria actrice principal de la série culte Desperates houswives, est apparut sur le plateau d’une émission avec une tenue d’un styliste africain qu’elle aurait rencontré par le biais d’une amie sud africaine. Idem pour la chanteuse d’origine antillaise Lynsha qui ne jure que par les créations des stylistes africains qu’elle ne manque d’ailleurs pas d’arborer à toute occasion. En Côte d’Ivoire la mode à aussi connu un essor. Plusieurs générations se sont bien illustrées dans ce domaine faisant ainsi du pays une vitrine de la mode africaine.

La mode ivoirienne… le début d’une longue et belle aventure

La mode ivoirienne on peut le dire fait son bonhomme de chemin. Plusieurs stylistes de renoms tel Ivette Holland, Nathalie Konan, Chantal Ezan (Mme Doué Mathias) Loulou Gotry ont servi de socle pour le lancement de cette mode avant de passer plus ou moins le témoin à des stylistes comme Pathé O, Angybell, Cisse saint moise, Gilles Touré, Nawal el Assad puis à que ceux de la nouvelle génération, Patrick Asso, Anderson D etc.… tous à leur niveau ont contribué au rayonnement de la mode ivoirienne à l’international. Tout commence avec l’arrivée à Abidjan du styliste Malien Chris Seydou qui dans sa besace a une somme d’expérience acquise lors de sa formation auprès des grands couturiers d’Europe. Chris Seydou ose, et affirme son propre style avec ses propres textiles, artisanaux, modernes ou traditionnels.

Gilles Touré 2 Mode Africaine: Une industrie naissante qui prend son envol

C’est le printemps de la mode ivoirienne, chaque styliste y va de son inspiration et les motifs traditionnels africains sont mis en valeurs dans toutes les créations. Ivette Holland, Pathé’ O, Angybell et bien d’autres stylistes semble avoir été séduit par la nouvelle tendance. Ils s’y donnent à cœur joie. Si Ivette Holland émerveille par son style particulier (confectionnant des parapluies et manteaux à l’aide de pagne), Nathalie Konan, Chantal Ezan et Michelle Yakice, elles se proposent d’offrir des créations uniques et colorées.

Quant à Loulou Gotry qui venait de rentrer d’Italie dans les années 90, elle a été la grande révélation d’un défilé à Abidjan avec Paco Rabanne. Les sillons tracés, la mode Ivoirienne peut décoller sans craindre. Car de jeunes stylistes font leurs entrées dans ce monde. Et en Abidjan on parle désormais de Nawal El Assad, Angybell, Pathé O Ciss Saint Moise Gilles Touré et bien d’autres. Si Gilles Touré, se fait remarquer par ses coupes et ses collections qui ont trait au glamour, Pathé o lui se base sur l’originalité. Se servant le plus souvent des matières africaines, pour confectionner ses chemises, Pathé o a su appâter bon nombres de personnalités africaines par l’originalité la qualité des articles qu’il propose.

Pathé ‘O, Angybell….. se positionnent

C’est à la faveur du ciseau d’or que certains stylistes modélistes tels Pathé ‘O et Nawal Assad, Mathilde Tiéné se sont révélés. Et ce à travers l’utilisation des matériaux locaux pour la confection des tenues. Vainqueur de la 1ère édition de Ciseaux d’or en 1988, Pathé ‘O est devenu aujourd’hui une référence en matière de mode africaine. D’illustres personnalités comme Nelson Mandela et Laurent Gbagbo font partir de ceux qui arborent fièrement ses chemises. D’ailleurs son style est aujourd’hui repris par de nombreux stylistes et modéliste. Dans les années 90 une nouvelle vague de stylistes occupent le devant de la scène. Il s’agit entre autres de Gilles Touré, Ciss Saint Moïse, Nawal El Assad, qui mettent les T à leurs pieds. Ces derniers qu’on pourrait qualifier de stylistes de la troisième génération font le show et exposent leur savoir faire.

Pathé ‘O Mode Africaine: Une industrie naissante qui prend son envol

Ces jeunes stylistes et modélistes, qui très tôt ont démontré leur génie créateur, continuent de hisser haut le drapeau de la mode ivoirienne en particulier et en Afrique en général. Ils sont soutenu dans la tâche par une nouvelle vague ceux de la jeune génération. Découvert depuis 2000, ces jeunes notamment Anderson D, Habib Sangaré, Eloi Sessou, Nakidan, Patrick Asso… font briller de milles feux les femmes à travers des collections tout aussi glamour les unes que les autres. Et le bien que l’on dit d’eux après chaque défilé lors des festivals ou rendez-vous de mode dans la sous région ne fait confirmer leur expertise.

Un style adapté aux normes internationales

Au vu des différentes créations et collections des acteurs du domaine, l’on s’aperçoit de l’esprit d’ouverture des créateurs ivoiriens. Chose qui facilite l’accécibilité à leurs différentes créations. Quel que soit le matériau, la coupe des ivoiriens répond également aux attentes du marché mondial. Du boubou, au mougouba, en passant par le pagne, les robes, les pantalons, les chemisiers, le tissé et autres, etc. les stylistes ivoiriens, bien que restant eux-mêmes, savent diversifier leurs styles. Pour l’adapter au marché international. Pourtant parmi ces créateurs et stylistes qui ont fortement contribué au rayonnement de la mode ivoirienne, certain n’ont pas pu maintenir le cap et du jour au lendemain se sont retrouvé loin des feux des projecteurs. Ce qui constitue une véritable entrave à un essor dynamique de la mode.

La préoccupation à ce niveau est de savoir si les maisons de coutures ivoiriennes n’ont pas assez de ressources pour tenir la route aussi longtemps? Sur ce sujet on pourra dire que certains stylistes ivoiriens essaient tant bien que mal de rester encore sur les T, mais pour combien de temps? Le malheureux constat que nous faisons ici est que contrairement aux hautes maisons de coutures occidentales telles que Chanel, Gucci, Pacco Rabane, Christian Dior …. qui réussissent avec brio à traverser les époques, en Afrique les maisons de couture ont du mal à s’éterniser ou se projettent subitement après un moment de gloire dans l’anonymat.

Alphadi 3 Mode Africaine: Une industrie naissante qui prend son envol

En Côte d’Ivoire, on pourrait prendre l’exemple de la maison Sybailli du talentueux créateur Michel Sybailli et de Loulou Gotry. Ces créateurs ont à un moment donné rehausser le niveau de la mode en Côte d’Ivoire, la demande étant forte, leurs créations s’arrachaient comme de petits pains jusqu’à ce petit à petit ces maisons ne fassent plus parti des plus fréquentées par les férues de mode. On pourrait imputer cette situation au fait que les créateurs africains en général et ivoiriens en particulier ne proposent pas des créations traversant le temps ou pouvant s’adapter à tous les contextes. Ce qui constitue en quelque sorte un handicap pour la vulgarisation de la mode du continent.

L’autre difficulté qui se pose aux stylistes africains, est le manque d’outils de créations perfectionnés. En effet, malgré leur talent la majeure partie d’entre eux sont victimes de leurs outils de production trop artisanale. Ce qui constitue une véritable entrave à la conquête du marché occidental. Aussi l’absence d’usines de production représente-t-elle un frein à la diffusion extérieure des créations de ces derniers.

Des tribunes pour célébrer la mode

Au fil du temps des festivals ont commencé à voir le jour en fin de valoriser et de célébrer la mode africaine. Notamment le Dakar fashion week, Sira Vision créé par la styliste Sénégalaise Collé Ardo Sow, et Afrik fashion show de l’ivoirienne Isabelle Anoh qui sera à sa 7èm édition dans la capitale économique Ivoirienne. Ces deux festivals, sont considérés par bon nombres d’observateurs comme de grands rendez vous de la mode pendant les quels des stylistes peu connu expriment leur talent. Aux dires de la promotrice de Sira vision, est un espace de dialogue et de concertation entre les acteurs de la mode. Sira vision tout comme Afrik fashion show représentent des canaux de promotion des créateurs africains et de la diaspora. Par ailleurs ces rendez-vous pour les acteurs de la mode représentent une opportunité de réflexion sur le devenir de la mode.

Ce genre d’action est à encourager car elles favorisent la redynamisation du secteur de la mode africaine. Loin d’être de simples défilés de mode ces festivals jouent un rôle décisif au point de vue économique. En ce sens qu’ils drainent de nombreux participants dans les pays qui les abritent. En somme on pourrait dire que la mode ivoirienne tout comme la mode africaine prend doucement son envol. C’est le lieu d’interpeller tous les stylistes africains ainsi que les acteurs de la mode du continent afin qu’ils continuent de mettre sur pied d’avantage de plate forme d’expression des jeunes talents, mais aussi et surtout qu’ils réfléchissent sur les possibilités de création d’un grand marché africain de la mode en vue de faciliter l’exportation de leurs différentes créations.

N. Kamagaté, pour eburnienews.net

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NB: Il est permis de reprendre nos articles sous condition d’en préciser la source

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