Moïse Koré ( ancien Conseiller Spécial du président Laurent gbagbo) : « Les rebelles ont-ils changé… »

Moïse Koré ( ancien Conseiller Spécial du président Laurent gbagbo) : « Les rebelles ont-ils changé… »

En exil dans la sous-région ouest africaine, Pasteur Moïse Koré ex-conseiller du président Laurent Gbagbo, se prononce sur les questions brûlantes de l’actualité.

Le Journal de la Résistance : Des thèses disant que le président Laurent Gbagbo, détenu à la Haye depuis 2011, est un homme manipulé, sont de plus en plus évoquées. Pour avoir collaboré avec lui pendant plus d’une décennie, qu’en pensez-vous ?

Moïse Koré: Ceux qui parlent ainsi ne connaissent manifestement pas l’homme. Le président gbagbo n’est pas manipulable, même dans sa situation actuelle. Rappellez-vous ses paroles: “C’est bien madame que je sois ici. On ira jusqu’au bout”(ndlr, propos tenus à l’ouverture du procès 28 janvier 2016, à la Haye). C’est l’affirmation de ce en quoi il croit. N’a-t-il pas dit: “Mes choix et mes convictions ne sont pas négociables. Tant pis, si pour cela je dois en payer le prix”. C’est cela l’homme Gbagbo. Même à l’époque, La rumeur populaire disait que c’est son épouse Simone qui le manipulait. Mais, je peux vous assurer que le Président faisait ce qu’il croyait bon et utile pour le pays. Je me souviens de son discours après Les Accords de Marcoussis. Quelles propositions n’a-t-il pas reçu de toutes parts jusqu’au texte final. Mais, comme vous l’avez constaté, à part le préambule pour s’adresser aux uns et aux autres, son discours a été mis de côté pour parler, non pas en tant que politique, mais en tant que humain. Avec son coeur et en père de famille pour apaiser les filles et fils du pays. Que les gens arrêtent ce genre d’insinuations car ce serait une manière de lui dénier toute réflexion et tout idéal. Or, c’est tout le contraire de ce qu’est ce grand homme qui s’est imposé dans la politique ivoirienne par la force de ses idées et convictions.

LJDLR: Était-il aisé de le convaincre de revenir sur une décision qu’il avait prise par exemple ?

MK: En ce qui me concerne, je ne me suis jamais mêlé de ses activités politiques. Mais, je vais vous donner un exemple qui pourra vous servir de repère. En 2004, alors que les tirs des hélicoptères français frappaient la résidence, son chef de cabinet et moi lui avons proposé de partir de la résidence pour un lieu neutre et sécurisé que nous avions identifié. Il nous a répondu, bien entendu après avoir ignoré dans un premier temps notre proposition, ceci: « Je suis Laurent Gbagbo. J’ai 69 ans. Et j’ai déjà des enfants et grands enfants. J’ai fait ce que je crois être bon pour moi et pour mon pays. Si ceux qui tirent veulent me tuer, qu’ils viennent me trouver ici. Je les attends. Mais, il ne sera jamais dit que Laurent Gbagbo a été tué en fuyant. » Après avoir dit cela, il a continué à raconter l’histoire qu’il avait arrêtée pour nous répondre. Sur certaines décisions, on peut lui en vouloir ou lui reprocher ses choix. Mais, plus tard on se rend compte que son jugement était le bon.

LJDLR: En tant qu’exilé politique, quel regard jetez-vous sur la situation socio-politique, économique et sécuritaire de la Côte d’Ivoire, depuis le coup d’État militaire du 11 avril 2011?

MK: Pour ce que j’entends et lis, l’Historien gérait mieux le pays que l’économiste, en ce moment. Les faits sont têtus: dictature, emprisonnements abusifs, liberté de la presse sous contrainte, droits de l’homme bafoués, insécurité galopante (mutins, démobilisés, microbes, braqueurs etc..), rattrapage ethnique…Du jamais vu depuis 1960. Des infrastructures biodégradables, paupérisation grandissante des populations, chômage etc.. Comme quoi Gbagbo « kafissa » (ndlr, Gbagbo est mieux, traduit de la langue malinké), slogan de ses propres militants. Endettement vertigineux, mensonges érigés en mode de communication.

LJDLR: Comment avez-vous vécu la journée du lundi 11avril 2011?

MK: Pénible journée j’étais hors du pays en mission et vous pouvez imaginer le poids de la douleur et de la tristesse. Mais, après avoir longuement pleuré la consolation du Seigneur m’a apaisée et une voix intérieure m’a dit: si cet homme est sorti vivant des bombardements c’est que Dieu n’en a pas fini avec Lui. Les moments actuels avec leurs lots d’injustices, de douleurs, de tristesses et d’amertume passeront. Car, le meilleur est à venir. Les grandes nations se sont construites dans de grandes douleurs.

LJDLR: Il y a beaucoup d’exilés connus et anonymes qui ont été extradés, et qui sont aussi décédés…Avez-vous peur que cela vous arrive aussi un jour ?

MK: Dieu est avec moi. Je ne crains aucun mal que peuvent me faire des hommes. Celui qui donne la vie et qui fait mourir me donne le discernement à chaque tentative de ce genre. Beaucoup de pièges m’ont été tendus. Mais, Dieu m’en a délivré. On m’a même proposé d’aller en Guinée équatoriale rencontrer le président de ce pays avec un jet privé qui viendrait me prendre à Accra. Quand j’ai demandé à rencontrer l’ambassadeur du pays en question à Accra, ils ont disparu. De multiples tentatives pour me faire rentrer ont été entreprises par des gens qui furent proches du Chef, mais j’ai décliné toutes ces offres, parce que les pièges étaient trop gros.

LJDLR : Quels sentiments vous anime face à ceux qui préconisent la réconciliation et le retour des exilés?

MK: La réconciliation et le retour des exilés sont des choses que tout exilé souhaite parce qu’on est bien que chez soi. Mais, ces deux choses ne peuvent se décréter par des mots. À mon avis, libérer les prisonniers politiques serait déjà un bon signe. Pour paraphraser La parole de Dieu, je dirai que l’amour du prochain qui implique le pardon et la réconciliation ne peut se passer d’actes forts. Des personnes innocentes croupissent dans les geôles du pays depuis 6 ans dans des conditions inhumaines. Certaines y sont mortes et on parle de retour des exilés. Ceux qui se sont décidés à franchir le pas sont soit tués, soit emprisonnés, sois sous surveillance. D’autres, ont même dû revenir en exil. Alors, de quoi nous parle-t-on? Le jour où il y aura une réelle volonté politique avec le retour de tous les enfants de notre pays, personne n’aura besoin d’une campagne pour cela. Les exilés ici disent d’ailleurs que le jour où l’on annonce le retour du président Gbagbo au pays, une grande marche partira de tous les camps de réfugiés et des villes et villages du Ghana pour la Côte d’Ivoire notre pays, sans que personne ne nous le demande.

LJDLR : Que dites-vous des résistants qui envisagent l’union avec les rebelles en vue de fragiliser le pouvoir d’Abidjan ?

MK: Les rebelles ont-ils changé? On sait ce que la première expérience a donné. Comme quoi « premier gaou n’est pas gaou, mais c’est deuxieme gaou qui est gnata ». Or, nous ne sommes pas des gnatas. Quels actes forts ont-ils posé?

LJDLR : Dans l’une de ses interventions le président disait être entouré d’alliances mercantiles…Votre commentaire?

MK: Le vécu actuel nous le confirme. Il n’y a qu’à voir le nombre de défections, de trahisons, de révélations, de taupes etc…Le président avait ce trait de caractère qui était de faire confiance à ses collaborateurs jusqu’à ce qu’il réalise de lui-même qu’ils n’en valent pas la peine. Il ne se contentait pas des oui dire. Et je pense que c’est l’une des choses qu’il doit regretter aujourd’hui.

LJDLR : Envisagez-vous de rentrer en Côte d’Ivoire avant la libération du président ?

MK: À mon niveau, c’est une impossibilité. Il n’y a que Dieu qui peut me contraindre à le faire.

LJDLR : Êtes-vous optimiste quant à la libération du président Laurent Gbagbo ? Pensez-vous que la côte d’Ivoire retrouvera son lustre d’antan ?

MK: Je le suis d’autant qu’on ne peut rien reprocher au président Gbagbo dans ce procès. C’est sachant tout cela, que le Président a dit un jour : ” Ils gèrent leur honte. Un jour ils m’ouvriront les portes de la CPI pour me demander de rentrer chez moi”. Le défilé des témoins à la Haye y a installé une telle confusion que l’accusation se retrouve dans les cordes à quelques jours de la fin de ses témoignages. A Dieu seul la gloire. Qui de nous aurait pu imaginer un tel retournement de situation? Les révélations de Médiapart viennent de mettre le procureur KO. Il nous appartient d’enfoncer le clou de concert avec les équipes de la défense. Je pense qu’il nous faudrait initier une action citoyenne avec une équipe d’avocats en collaboration avec la défense pour achever la complice d’Ocampo et toute l’institution. Oui confiant je le suis, déjà je me réjouis pour mon pays qui saura se retrouver et se remettre sur le chemin de la vraie fraternité. Les légions remplient de vaillance de la résistance ont relevé sa dignité et pour cela fiers Ivoiriens le pays nous appelle. Car notre devoir sera d’être un modèle, en forgeant unis dans la foi nouvelle la patrie de la vraie fraternité.

Interview réalisée par Benson Sérikpa et Carole A. Sérikpa

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