Monseigneur Alexis Touably témoigne des effets dévastateurs de la crise sur les populations de l’ouest de la Côte d’Ivoire: «Un jeune m’a dit (…) Monseigneur, moi, la vie ne me dit plus rien.»

Monseigneur Alexis Touably témoigne des effets dévastateurs de la crise sur les populations de l’ouest de la Côte d’Ivoire: «Un jeune m’a dit (…) Monseigneur, moi, la vie ne me dit plus rien.»

Monseigneur Alexis Touably, président des évêques catholiques de Côte d’Ivoire a fait des révélations, hier, sur les effets dévastateurs de la crise. Il a confié qu’une tournée effectuée dans l’ouest du pays (cette région martyre) lui a permis de se rendre compte des stigmates laissés mais surtout de constater que làbas des gens n’ont pas envie de vivre parce qu’ils ont déjà côtoyé la mort à travers les atrocités qu’ils ont connues. Nous publions un extrait du témoignage poignant de l’évêque catholique.

«Malheureusement, notre pays a connu un temps de mort, ça il faut le dire. Un temps de mort, c’est-dire un temps où la vie elle-même a été sérieusement ternie, où beaucoup des jeunes, beaucoup d’Ivoiriens ne croient plus en la vie. Moi, j’ai fait une grande tournée dans le diocèse de Man, dans la région de Toulepleu. En quatre jours, j’ai parcouru 15 villages.Je quittais la paroisse de Toulepleu le matin à 9 heures et je rentrais à 2 heures du matin en passant dans les villages.

Ce que j’ai senti, c’est que beaucoup n’attendent plus grandchose de la vie. Un jeune m’a dit dans un village de Toulepleu (…) ‘’Monseigneur, moi, la vie ne me dit plus rien. Si je trouve koutoukou, je trouve pétrole, je bois. Si pour moi viens maintenant, je dois voler, je vais voler et puis un matin je suis mort’’.

Dans un autre village, je parlais je la vie toujours, il y a un autre jeune qui a montré des traces sur son corps et m’a dit : ‘‘pour moi, la mort est déjà en moi’’.

Ce sont des exemples extrêmes mais qui montrent que quelque part, on doit réapprendre à vivre, à ne pas nous enfermer dans cette parenthèse de mort que nous avons connue (…) Notre objectif, c’est d’emmener les jeunes vers la vie du Christ, dans cette grisaille que nous vivons maintenant, où la culture de la mort s’est généralisvée où quand vous tuez quelqu’un ça ne fait même plus peur à quelqu’un.

Aujourd’hui, vous voyez les enfants vont jouer au ballon à côté d’un cadavre. Ça veut dire que la mort est devenue comme banale. Parce que la mort est banale, c’est que la vie aussi devient banale (…) On a connu un temps de mort national maintenant il faut la vie».

H.D

Source Le Nouveau Courrier

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