Montée du djihadisme dans le monde: Pourquoi la solution n’est pas pour demain (Par Germain Séhoué)

Montée du djihadisme dans le monde: Pourquoi la solution n’est pas pour demain (Par Germain Séhoué)

On constate une recrudescence réelle du conflit entre le djihadisme, qui est  un islamisme violent, conquérant et les nations du monde. La Côte d’Ivoire est partie prenante à cette bataille. Frappée dans sa cité balnéaire Grand-Bassam, le 13 mars 2016, par des djihadistes avec 19 morts, elle connait désormais par cette horreur, ce qu’ont connu le Mali, le Burkina Faso, le Nigéria, le Cameroun, le Tchad, la France, la Belgique et tous ces pays qui vivent une actualité sanglante. Mais pourquoi ce phénomène est-il si complexe et croissant ? Le combat que mènent les terroristes-djihadistes au nom de l’islam, qui ne reflète pourtant pas le vrai Islam, est semblable au combat qu’ont mené les Zélotes juifs, autres djihadistes du judaïsme et Adolph Hitler, l’Allemand. Et pour comprendre les trois mouvements sanglants, il faut en saisir le centre de la pensée, la cause centrale. D’abord, quelle est la cohérence du nazisme selon ses instigateurs ?

La montée du nazisme, tout comme celle du djihadisme tient en trois thèmes. La première des choses, c’est que comme bien de civilisations, l’Allemagne, se croit le pays le plus civilisé, le plus grand, le plus fort, le plus intelligent du monde. On a là, un orgueil national. Cet orgueil, fierté d’un peuple se croyant investi d’un avantage que les autres n’auraient pas, a été par ailleurs, également découvert dans les causes du conflit de Bouna par le Pr Amoa Urbain. La deuxième cause, c’est la défaite grave en 1918 que certains Allemands ne s’expliquent pas. Car comment peut-on échouer de la sorte, alors qu’on est le plus civilisé, le plus grand, le plus fort, le plus intelligent du monde ?

Cette amertume est renforcée par l’humiliation du Traité de Versailles qui condamne l’Allemagne à payer des réparations énormes. Or, les Allemands ne sont pas convaincus d’être l’unique responsable de la guerre de 1914. A l’orgueil s’ajoute donc l’humiliation et le constat que rien ne va. Rien ne va plus à cause de la crise économique de 1929. Où le matin, les Allemands paient un pain avec une poignée de billets et le soir, ce même pain coûte une brouette de billets de banque. Alors, si « on est les meilleurs », si on échoue malgré cela, si en plus on est orgueilleux, il reste à développer l’analyse d’une cause de ses malheurs. Pourquoi ? Qui ?

Il s’est alors trouvé un homme particulier, que l’histoire doit regretter d’avoir créé, qui a fait celle analyse appelée « une théorie du complot », du nom d’Adolph Hitler. Hitler estime que derrière les malheurs de l’Allemagne, il y a la main des Juifs « complotistes », franc-maçon. Ils auraient créé ces événements parce qu’ils veulent devenir le sommet du monde. Une place que l’Allemagne occuperait déjà. Ses preuves ? L’Armistice de 1918 qui a condamné l’Allemagne a été cosigné par un diplomate juif d’ailleurs assassiné plus tard. De même, beaucoup de banquiers sont juifs. Or, les banquiers auraient provoqué la crise de 1929. Donc « les banquiers juifs » sont responsables de cette crise. Mais pourquoi pas « les banquiers » au lieu de « les banquiers juifs » ? Conséquence. Selon l’histoire, « l’œuvre majeure d’Hitler consiste à mettre l’Allemagne au-dessus de tout et à éliminer le peuple comploteur ». Et la deuxième guerre mondiale qui éclate, la guerre de l’orgueil national et de la vengeance d’un peuple humilié, qui fait 50 millions de morts. Dont une grande proportion pour les victimes juives.

Les premiers djihadistes du judaïsme

Le combat du troisième Reich est bien semblable au djihadisme façon Zélotes. Il s’agit de la guerre des Juifs contre les Romains racontée par l’historien juif Flavius Josèphe, l’un des généraux juifs lors de la révolte de 70 après Jésus-Christ, passé du côté des Romains tellement, il est opposé à la violence de ses frères. Pourquoi les nationalistes juifs radicaux dits Zélotes voulaient-ils conquérir le monde ? Parce que le peuple juif se considérait comme le plus fort. Ils revendiquaient toutes les promesses les plus intelligentes du monde. Et ils étaient certains qu’en conséquence, un des leurs dominerait le monde. Mais Flavius Josèphe estime que ses frères se trompaient dans l’interprétation des prophéties. Et que la personne qui allait dominer le monde, c’était plutôt le Général Vespasien qu’ils étaient en train de combattre et qui sera l’Empereur romain.

Pour l’historien juif, l’un d’entre eux qui a déjà dominé le monde par l’humilité et non par le sabre ou la bombe, c’était plutôt le Christ Jésus. Mais voilà ce peuple qui se voit meilleur, humilié parce que conquis par les Romains et devenu incapable de gérer son propre territoire. Les Zélotes ne supportent pas de voir des représentations d’animaux sur le fronton du Temple de Jérusalem. Ils se sentent vexés par des représentations de l’Empereur romain sur leurs édifices emblématiques ou sacrés. Alors ils lancent une guerre contre l’occupant en commençant par arracher ces représentations « provocatrices » de l’Empereur sur leur Temple. Puis ils attaquent et massacrent toute la garnison romaine dans la ville de Césarée. Où femmes et enfants ne sont pas épargnés. Excédé, Néron réagit par l’envoi des légions, dirigées par le Général Vespasien et son fils Titus qui matent proprement la révolte.

La « Galilée, un des principaux sanctuaires des nationalistes juifs radicaux et Jérusalem » est tombée. Si les Zélotes n’ont pas craint de s’attaquer à un empire que personne n’a jamais battu, l’empire romain, c’est parce qu’en plus de la certitude d’être les plus brillants ; de l’humiliation nationale par un prédateur, ils sont gonflés à bloc par une prophétie. Donc le facteur foi religieuse. Selon Flavius Josèphe, cette prophétie portée par le prophète Ezéchiel 38, 14 et 39, 15 dit ceci : « Il viendra vers la fin du monde, une grande guerre : La guerre de Gog et Magog. Le monde entier se réunira contre le peuple saint (Israël). Et ce peuple sera faible. Tout semblera perdu à un moment donné. Mais, alors que tout semblera perdu, Dieu interviendra par sa puissance. Et on mettra des mois et des mois à ramasser les cadavres de ses ennemis. Alors, Israël dominera le monde ».

C’est pourquoi alors que tout semble perdu pour Israël, le Temple de Jérusalem détruit, près d’un million de Juifs tués dans cette guerre, il se trouve encore des résistants pour se révolter en Egypte contre les Romains autour d’un autre Temple. Etant peuple élu, ils sont persuadés que le dernier mot leur appartient, même avec un résidu. Orgueil national, humiliation, foi religieuse. Les Zélotes ne s’avoueront pas vaincus malgré leurs pertes. Alors en 135 après J-C, l’Empereur Adrien déportera ce peuple parmi toutes les nations. Où il perd tout espoir politique. Il est persécuté de mille manières dans un peuple étranger.

Mais malgré le cœur brisé et les yeux baissés du moment, rien ne peut détourner ce peuple de sa certitude d’avoir raison et de ce que la victoire finale sera à lui. Et parlant de « la fausse prophétie eschatologique », l’historien Flavus conclura selon le philosophe théologien chrétien Renauld Dumouch, dans une vidéo sur Youtube «Or, l’Histoire l’a montré plus tard, ce sont les Juifs spirituels qui avaient raison. Ils survécurent d’ailleurs à la guerre pour la plupart, car ils s’enfuirent de Jérusalem, suivant en cela le Messie Jésus qui les avait avertis (Luc 21, 21-24) « Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, alors comprenez que sa dévastation est toute proche. Alors, que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes, que ceux qui seront à l’intérieur de la ville s’en éloignent, et que ceux qui seront dans les campagnes n’y entrent pas ; car ce seront des jours de vengeance, où devra s’accomplir tout ce qui a été écrit. Malheur à celles qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là ! “Car il y aura grande détresse sur la terre et colère contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant du glaive et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens jusqu’à ce que soient accomplis les temps des païens. »

La montée du djihadisme actuel

Comme toute religion, l’Islam enseigne à ses adeptes qu’ils sont la plus forte et la plus belle des communautés créées sur terre. Mais cette certitude d’être la meilleure n’est pas que religieuse. Elle est aussi politique. Tout comme dans le judaïsme avec les Zélotes. A côté de cela, il y a aussi une humiliation qui dure depuis l’époque des Lumières, donc plusieurs siècles, où l’Occident développe sa Science, sa Technique et colonise beaucoup de pays musulmans. Mais après la colonisation, l’exploitation du pétrole et le vol de l’argent du pétrole par les Occidentaux de mèche avec le tyran au pouvoir, révolte les musulmans qui sont dans la misère. Comment se fait-il que « la meilleure communauté au monde » constate qu’elle régresse ?

En plus donc de l’orgueil et de l’humiliation nationale, on a la théorie eschatologique du complot venue du Prédicateur wahhabite Muhammad Ibn ‘Abd al Whahhâb. Qui prône depuis plus de depuis 30 ans l’Islam rigoriste d’Arabie Saoudite et envoient des adeptes partout dans les pays musulmans et ailleurs, dont les banlieues françaises pour l’expansion de l’islamisme. Voyons comment le djihadisme prend de l’ampleur en France. Et selon le philosophe théologien chrétien Renauld Dumouch, cette théorie se résume ainsi : « Il y a un complot venant de Satan qui a sur terre des serviteurs. Ces serviteurs sont des illuminatis, qui ont fait un pacte lucide avec Satan. Ces serviteurs sont Juifs. Ils ont à leurs soldes des franç-maçons. Et ces francs-maçons ne sont pas conscients que dans les hautes sphères de la franc-maçonnerie, les illuminatis ont un culte de Satan. Ils fomentent un complot afin de détruire les grandes religions. Le christianisme d’abord, puis l’Islam. Le peuple juif qui est dans ce complot, invente la Shoah, fausse extermination, afin de réaliser son projet et de revenir dans la terre dont ils ont été privés parce qu’ils ne sont plus le peuple juif. Et ces Juifs conspirationnistes, vont provoquer une grande guerre, réussiront à réunir les nations du monde entier contre l’Islam, contre le peuple saint. » Allusion est faite à la même guerre du Gog et Magog évoquée par la prophétie du Prophète Ezéchiel reprise par dans les Hadits selon lesquels «à la fin du monde viendra une grande guerre menée par l’Antéchrist qui sera juif, qui sera borgne ».

La théologie leur dit : « Vous avez tout intérêt à combattre. Si vous mourez, c’est le paradis assurés. Ensuite, si vous vivez et que vous gagnez, c’est le fait que l’islam répand sa gloire sur la terre. »  Les djihadistes sont ainsi motivés. Leur religion semblera perdue, faible par rapport aux armées du monde coalisées. Mais au dernier moment, Dieu interviendra pour lui donner la victoire. C’est pourquoi la montée du djihadisme n’est pas prête de fléchir.

Une montée inquiétante

Les djihadistes du Daech sont aujourd’hui autour de 30 000. Or, le 11 septembre 2001, lorsque des membres du réseau djihadiste islamiste Al-Qaïda projetaient deux avions sur les tours jumelles du World Trade Center (WTC) à Manhattan (New York) et sur le Pentagone (siège du Département de la Défense), à Washington DC, cette organisation terroriste comptait autour de 500 à 1000 combattants. Les attentats suicides font 2 992 morts. Les choses s’empirent. En 2014, ces terroristes créent l’Etat islamique en Irak. Ce pays était aidé par les Etats-Unis, prédateur du pétrole irakien, « assassin » de Saddam Hussein, l’ancien chef de l’Etat irakien tué sur la base d’un mensonge d’Etat du gouvernement Bush.

La question « Saddam Hussein » pèse dans la balance de l’humiliation et de la vengeance. Au même moment, la France voulait bombarder Bachar El Assad en Syrie. Tout d’un coup, surgit sur Internet une vidéo où les djihadistes égorgent un journaliste américain. Ensuite un journaliste français. Puis un humanitaire français. Ils étaient autour de 3000. Alors François Hollande se réveille. Il réajuste ses lunettes et réalise que Bachar El Assad  n’est qu’un petit méchant à côté du grand méchant djihadiste eschatologique sectaire à venir. C’est maintenant qu’il comprend les Syriens qui l’interpellaient depuis longtemps en ces termes : « Ne bombardez pas Assad, derrière, il y a pire ! » La montée du djihadisme est proportionnelle à la haine contre l’alliance européano-américano-israëlienne.

Le djihadisme combat le mode de pensée occidental. Une pensée qui estime que seule la démocratie vaut la peine. Pourtant, les mêmes puissances occidentales ne veulent pas voir cette démocratie véritablement pratiquée chez les autres qu’elles exploitent. Pour le pétrole des pays arabes, l’Occident y met le feu : l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, la Syrie, la Libye, etc. Conséquence : de milliers de migrants fuyant la guerre, déferlent en Europe. Avec dans leurs bagages, la rage de se venger. De déporter la terreur sur le sol européen. D’où le chiffre croissant des djihadistes purement européens (Français, Belges…) qui ont pris fait et cause pour ces pays arabes constamment en guerre. Comment mettre fin au djihadisme, basé sur l’orgueil de la communauté, l’humiliation d’avoir été affaiblis et la prophétie selon laquelle la communauté vaincra ? Le phénomène ne décroit pas, au contraire. Peut-être dans dix ou quinze ans, l’armée du djihadisme aura un effectif de 250 000 ou 300 000 combattants. Pour sûr, cette montée du djihadisme n’est pas pour demain.

Germain Séhoué

gs05895444@yahoo.fr

 
 

About Tjefin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*