Mort de Aylan Kurdi: Exploitation Politicienne, Hypocrisie, et World Press Photo

Mort de Aylan Kurdi: Exploitation Politicienne, Hypocrisie, et World Press Photo

Ils ont détruit sa terre natale. Ils l’ont chassé de là. Ils l’ont affamé. Puis, ils l’ont assassiné. Ils, les impérialo-dictateurs occidentaux. Ils, les journalistes crocheteurs et ‘tacleurs’ moraux et physiques d’enfants. Ils, les marchands d’armes.

Ils ont assassiné Aylan Kurdi. Ils l’ont enfoui dans la mer. Mais celle-ci n’a pas coopéré. Elle a refusé de se faire complice de leurs crimes. Elle leur a renvoyé Aylan pour qu’ils lisent sur ce corps inerte la puanteur de leurs agressions criminelles dans le monde.

Cadavres d’Enfants et World Press Photo

Aylan est mort. Son image a fait le tour du monde. Pourtant, il n’a jamais souhaité être un héros sans vie, dont le cliché deviendrait un symbole ou marquerait l’Histoire. Ou encore, entrerait dans les manuels d’Histoire après vie. Il n’a pas eu pour rêve d’enfants de voir son portrait sur papier glacé de grands magazines ou à la Une des media. Mais les croque-morts qui vendent la mort et les morts dans les colonnes des articles et sur les antennes ont néanmoins détourné le sens profond de sa mort pour ravitailler leurs kiosques.

Pour rentabiliser ce drame, ils ont “déclassifié” leurs archives, les ont dépoussiérées, puis sorti d’autres images-preuves de leur barbarie, et les ont mises sur le marché. Ils ont rappelé sans que leur cœur frémisse de colère ou de compassion, l’enfant Juif, victime de la répression de l’insurrection Juive dans le ghetto de Varsovie du 19 Avril au 16 Mai 1943. Certains ont rappelé à la mémoire collective l’horreur vécue par un groupe de jeunes enfants Vietnamiens s’enfuyant, hurlant, saisie dans l’objectif de Nick Ut. Horreur marquée spécifiquement par l’image d’une petite fille nue, grièvement brûlée par une attaque au napalm de l’armée Américaine.

“La Mona Lisa du Moyen-Orient,” Sharbat Gula, jeune Afghane aux yeux verts, immortalisée en 1984 par le photographe Steve McCurry dans un camp de réfugiés au nord-ouest de l’Afghanistan, est ressuscitée. La ville d’Armeyro-Guarrabal est remise au goût du jour pour rappeler le drame de Omayra Sanchez qui meurt à13 ans en 1985 sous le regard des chasseurs d’images après qu’une coulée de boue ait enseveli cette cité. Frank Fournier comme les autres charognards à la recherche d’images fortes, capture celle de Sanchez dans sa boîte.

L’Afrique est aussi au programme de leur chasse et commerce macabres. Ils sortent une photo prise en Mars 1993 par le photographe sud-Africain Kevin Carter à Ayod, petit village dépourvu de tout, dans le sud du Soudan. L’insoutenable image montre un enfant Soudanais famélique et affaibli, incapable de se déplacer. Derrière lui, un vautour attendant qu’il s’effondre pour qu’il le dépèce. Le 27 Juillet 1994, Kevin Carter blessé dans sa conscience pour n’avoir pas secouru cet enfant, se suicide en s’empoisonnant au monoxyde de carbone dans sa voiture. Acte de dignité ou de courage?

Contrairement à lui, le Français Frank Fournier, se gargarisait d’avoir obtenu un World Press Photo en 1994 sur le cadavre d’un enfant. Jubilant, il affirmait qu’il ajusterait encore l’objectif de sa caméra si c’était à refaire pour un autre click. Gloire et honneur l’aveuglant, ce chasseur de prime ne cracha pas un mot sain sur ce qu’il pourrait faire pour sauver un enfant dans les mêmes conditions de drame.

Ces cœurs de pierre en quête d’enfants périssant pour être célébrés au bout d’un cliché, estiment déjà que Aylan leur a donné une occasion pour satisfaire ce désir démentiel. Les journalistes et les spécialistes de la communication y pensent. André Gunthert, enseignant-chercheur en culture visuelle à l’EHESS est de ceux-là. S’il estime que “la figure de l’enfant qui parle à chacun de nous…est une victime dont on est sûr qu’elle est innocente,” il ‘canonise’ déjà Nilüfer Demir. Il note, “l’accompagnement médiatique, le fait de parler de cette image accompagne son iconisation.” Celle de Demir.

Sujet Traité Hors Contexte

On comprend dès lors qu’en occident, tout tourne autour de la “starisation” et non des valeurs humaines. Tout est bon pour y arriver. Alors, le petit corps inerte de Aylan est un jack pot. Une opportunité rêvée et attendue pour manipuler l’info et les images à cette fin. Caché comme les oiseaux pour mourir, ils l’ont sorti d’entre les rochers où il reposait en paix, pour le placer dans “un endroit plus photogénique et mis dans une position plus dramatique afin de jouer sur l’émotion de l’opinion publique internationale, et dont le seul but est d’accuser le Président Syrien, Bashar Al-Assad, qui lutte pourtant avec acharnement …contre l’Etat Islamique,” dénonce Alexander Doyle sur WikiStrike.

Commentant ce drame, les journalistes occidentaux, gardent le sujet et déplacent le contexte. La cause des faits ne les intéressent pas. SudOuest.fr et AFP prophétisent, “l’image du petit Aylan Kurdi, trois ans, mort noyé sur une plage Turque, se retrouvera sans doute dans les livres d’Histoire.” Puis transgressent les faits. “Elle est devenue le symbole d’une crise migratoire majeure.” Pas si sûr! Cette image “coup de poing” est plutôt le symbole des guerres provoquées par l’occident. Éric Baradat, rédacteur en chef photo à l’AFP ne décale pas du rituel. Pour lui, “ce qui frappe, c’est le décalage entre le drame de l’enfant et le calme de la plage.” Une analyse obscène. Plonger son regard et sa réflexion sur la beauté du champ du drame qui donne l’impression qu’il a une arrière-idée d’éditer des cartes de condoléances à partir de cette scène, est inhumain. Raisonnablement, ce qui est frappant, c’est la part de responsabilité de l’AFP qui nourrit les media occidentaux, spécialement Français, de mensonge sur la crise Syrienne.

Journaliste-prophète, Jérôme Fenoglio directeur du Monde, comme ses confrères de SudOuest.fr et AFP, saints des derniers jours, annonce que “dans les livres d’Histoire, le chapitre consacré à ce moment-là—lequel? Il ne précise pas. Le clair-obscur une nature Française—, s’ouvrira sur une photo: celle du corps d’un petit Syrien, Aylan Kurdi.” Johan Hufnagel, directeur de la rédaction de Libération le suit sur ce glissement prophétique avec l’idée que les réseaux sociaux ont participé à faire de cette photo un “phénomène culturel.” Donc à enseigner. Aux politiques occidentaux, aux réfugiés, ou aux migrants? Silence.

Prophétie, manipulation, et propagande politico-médiatique vont de pair dans l’exploitation de ce drame. Libération écrit, “plusieurs milliers de personnes se sont réunies ce samedi après-midi —5 Septembre 2015— à Paris pour un rassemblement de soutien aux réfugiés (…) D’autres brandissaient la photo du petit Aylan, un Syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage de Turquie, une image qui a fait la Une de nombreux quotidiens à travers le monde, suscitant une grande émotion (…) Ce rassemblement est né d’une discussion sur Facebook, de gens qui se demandaient comment faire pour exprimer quelque chose spontanément (…) dire non aux politiques migratoires répressives qui conduisent à la mort de milliers de personnes et oui à l’accueil.” Poursuivant dans sa danse du ventre, celle qui caractérise la presse des Républiques bananières dont la France est le concentré, elle dresse la lignée d’un des organisateurs, “l’auteur et réalisateur Raphaël Glucksmann, fils du philosophe André Glucksmann.” Pour quelle raison? Qu’est-ce que cette filiation apporte dans la dénonciation et la prévention des drames comme celui dont Aylan a été une victime innocente? Inutile de creuser. Tant pis pour le gosse qu’on dit porter le deuil.

Touchant le cœur de la propagande politico-médiatique, Libération poursuit, “l’appel sur Facebook de ce collectif citoyen a été relayé par plusieurs associations, comme SOS Racisme ou la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Des représentants de partis de gauche, socialistes, communistes et écologistes, avaient annoncé leur intention de se joindre à la manifestation.” Et après? Libération serait peut-être sortie des kiosques et ces partis politiques bannis.

En déplaçant le contexte analytique et le centre d’intérêt de ce drame, ces plumitifs songent déjà à tronquer l’Histoire de la Syrie. Néanmoins, l’Histoire retiendra que la mort de Aylan n’est pas un fait culturel ou migratoire. Mais le résultat de l’abus de pouvoir et de l’exercice du pouvoir par les décideurs népotistes de l’occident décadent.

Larmes des Journalistes Français

L’histoire retiendra aussi les larmes de la presse Française. Montez sur leurs grands chevaux, les journalistes Français pleurent non le petit Syrien, mais d’avoir raté une fois de plus le coup qui les aurait placés au cœur des événements et du monde. Adeptes de la facilité, ils auraient voulu que Aylan, le symbole de l’humanité inhumaine échoue sur les plages Marseillaises pour que leurs cerveaux ankylosés par la manipulation bougent. Johan Hufnagel, estime que ‘sa’ maison, Libération, “n’a pas pris la mesure du poids de l’image du petit Syrien noyé au large de la Turquie.” Et pense qu’ils doivent “une explication à [leurs] lecteurs” et non pas aux Syriens, pour avoir soutenu la politique Française d’aide aux terroristes contre le gouvernement de Bashar. Il s’agit pour lui d’un “ratage collectif de ne pas l’avoir vue,” alors que “la quasi-totalité de la presse Anglaise et une partie de la presse Européenne a mis la terrible photo en Une.” Il poursuit, “son absence des journaux Français pose en effet question.”

Question que Olivier Royant, directeur de la rédaction de Paris-Match, tente de répondre. Il croit que “c’est une honte que la presse Française ne l’ai pas publiée [cette image]!” Puisque “en France on a du mal à se regarder en Face.” Clair. La presse Française, instigatrice de la guerre Syrienne n’avait pas besoin de voir son visage hideux dans cette “photo de la honte,” si l’on suit le raisonnement de Match. Cependant, Emmanuelle Cosse, secrétaire générale d’Europe Ecologie Les Verts renvoie ces journalistes et la France prédatrice dans les cordes. “On ne veut pas regarder mais c’est notre réalité ignoble et honteuse” qu’il faudrait assumer.

L’Ombre pour la Proie

Fenoglio sculpte à travers cette image le côté désastreux de cet engagement Français. “Cette photo, celle de l’enfant, témoigne très exactement de [ce] qui se passe. Une partie du Proche-Orient s’effondre à nos portes. Des Etats qui étaient des piliers de la région se décomposent— la Syrie et l’Irak, notamment. Les pays voisins immédiats croulent sous une masse de réfugiés qui représentent souvent près du quart de leur population— en Jordanie et au Liban. Ces Etats-là, si l’on n’y prend garde, vont commencer à vaciller à leur tour.” Bonne analyse qui dans la duplicité qui caractérise l’occident, ne dit pas la cause du malheur de ces peuples et de cet effondrement.

Tous fuient la cause. Lâchent la proie pour son ombre. Mais Jacob Zuma, le Président sud-Africain, la leur rappelle. “Les pays occidentaux sont responsables de la crise des réfugiés en Europe,” martèle-t-il. Mettant en garde contre toute ingérence en Syrie, il rappelle à la mémoire “ménopausée” de l’occident dirigeant, la catastrophe de l’intervention de l’Otan en Libye. “Il faut se rappeler qu’avant le printemps arabe et l’assassinat de Kadhafi, il n’y avait pas de réfugiés qui affluaient vers les pays Européens. Ce sont les décisions qui ont été prises, le bombardement de la Libye et l’assassinat de son chef qui ont ouvert la porte à des tensions et à des conflits dans le pays. Et c’est ça qui a provoqué le problème des réfugiés, du moins ceux en provenance d’Afrique,” avait-il précisé.

André Gunthert, abonde dans le même sens presque. Mais il est incapable de pousser sa réflexion hors de la boîte. Pour lui, l’image de la photographe Turque Nilüfer Demir, “apparaît comme une condamnation de l’inhumanité de la politique Européenne vis-à-vis des migrants.” Encore les migrants, pas Daesh ni E.I qui conduirait inéluctablement aux réseaux Français dans la déstabilisation de la Syrie, et par conséquent à la migration Syrienne, aux drames en mer, et cette image qui les hante.

Hypocrisie Affligeante

La photo de Aylan Kurdi qui “vous donne la chair de poule,” comme le sens et le dit Ricardo Gutierrez, rédacteur en chef photo de El Pais, journal Espagnol, “ne se floute pas, ça se prend dans la gueule.” Explique l’écrivain et journaliste Sorj Chalandon, soutenu par Christophe Berti, rédacteur en chef du quotidien belge Le Soir qui pense que cette photo “est un coup de poing dans la figure.” Mais ce “coup de poing” a-t-il réveillé la fibre humaine des crimino-politico-oligarchiques occidentaux? Des doutes subsistent.

La bataille du “oui” ou “non” doit-on accueillir les réfugiés, et celle du “quota” le démontrent à suffisance. L’hypocrisie aussi. Ce que dénonce le député d’extrême droite Maître Gilbert Collard qui s’était rangé du bon côté lors de la crise Ivoirienne en choisissant le camp du gouvernement légal constitué par le président Laurent Gbagbo. Collard a déclaré: “Vous découvrez aujourd’hui que des enfants meurent, c’est de la comédie. Ce qui est extraordinaire d’hypocrisie, c’est qu’il vous faut une photo, bande de salauds, pour vous émouvoir.” Nathalie Kosciusko-Morizet , députée—Les Républicains—de l’Essonne, s’aligne dans le même couloir que lui et s’interroge, “elles sont où les réunions d’urgence pour qu’on arrête de mourir sur les plages d’Europe?”

Marine Le Pen, présidente du Front National, a évoqué de la “colère à l’égard des dirigeants ” Européens. “C’est leur politique qui est responsable de ces morts. Chacun peut exprimer de la compassion, mais il faut régler le problème.” Ensuite, elle a dénoncé une “utilisation de ce drame de manière politicienne pour disqualifier la proposition qui consiste à dire: Il ne faut pas accepter de clandestins sur ‘le’ territoire ‘Français’. C’est presque ignoble.” Tareq Oubrou imam de la grande mosquée de Bordeaux, dénonce “la conséquence d’un silence complice de la communauté internationale, d’une économie aveugle, d’une cupidité sans pareille, qui produisent des malheurs et des souffrances un peu partout dans le monde.” La gifle.

De son côté Peter Bouckaert, directeur pour les situations d’urgence de Human Rights Watch “trouve offensant, que des corps d’enfants noyés viennent s’échouer sur [leurs] rivages.” Monsieur Urgence devient subitement Monsieur Ecolo. Ce qui importe pour lui, c’est de protéger ‘ses’ plages où il va boire du soleil arrosé d’un vieux Lagavulin après leurs sales besognes à travers le monde. Puis s’offusquant, il clame “que l’on aurait pu en faire plus pour leur sauver la vie.” Faire plus comment alors que son organisation participe dans l’exécution des crimes impérialistes partout où besoin se fait sentir? Où était-il avec son âme de bonne “nun,” lorsque les rebelles de Ouattara éventraient les femmes enceintes en Côte d’Ivoire, sortaient les enfants de leurs entrailles? Qu’a-t-il dit quand ces mêmes rebelles ont brûlé des femmes avec des enfants au sein tétant? Où s’était-il planqué quand la soldatesque Française a fait exploser au canon la tête d’un jeune garçon protestant aux mains nues à l’hôtel Ivoire en 2004, puis celle d’une petite fille en 2011 toujours en Côte d’Ivoire?

Aylan n’est qu’un petit enfant parmi tant d’autres en Palestine, en Irak, en Jourdanie,… et ailleurs dans le monde. Quand l’occident vorace taira son hypocrisie légendaire, le monde s’en portera mieux. Pour y parvenir, il devra arrêter les guerres et les foyers de tensions qu’il allume et attise.

Juste ça

Pour ceux qui politisent ou capitalisent la mort de Aylan, il leur a transmis son message à travers Kinan Masalmeh, réfugié Syrien de 13 ans, actuellement à Budapest, en Hongrie, qui “a brillamment” comme le raconte Quartz, “expliqué la vérité sur la crise des réfugiés.” Pour cet enfant, “ils préféreraient être chez eux qu’en Europe.” C’est ce que Aylan voulait. Lui qui ne savait même pas que derrière la mer, il y avait des terres habitables.

Ceux qui montent les murs et les barbelés autour de leur pays, se font prisonniers de leur propre peur, augmentent le nombre de garde-côtes et les effectifs de la police frontière, comme la France de Manuel Valls qui voudrait créer 900 postes dans les forces de l’ordre dans le cadre de la lutte contre l’immigration irrégulière, dans un contexte de crise généralisée en Europe, n’ont pas besoin d’opérer ces dépenses extra. “Les Syriens ne veulent pas rester en Europe.”

Par conséquent, si vous voulez vos plages et vos pays pour vous, “Arrêtez juste la guerre. Juste ça,” recommande Aylan kurdi par la voix de Kinan Masalmeh.

Dr. Feumba Samen, USA

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