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Moussa Mara : «L’attaque de Kidal est une déclaration de guerre… La riposte du Mali sera à la hauteur de l’agression »

Moussa Mara : «L’attaque de Kidal est une déclaration de guerre… La riposte du Mali sera à la hauteur de l’agression »

L’armée malienne et les groupes armés du Nord (MNLA et MAA) se sont violemment affrontés à Kidal samedi 17 mai. Le Premier ministre, Moussa Mara, était en déplacement dans la ville à ce moment-là. Si la force de l’ONU au Mali (Minusma) tente de négocier un cessez-le-feu entre les belligérants, les autorités du Mali estiment au contraire qu’il s’agit d’une déclaration de guerre des mouvements rebelles. Moussa Mara, le Premier ministre, est l’invité de RFI. Cet entretien a été enregistré avant que la Minusma annonce dans un communiqué l’assassinat de six officiels maliens au gouvernorat de Kidal.

Suite aux affrontements violents entre l’armée du Mali et les groupes du Nord, notamment le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), estimez-vous que le Mali est en guerre ?

Moussa Mara : Malheureusement, ceux qui utilisent Kidal comme monnaie d’échange, comme outil de pression depuis des décennies dans notre pays, ont profité de cette occasion pour se livrer une énième provocation en attaquant le gouvernorat pendant que j’y étais. J’ai animé une réunion sous les feux nourris de ces groupes armés. Je ne dis pas « MNLA », je dis « groupes armés » comprenant MNLA, HCUA [Haut conseil pour l’unicité de l’Azawad] et sans doute des jihadistes d’Aqmi [al-Qaïda au Maghreb islamique]. Cette attaque du gouvernorat est une déclaration de guerre parce qu’elle viole tous les protocoles qui ont pu être conclus avec ces groupes qui ont bien reconnu que Kidal est malienne en reconnaissant l’intégrité du territoire. Donc c’est une violation, c’est une déclaration de guerre qui va être traitée comme telle par la République du Mali.

Des renforts de l’armée malienne sont déjà en partance pour la ville de Kidal. Confirmez-vous cette information ?

C’est une information confirmée. Des renforts d’ailleurs sont déjà arrivés à Kidal. Maintenant, il va falloir que nous traitions cela avec la dernière rigueur. C’est aussi simple que cela.

Le général Jean-Bosco Kazura, de la Minusma, tente de négocier une sorte de cessez-le-feu. Pour vous, c’est une solution ?

On n’est pas du tout des va-t-en-guerre. Notre objectif est que la souveraineté du Mali s’exerce sur l’ensemble de notre territoire, y compris Kidal. Si on peut l’obtenir de manière pacifique, pourquoi pas. Mais notre objectif est cela et nous allons employer tous les moyens pour y arriver.

Estimez-vous également que la Minusma et les éléments de Serval, la force française au Mali, présents à Kidal, n’ont pas joué leur rôle ?

Nous avons été surpris de leur passivité, mais nous n’en tirons pas de conclusions à ce stade. Ce sont des forces amies en qui nous reconnaissons beaucoup de bienfaits sur cette partie de notre territoire, mais entre amis aussi, on se dit les vérités.

L’un des responsables du MNLA a déclaré sur notre antenne : « Moussa Mara est entièrement responsable de ce qui s’est passé à Kidal. » Que répondez-vous ?

Comment puis-je être responsable ? Je suis Premier ministre légitime de la République du Mali, comment puis-je être considéré comme responsable ? Il faut être sérieux et voir la situation en face. Je suis venu tranquillement, j’ai discuté et pendant que je discute, on attaque l’endroit où je me trouve. Et après on veut me traiter de responsable. Il faut qu’on soit sérieux. Ils ont franchi le Rubicon. Aujourd’hui, ils sont dans une situation désespérée et ils essaient de faire porter le chapeau à n’importe qui.

Quelles sont les informations dont vous disposez sur la présence d’éléments jihadistes, ou terroristes comme vous le dites, auprès des groupes du nord du Mali ?

Nous avons eu des informations sur l’arrivée de groupes jihadistes tous feux éteints en fin de journée dans la ville. Aujourd’hui, des colonnes de véhicules et des motos ont été signalées. Nous n’avons aucune raison de douter de la pertinence de ces informations. Mais cela ne fait que confirmer ce qui est une réalité : ces groupes se sont toujours donné la main pour s’attaquer au Mali.

Quel message adressez-vous aux habitants de Kidal, de la zone, et notamment à ceux qui soutiennent les groupes du nord du Mali ?

Beaucoup d’instrumentalisations ont été orchestrées des populations malheureuses de Kidal avec qui je suis tout à fait solidaire. J’ai été accueilli à bras ouverts par une partie de la population. Je suis passé à travers certains quartiers pour rejoindre le gouvernorat et les gens ont brandi les drapeaux du Mali. Je demande aux Kidalois de rester sereins. L’Etat malien est là, à leur côté, et il fera tout pour que leurs droits et leurs libertés individuelles, leur droit à disposer de leur vie, à être prospère et à vivre décemment, soient respectés. Le Mali s’engage à cela. Inch’Allah, ce sera le cas.

Des négociations avec les groupes du Nord sont-elles toujours possibles ?

Mais bien sûr ! Ce que je suis en train de dire n’est en rien contradictoire avec les négociations. La question du Nord a plusieurs aspects. Ce que je suis en train de dire, c’est simplement une mesure élémentaire d’exercice de notre souveraineté sur notre territoire. Cela n’est pas du tout incompatible avec un processus de dialogue et de discussion. Nous allons mener tout cela de front et Inch’Allah cette fois-ci, on va régler la question du Nord de manière définitive avec des accords qui seront les derniers.

Mais de possibles combats dans les jours qui viennent à Kidal, ne remettraient-ils pas en cause ce processus de dialogue ?

Ça ne mettra pas en cause ce processus de dialogue. Cela voudrait dire que les uns et les autres ont décidé de croiser le fer avec des forces armées maliennes qui sont là-bas pour faire en sorte que l’Etat exerce sa souveraineté sur son territoire. S’ils déposent les armes, s’ils sont cantonnés comme cela se doit et que des hommes en armes ne circulent pas dans la ville de Kidal comme chez eux dans leur jardin, il n’y aura pas de problème. Ça dépend d’eux. Ils ont à faire ce choix-là et nous aviserons à ce moment. Je demande à tous les Maliens qu’ils cessent, s’ils sont en arme,s de porter des armes contre leur propre pays parce que ça ne marche pas à long terme. Je lance un appel à tous mes compatriotes pour dire : « Construisons ensemble ce Mali. Ce Mali divers, mais ce Mali uni. »

Source: RFI


De retour du nord du pays, le chef du gouvernement a été accueilli, à sa descente d’avion hier dans la soirée, par une foule enthousiaste qui lui a témoigné le soutien de l’ensemble des Maliens.

Le Premier ministre Moussa Mara a poursuivi hier à Gao la tournée qu’il avait entamée vendredi dans les trois régions du Nord. Le chef du gouvernement est arrivé à 7 h 30mn dans la cité des Askia en provenance de Kidal où la situation sécurité s’est brusquement dégradée avec des affrontements sanglants entre l’armée nationale et les rebelles du MNLA appuyés par des éléments de groupes terroristes. Selon le ministère de la Défense et des Anciens combattants, au cours des combats, les forces armées maliennes ont enregistré 8 morts et 25 blessés, tandis que du côté des agresseurs, l’on dénombre 28 morts  et 62 blessés.

Par ailleurs, une trentaine d’agents de l’administration (les préfets et sous-préfets ainsi que le personnel d’appui) ont été pris en otage par les assaillants qui les détiennent au gouvernorat de Kidal. Au moment où nous mettions sous presse, l’on apprenait que deux civils et 6 officiels (des préfets) ont été assassinés.

Dans un communiqué diffusé samedi, le gouvernement condamne fermement « cet acte ignoble qui a fait des victimes civiles et militaires ». Il considère cette attaque inqualifiable et lâche comme une déclaration de guerre, qui ne lui laisse que le choix de la riposte. Le gouvernement informe l’opinion publique nationale et internationale qu’il apportera la réponse appropriée à cet acte.

Dans le communiqué qui donne le bilan des affrontements, le ministère de la Défense et des Anciens combattants indique que « dans le cadre de l’accomplissement de leurs missions de sécurisation du séjour du Premier ministre et sa délégation, les forces armées maliennes et de sécurité ont eu à faire face à des actes de violences et d’agression perpétrés par le MNLA appuyé par des éléments des groupes terroristes ».

Le ministre présente les condoléances du gouvernement aux forces armées et de sécurité ainsi qu’aux familles des disparus et souhaite prompt rétablissement aux blessés. Le communiqué précise que nos forces ont repris le contrôle de tous les bâtiments administratifs à l’exception du gouvernorat où le Mnla et les terroristes détiennent la trentaine de fonctionnaires en otage. « Le ministre rassure que toutes les mesures conséquentes seront prises pour garantir la sécurité des personnes et de leurs biens à Kidal, consolider la souveraineté de l’Etat et protéger le processus de dialogue politique », conclut le texte.

Que s’est-il donc passé ? Deux jours avant l’arrivée de la délégation, les militaires maliens ont du mal à contenir les manifestants chauffés à blanc par le Mnla et ses alliés sur les réseaux sociaux et sur le terrain. Le lendemain vendredi, jour de l’arrivée des membres du gouvernement, les hommes armés se sont attaqués au poste de contrôle avancé du gouvernorat de Kidal en tuant un élément de la Garde nationale et blessant un autre. Le garde tué répondait au nom de Arouna. Il avait le grade de sergent. Son frère d’armes Boubacar L. Diakité a pris une balle dans la jambe.

C’est samedi que le Premier ministre a rallié Kidal à bord d’un hélicoptère de l’opération Serval qui a atterri dans le camp de la Minusma. Il s’est rendu ensuite au camp I de l’armée malienne d’où la délégation a gagné le siège du gouvernorat pour une réunion avec les services administratifs et sécuritaires de Kidal. Mais la situation a commencé à se tendre et le Premier ministre retourna ainsi au camp I. Entre temps, les hommes du MNLA et leurs alliés attaquèrent le gouvernorat où ils ont pris en otage tous ceux qui s’y trouvaient : préfets, sous-préfets, personnel d’appuis.

Du camp des forces armées maliennes, Moussa Mara rallia celui de la Minusma pour prendre l’hélicoptère pour Gao. Il sera informé par les forces françaises que les conditions météorologiques ne permettaient pas à l’hélico de voler. La Minusma proposa alors au chef du gouvernement de passer la nuit dans son camp. Proposition qu’il refusa catégoriquement, indiquant qu’il préférait passer la nuit avec nos militaires. « Non ! Nous resterons avec nos militaires. Nous verrons le reste plus tard», tranchera le Premier ministre qui retournera alors au camp I pour y passer la nuit.

C’est hier matin qu’il revint au camp de la Minusma pour embarquer à bord de l’hélicoptère pour Gao où il a eu plusieurs rencontres avec les responsables de cette ville.

Dans un entretien avec la presse, Moussa Mara a parlé des événements de samedi qu’il a jugé d’une extrême gravité, en déclarant que notre pays était désormais en guerre. « Prenant en compte cette déclaration de guerre, la République du Mali est dorénavant en guerre. Nous allons formuler la réponse appropriée à cette situation », a déclaré le chef du gouvernement.

Parlant de l’attitude de la Minusma et l’Opération Serval, le chef du gouvernement n’a pas caché sa déception. « Aujourd’hui vous avez été témoins de la plus grande passivité de ces forces censées accompagner les autorités maliennes. La moindre des choses qu’on attendait de la Minusma, c’était de faire en sorte que le gouvernorat de Kidal ne soit pas attaqué. Cette situation est hautement grave», a-t-il dit avant d’ajouter que « ces bandits, terroristes et djihadistes ont profité de cette situation pour prendre en otage les membres de l’administration qui étaient en réunion avec nous».

Hier, la situation était toujours tendue à Kidal. Des coups de feu auraient même été encore entendus en début d’après-midi. Mais l’on a appris que les Français de l’opération Serval auraient obtenu un accord de cessez-le-feu entre les belligérants. Du côté de l’armée, des renforts avaient quitté la ville de Gao pour Kidal. Où l’on signalait également hier quelques actes de vandalisme, notamment quelques commerces et bâtiments attaqués.

Le Premier ministre et sa délégation ont regagné hier Bamako en début de soirée. Il été accueilli à l’aéroport de Bamako-Sénou par les membres du gouvernement et des dizaines de  jeunes Bamakois qui avaient tenu à lui réserver un accueilli triomphal malgré la pluie qui s’abattait sur Bamako. Les jeunes du comité d’accueil brandissaient le drapeau national et scandent « libérez Kidal ».

A sa descente d’avion, Moussa Mara s’est confié à la presse en déclarant que « c’est le Mali que nous avons tous à cœur. Quand la mère patrie est attaquée, il faut oublier les adversités politiques. Nous allons nous y employer », a-t-il dit, déplorant les pertes en vies humaines sur le théâtre des opérations.

Face à cette attaque, la riposte sera à hauteur de l’action, a insisté Moussa Mara, avant d’ajouter que l’objectif ultime reste le recouvrement de l’intégralité de notre territoire. « La guerre, on nous l’a imposée », a-t-il dit lorsqu’on lui a demandé  si notre pays est entré officiellement en guerre. Pour lui, il est impératif que tout le pays soit placé sous la souveraineté de l’Etat.

Pour le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, et porte-parole du gouvernement, l’agression des forces négatives est « le crime de trop, la force de trop ».  Et d’ajouter que « la récréation est terminée » et que désormais « Kidal sera comme toutes les autres régions du Mali ».

Pour sa part, le ministre de l’Economie numérique, de l’Information et de la Communication, Mahamadou Camara a appelé « au calme » et à la mobilisation générale. Cette violence « très regrettable » est une déclaration de guerre, a estimé le ministre Camara assurant que « la République fera tout pour que son autorité soit rétablie à Kidal comme partout sur l’étendue du territoire national ».

Le Premier ministre a été reçu hier soir même par le président de la République Ibrahim Boubacar Keita au palais de Koulouba. Nul doute que les deux personnalités vont évoquer les décisions que le chef de l’Etat annoncera dans son adresse à la Nation prévue ce soir.

A. DIARRA et A. M. CISSE

Source: L’Essor

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