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Musellement des intellectuels africains: Pourquoi le régime drague Bernard Dadié

Musellement des intellectuels africains: Pourquoi le régime drague Bernard Dadié

«Le gouvernement ivoirien proposera le dossier de Bernard Dadié au prix Nobel de la littérature. L’oeuvre de Bernard Dadié est aussi épaisse que celle de Wolé soyinka et bien d’autres africains ayant remporté ce prix. Il (Bernard Binlin Dadié, ndlr) sera célébré à compter du 7 novembre 2014, dans le cadre de la commémoration de son centenaire», annonce Henry N’Koumoh, directeur du Livre et de la Lecture au ministère de la Culture et de la Francophonie lors d’une dédicace le samedi 23 août 2014. «Nobéliser» l’inusable icône de la littérature ivoirienne, à plus de 80 ans, voilà une décision qui, a priori, ne souffre d’aucune contestation. Ce, d’autant plus qu’elle traduit une marque de reconnaissance à cet érudit. Mais il y a un hic !

Car connaissant Ouattara, il y a plutôt lieu de s’interroger. Parce qu’avec ce régime, il n’y a rien d’anodin. On peut même parier la main au feu que cette décision salutaire, reconnaissons-la tout de même, cache en réalité, bien des choses bizarres. Et derrière la face visible de ce « Iceberg», se cache honteusement la perfide grande France. Celle qui tient toujours les Etats francophones d’Afrique en laisse et qui actionne ses pions pour le musellement de ses intellectuels. C’est cette France-là qui aujourd’hui, courtise l’écrivain ivoirien dans l’ombre. Il y a bien des raisons d’inquiétudes. Et pour cause, Bernard B. Dadié, n’est pas qu’écrivain. Il est aussi et surtout écrivain engagé aux côtés d’une Afrique débarrassée des idées colonialistes.

Dadié est une plume engagée contre l’impérialisme qui maintient l’Afrique dans le sous-développement. Il est celui-là même qui dirige le Congrès national pour la résistance et la démocratie (Cnrd). Pour qui connait le rôle joué par cette structure de combat aux côtés du Président Laurent Gbagbo, il comprendra très vite, les intentions de ce régime qui veut rendre ainsi hommage à cet homme. Car, en fait, Bernard Dadié est le président du Cnrd, depuis sa création au plus fort de la crise ivoirienne, pour soutenir les actions de résistance du peuple ivoirien. Et il n’a jamais manqué d’occasion pour lui manifester son soutien et lui rappeler son affection dans son combat pour la restauration de la dignité noire et des libertés en Côte d’Ivoire. Bernard Binlin Dadié est à la Côte d’Ivoire, ce que De Gaulle est à la France. La seule différence, c’est que l’Ivoirien porte la plume et le Français, l’arme à feu.

C’est pourquoi la volonté de présenter la candidature au prix Nobel de littérature, bien qu’elle soit une idée honorable, n’en empêche pas moins que l’on soit plus méfiant surtout que la France a habitué ses «partenaires» à la sournoiserie. Un comportement qui inspira le Pr Dédy séry qui ainsi, mettait en garde contre elle : «qui se fie à la France court à sa mort». Tellement ce pays est passé maître dans l’art de la ruse, de l’hypocrisie pour faire passer ses résolutions au Conseil de sécurité des Nations unies (Onu). Ce qui, bien entendu, lui permet d’être la 5e puissance mondiale. Un diplomate américains en poste en Afrique du sud, disait à ce propos, que « la France n’est 5e puissance mondiale que lorsqu’elle monte sur les épaules de l’Afrique ». Et l’ancien Président français François Mitterrand de s’exclamer : « que serait l’avenir de la France sans l’Afrique ! » Tout un programme !

En présentant la candidature d’un tel soutien cher au Président Laurent Gbagbo, ce qui débouchera bien entendu sur un sacre, vu l’immensité de son répertoire, les happy few du palais d’Abidjan et leurs parrains de l’Elysée, pensent en réalité, pouvoir se mettre l’ami du Woody dans la poche. Et au demeurant, le faire taire dans le débat démocratique en Côte d’Ivoire. Cette grande opération de séduction vise également à emmener l’illustre écrivain, patriarche de la littérature francophone à revoir ses positions ou du moins, à ramer dans le même sens que l’actuel régime. Donc défendre farouchement les intérêts de la France en Côte d’Ivoire. Un exercice périlleux pour Ouattara et ses parrains étrangers. Car pour qui connait l’Homme Dadié, ce ne sont pas ces petites combines ou largesses qui lui feront plier l’échine. Grand compagnon de lutte, l’auteur de « Climbié » fait partie de ces icônes africaines qui ont donné du fil à retorde aux colons. Cela lui a d’ailleurs valu un séjour carcéral, en 1949. Cependant il n’a pas altéré son désir d’émancipation.

Et oui ! Bernard B. Dadié est le symbole du combat anticolonialiste. Farouche défenseur des libertés individuelles, Dadié n’a cessé de valoriser son peuple à travers ses mots. C’est cet engagement qui a visiblement séduit le Président Laurent Gbagbo à qui, il a plu d’immortaliser l’homme en baptisant l’antre des artistes ivoiriens, «Palais de la culture Bernard B. Dadié» conformément au décret 2010-236 du 31 août.

Marlène Sih Kah

Source: Le Temps N° 3276

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