Naturisme : “Le jour où j’ai retiré mon maillot de bain”

Naturisme : “Le jour où j’ai retiré mon maillot de bain”

Le naturisme fait de plus en plus d’adeptes en France. Et pourtant, il est toujours l’objet d’un certain nombre d’idées reçues. Témoignage de Jérôme, adepte du naturisme depuis (presque) toujours.

La France est la reine du naturisme. Deux millions de touristes du monde entier viennent profiter tous les ans de nos 155 centres de vacances naturistes. Et pourtant, les idées reçues sur cette pratique persistent : “Gens dénués de pudeur” au mieux, “pervers exhibitionnistes” au pire. C’est parce qu’il avait envie d’y répondre “une bonne fois pour toutes”, parce qu’il en avait “marre des blagues graveleuses sur ses vacances” que Jérôme, 32 ans, a accepté de témoigner pour metronews. Plaidoyer pour un été tout nu !

Jérôme, lorsqu’il a enlevé son slip, c’était avant tout pour se sentir bien, libre, en accord avec la nature. “Nous sommes nés nus, c’est notre état naturel. Le vêtement sert à protéger du froid et des blessures. Si vous n’êtes pas en train de faire un travail manuel qui nécessite de protéger votre corps et qu’il fait 30 degrés à l’ombre pourquoi rester habiller ? Se baigner nu est incomparable avec le fait d’aller à la mer avec un maillot de bain. En sortant de l’eau, vous êtes secs en deux minutes, alors qu’en maillot de bain, jamais complètement. Ce truc humide sur les fesses à longueur de journée, non merci. La sensation du sable, de la mer, des herbes folles sur la peau créé un bien-être et une impression de retour à la nature. Il faut l’avoir vécu pour le comprendre complètement.”

La crainte du regard des autres et la classe sociale au vestiaire

La première idée qui peut venir à quelqu’un quand on lui dit “naturisme”, c’est la crainte du regard des autres surtout si on n’est pas super bien dans sa peau. Mais, affirme Jérôme, “contrairement à ce que les gens croient, on ‘mate’ moins sur une plage naturiste que sur une plage ‘textile’. Bien sûr au début, on regarde les sexes des hommes et des femmes, c’est nouveau, donc ça paraît intéressant. Mais très rapidement, on se rend compte à quel point nous sommes tous faits pareils et à quel point, ‘scotcher’ sur le sexe d’une personne et aussi absurde que de fixer son nez”.

Et le trentenaire de lancer un appel à la gent féminine : “Mesdames, ne vous prenez plus la tête avec ces magazines qui vous promettent 3 kg en moins avant l’été. Gardez vos trois kilos et foncez dans un centre naturiste où personne ne vous regardera”. Autre intérêt de la pratique du bronzage intégral : “nu, il n’y a plus de riche ou de pauvre. Nu, on se déshabille aussi de nos signes extérieurs d’appartenance à un groupe social. Et c’est hyper reposant”.

Oui, on peut être nu, entouré de gens nus et ne pas penser au sexe

Autre “bêtise” que Jérôme aimerait démonter, c’est l’association d’idées “nudité = sexe”. “Ça, c’est à cause de la mauvaise publicité que fait le Cap [un endroit où naturisme et libertinage sont liés, ndlr] soupire Jérôme. Et pourtant le Cap d’Agde est plus une exception qu’une norme dans le milieu du naturisme. La plupart des centres étant familiaux. Pour Jérôme, “quiconque en a fait l’expérience le sait : ce qui est excitant, ce n’est pas la nudité, c’est sa suggestion. En mode naturiste, je me suis même surpris à me retourner sur des femmes… habillées alors que j’avais été entouré de femmes nues toute la journée sur la plage”.

D’accord mais les garçons peuvent connaître des problèmes… incommodants. Et si je suis surpris par une érection, je fais quoi ? “Je me suis posé la question, évidemment. Mais franchement, très rapidement, la nudité n’a plus rien d’électrisant. Aujourd’hui, la perspective de voir quelqu’un nu peut vous paraître excitante, mais c’est parce que vous vivez dans un monde où la norme est d’être habillé. Dans un monde où la norme est la nudité, celle-ci devient hyper banale. Et c’est ainsi qu’on se retrouve à faire ses courses à poil. Non pas parce qu’on y trouve un quelconque plaisir (on se les gèle au rayon frais, d’ailleurs) mais parce qu’être nu devient normal au sens sociologique du terme”.

Le naturisme, c’est aussi une question d’éducation.

Jérôme ne s’est pas découvert naturiste du jour au lendemain. Il explique qu’il a baigné dans un environnement ou le rapport au corps était très “simple” : “quand j’étais petit, mon père ne fermait pas la porte de la salle de bain quand il prenait son bain. Et nous discutions comme si nous avions été au salon. Cela m’a appris dès l’enfance que le corps était une enveloppe “naturelle” qu’il fallait nettoyer avec soin. Une fois le corps démystifié, il devient assez difficile de répondre à la question : ‘pourquoi devrais-je couvrir mes fesses et mon pénis alors je ne cache pas mon nez ?'”

De la vie de tous les jours aux vacances, le pas se franchit naturellement. “L’été, on allait sur une plage de l’île d’Oléron relativement difficile d’accès car il fallait 30 minutes de marche sous le soleil pour en profiter. Elle était toujours quasiment vide, ce qui me plaisait beaucoup. J’avais de la place pour jouer au foot avec mon frère. Bon certes, il y avait ce monsieur qui faisait du cerf-volant tout nu mais je n’y ai jamais vraiment fait attention”.

“J’ai jeté un coup d’œil à droite, à gauche, respiré un grand coup, et…”

Mais comment gérer à l’adolescence, quand le corps change et qu’on est souvent mal dans sa peau ? “C’est vrai qu’à cette période, j’ai complètement zappé le naturisme de ma vie. Déjà que je séchais les cours de piscine au lycée pour ne pas me montrer en maillot de bain…” Mais le naturisme est revenu dans sa vie quand il a eu 20 ans, un peu par hasard : “J’avais besoin de bosser urgemment un été. Et dans l’espoir de me sentir un peu en vacances quand même je suis parti à l’Île du Levant pour travailler (habillé, hein) dans un hôtel.

L’endroit appartient à 90% à l’Armée française et, accessoirement, c’est aussi le seul village presque entièrement naturiste de France. La nudité y est tolérée partout sauf sur la place du village. Être nu sur la plage est même obligatoire par arrêté municipal. Ne connaissant personne là-bas, il m’a été facile de retenter l’expérience sans avoir à craindre les quolibets d’un copain. J’ai donc jeté un coup d’œil à droite, à gauche, respiré un grand coup, et retiré le maillot de bain que j’avais pris soin de me mettre sur les fesses pour aller jusqu’à la plage”. Et c’est alors que j’ai compris tout le sens de cette citation de Montesquieu : “La pudeur sied à tout le monde, il faut savoir la vaincre mais jamais la perdre”.

Propos recueillis par Pierre Bohm

Source: metronews.fr

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

CLOSE
CLOSE