Nigeria: La peur de l’assaut sur Maiduguri

Nigeria: La peur de l’assaut sur Maiduguri

Vent de panique, à Maiduguri, la plus grande ville du nord-est du Nigeria. Selon Sahara Reporters, dans cette ville d’environ 2 millions d’habitants “les familles et le personnel civil des deux grandes casernes militaires de la capitale de l’Etat de Borno sont évacués. Une lettre annonçant la prise imminente de la ville circule. La lettre, en haoussa [langue la plus parlée dans la région] détaille l’attaque prévue sur Maiduguri et précise que le chef Boko Haram en personne, Abubakar Shekau, dirigera l’opération.”

Les villes du nord-est du Nigeria tombent les unes après les autres depuis une dizaine de jours. Et la situation humanitaire est explosive, d’après le quotidien Nigerian Tribune. Ce titre, plutôt proche de l’opposition, s’appuie sur les propos alarmants du gouverneur de l’Etat de Borno, le Dr Rabiu Kwankwaso, qui a déploré “le déplacement de quatre millions d’habitants”. 

L’armée nigériane est sous le feu nourri de la critique. Après avoir nié tout le week-end dernier la perte de la ville stratégique de Bama [ville située à 75 km de Maiduguri], le général Chris Olukadé, porte-parole de l’armée, a déclaré sans coup férir sur Twitter : “Je suis heureux d’apprendre que l’armée a repris le contrôle de Bama.” Qui croire ? se demande The Guardian de Lagos. Le nouveau chef d’état-major, le général Alex Badeh, avait pourtant annoncé la rupture de ce verrou. 

Et à lire Sahara Reporters, il n’en est rien : “Récemment encore, l’armée a été en proie à des allégations selon lesquelles des officiers sont régulièrement ‘achetés’ par Boko Haram et sont même de connivence avec les insurgés pour coordonner les attaques.” Or, comme le rappelle le principal journal en ligne, le pays le plus peuplé d’Afrique et première économie du continent a consacré cette année 20 % de son budget (4,5 milliards d’euros) à son armée. Ce qui en fait la proportion la plus élevée depuis la guerre civile de 1967-1970 au Biafra. Mais le journal craint surtout que le nord-est du pays ne soit “laissée” aux sanglantes milices d’autodéfense. Une défaite assurée.

 

CONTEXTE— Boko Haram, ces talibans du Nigeria

Boko Haram : deux mots qui ont le mérite de bien résumer le programme de l’organisation. Ce néologisme haoussa, langue la plus parlée au nord du Nigeria, signifie “l’Occident est impur”. L’organisation a été fondée en 2002 par Mohamed Yusuf, un prédicateur radical de Maïduguri, capitale du Borno [Etat musulman situé dans l’extrême nord de la fédération du Nigeria]. Mais ce n’est qu’en 2009 que Boko Haram se signale par des attentats meurtriers. Le gouvernement nigérian réagit. En juillet, l’armée lance une opération militaire contre la secte. Mohamed Yusuf est tué. L’Etat nigérian croit avoir décapité le mouvement. En vain ! Depuis, l’organisation s’est radicalisée, semant de nouveau la terreur dans le pays. Boko Haram est notamment très implantée dans le nord du pays – essentiellement musulman – et réclame l’application de la charia. (La fédération dans son ensemble est composée pour moitié de chrétiens et d’animistes.) “L’émergence de Boko Haram traduit la maturation d’impulsions extrémistes ancrées de longue date dans la réalité sociale du nord du Nigeria” explique l’analyste Chris Ngwododans la revue Think Africa Press.

 

Source: COURRIER INTERNATIONAL

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