Nigeria: les «mensonges» de l’armée pointés du doigt

Nigeria: les «mensonges» de l’armée pointés du doigt

Plus d’une centaine de combattants de Boko Haram repoussés près de Maiduguri, des offensives de l’armée nombreuses et une reprise progressive du contrôle des villes aux mains des terroristes… Voilà le tableau de la situation dépeint par l’armée. Pourtant les habitants, eux, dénoncent une situation contraire, bien loin de des propos officiels.

L’armée nigériane serait elle en train de gagner du terrain face aux terroristes de Boko Haram ? C’est la question qui se pose si l’on en croit le communiqué officiel de son porte-parole Timothy Antigha. Plus d’une centaine de combattants djihadistes auraient été tués et plusieurs autres blessés à quelques dizaines de kilomètres de la capitale de l’Etat de Borno, Maiduguri. Selon les forces armées, plus de trois heures de combats ont été nécessaires pour venir à bout des terroristes lourdement armées. Plusieurs véhicules et du matériel très sophistiqué auraient été saisis.

Mais si l’armée s’est empressée de communiquer sur le sujet, il semble que, selon les témoins et les habitants présents sur place, la situation soit très éloignée de ce qui est présenté aux médias. Les nigérians de la région ont notamment dénoncé le fait que selon eux l’armée aurait abandonné un certain nombre de localités assiégées par Boko Haram laissant les habitants seuls face aux assaillants mais également au manque de nourriture et d’eau. Même son de cloche du côté de Maiduguri. Il y a quelques jours l’armée a annoncé que la ville n’était pas assiégée et qu’aucune offensive de Boko haram n’était prévue mais les habitants des environs n’ont cessé de répéter le contraire.

Ce n’est pas la première fois que l’armée est accusée de mentir et d’enjoliver la situation. A plusieurs reprise les officiels se sont illustrés par des déclaration tonitruantes parlant de victoire ou d’actes de libération sans pour autant que sur le terrain les faits soient confirmés. Après l’enlèvement des centaines de lycéennes en avril dernier par le groupe terroriste, un des porte-parole de l’armée avait affirmé que ces dernières avaient été localisées et qu’une offensive allait être mise en place. Mais plusieurs mois après, aucunes preuves ne sont venues étayer ses propos. Face à l’avancée de Boko Haram et la multiplication des actes terroristes, l’armée semble depuis le départ impuissante. Outre cette incapacité à venir à bout du groupe djihadiste, qui a visiblement décidé de prendre modèle sur l’Etat islamique en Irak, en imposant un Califat, l’armée fait également face à une défiance de plus importante de la part de la population qu’elle est censée défendre.

Amnesty international a fait état il y a quelques semaines, de « violations massives des droits de l’Homme » de la part des militaires et des milices dites civiles dans la région nord du pays. C’est principalement durant les combats et les luttes contre les terroristes que ces exactions auraient lieu. D’après Amnesty international, les preuves attestant de la véracité des faits sont évidentes et des enregistrements vidéo mais également des témoignages crédibles viennent renforcer les soupçons qui existaient déjà. On peut notamment voir sur des images tournées dans l’Etat de Borno, des hommes de l’armée nigériane procéder à des exécutions sommaires. Certaines scènes sont particulièrement choquantes puisqu’on y voit des détenus égorgés et jetés à même les fosses communes.

Face aux accusations l’armée avait tenté de se défendre en rédigeant un communiqué considérant que les accusations étaient très graves et qu’elles touchaient « l’intégrité de l’opération antiterroriste en cours ». Néanmoins l’armée n’a pas affirmé que les faits soient infondés et s’est retrouvée contrainte de mettre en place une cellule qui aura à charge d’étudier responsabilité des militaires nigérians. 4.000 personnes auraient été tuées depuis le début de l’année dans le conflit opposant l’armée nigériane et Boko Haram. Parmi les victimes on compte plus de 600 personnes qui ont été exécutées de façon arbitraire après l’attaque de la caserne de Maiduguri il y a 6 mois.

Refus de se battre, corruption, violences

Ce n’est pas la première fois que l’armée nigériane est accusée de tels actes. Son attitude vis à vis de la population a été mise en cause par les américains il y a quelques temps. Selon les Etats-Unis une partie des forces armées violent régulièrement les droits de l’Homme sous couvert d’opérations anti-terroristes. Selon le ministère de la Défense américain, des soldats détruisent des villes, arrêtent les habitants sans aucun motif et n’hésitent pas à tuer des civils. C’est ce type de comportement qui a, selon Washington, poussé les populations à la méfiance. Certaines accusations ont même fait état « d’atrocités » commises contre des innocents alors que dans le même temps, Boko Haram poursuit sa montée en puissance.

L’attitude de l’armée face aux terroristes est également pointée du doigt. A plusieurs reprises, la population avait prévenu les militaires de l’imminence des attaques et lancé des appels lorsque Boko Haram menaçait un village ou une ville. Mais face a la pression des terroristes et plutôt que de les affronter, l’armée serait partie se cacher en brousse. Des accusations d’une extrême gravité étant données les conséquences que les attaques ont eu sur les zones concernées. Ce n’est pas la première fois que les militaires sont accusés de ne pas aller au combat et de laisser Boko Haram perpétrer des massacres.

Face aux accusations qui se multiplient et à la déroute des ses militaires face à Boko Haram, le chef de l’Etat ne s’est pour le moment pas exprimé. Reste à savoir si il restera silencieux ou si il décidera d’élever la voix. La deuxième option s’avère pour la plupart des observateurs, la moins plausible.

source: Afrique Inside

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