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Notes de lecture du livre « Pour la vérité et la justice » de Laurent Gbagbo

Notes de lecture du livre « Pour la vérité et la justice » de Laurent Gbagbo

« La vérité ne me fait pas peur, je l’ai toujours demandé », c’est en ces termes que François Mattei rapporte les propos de Laurent Gbagbo qui raisonnent favorablement en ce moment où le Président Français François Hollande arrive en Côte d’Ivoire avec une quarantaine d’hommes d’affaires, pour récolter les fruits de l’alternance au pouvoir en Côte d’Ivoire.

Loin de la vision partiale présentée aux moments les plus chauds du combat politico-militaire en Côte d’Ivoire, ce livre se propose de prendre du recule et de contribuer à la restitution des faits.

Le pamphlet qui vous est présenté aujourd’hui est le fruit des mémoires d’un journaliste audacieux qui se rappelle les éléments de discussion avec le Président Laurent Gbagbo depuis 2005. Son but est de contribuer à l’éclosion de la vérité afin de permettre la rédaction d’une version plus complète de l’histoire. Comme vous le savez, « aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur ».

Ce livre a été écrit donc dans le contexte de ce qu’Aministy international appelle dans son rapport publié le 26 février 2013, « la loi des vainqueurs » qui est une justice borgne en Côte d’Ivoire ignorant les causes et les effets. L’auteur s’insurge contre la logique cynique selon laquelle il n’y a jamais eu de « Justice de vaincu ». Ainsi, il ne comprend pas que l’on puisse condamner sans vergogne une femme violée pour avoir crevé un œil à son agresseur au cours de sa défense.

L’auteur du livre est François Mattei, un journaliste français qui a été directeur de la rédaction de France-Soir et qui est déjà auteur de nombreux autres livres. Il a rédigé dans un style sobre et accessible à tous ce livre de 320 pages, table des matières inclus et subdivisé en trois parties : un avant-propos, 33 chapitres et une bibliographie.
Le chapitre 1 s’intitule « J’ai la confiance, la vérité finira par triompher ». L’auteur rapporte la source du désaccord poste électoral et montre comment le sort de Laurent Gbagbo était déjà scellé car, comme lui a confié Jean-Marc Simon, l’ex-ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, « Si la victoire finale avait été la victoire de Gbagbo, les rebelles auraient de toute façon pris les armes contre lui ».

Le chapitre 2 s’intitule « Je voulais donner un sens au mot ‘indépendance’ » et montre comment Laurent Gbagbo n’a jamais été l’homme de Paris. Il n’a jamais eu le soutien des présidents Chirac et de Sarkozy parce qu’il ne représentait pas le profil idéal de la soumission qu’incarnait le Président Houphouët-Boigny jusqu’à sa mort. Il n’était pas concevable pour Paris de parler d’indépendance dans un pays aussi stratégique que la Côte d’Ivoire qui représente 40% du PIB de l’Afrique de l’Ouest. Le tort de Gbagbo depuis son élection surprise en l’an 2000, c’est d’avoir été un intrus qui s’est faufilé entre les deux favoris de Paris. Il n’avait été choisi ni par Houphouet-Boigny, ni par la France, ni par les Institutions internationales. Il était libre, redevable de rien et c’était dangereux.

Le chapitre 3 s’intitule « Mon père a débarqué en France en janvier 1940 ». Il présente les grands principes de la Françafrique qui permettent de comprendre la crise franco-ivoirienne. L’auteur y relate le sort qui a été réservé à tous les dissidents tels que Sankara, Lumumba, Olympio, Moumié, Kadhafi, etc. L’auteur rappelle l’objectif d’indépendance énergétique de la France qui l’obligea à fournir des armes aux sécessionnistes biafrais et récemment aux rebelles libyens. Toujours dans le roman noir de la France en Afrique, l’auteur rappelle  les combats pour la libération de la France menée par les tirailleurs africains. C’est dans ce cadre qu’intervient le témoignage de Laurent Gbagbo sur la déportation de son père en France.

Le chapitre 4 s’intitule : «  veulent-il la mort de Côte d’Ivoire ? » où l’auteur montre que le premier problème de la Côte d’Ivoire est qu’elle est, au milieu des colonies désertiques de la France, le seul ilot combinant forêts et richesses, et qui attire l’immigration (30% de sa population). L’auteur y expose les problèmes de la nationalité et du foncier. Il explique les difficultés d’établissement des listes électorales suite à l’absence des registres d’état civil et des archives administratives devant facilité le recensement. L’auteur relève le risque de voir disparaître la Côte d’Ivoire si l’on ne contrôle pas le flux migratoire.

Le chapitre 5 s’intitule : « Villepin et Bourgi m’ont demandé de cracher au bassinet en 2002 ». L’auteur y parle du franc CFA qui est le dernier vestige de la colonisation qui un levier politique favorisant l’ingérence directe de la France dans les affaires d’un pays. Par son volume économique, la Côte d’Ivoire est la pierre d’achoppement indispensable de l’édifice franc CFA en Afrique de l’Ouest et il vaut mieux avoir à sa tête toujours quelqu’un qui ne remettra rien en cause. Le chapitre raconte aussi les réalités du financement de la campagne de Jacques Chirac pour l’élection de 2002 en France dont le président Gbagbo se dit peu fier mais, qu’il pensait y gagner une marge de manœuvre pour avancer vers nos objectifs.

Le chapitre 6 est intitulé : « nous ne sommes libre qu’en apparence, à l’intérieur de la cage où l’on nous a mis ». L’auteur y présente le besoin de dire la vérité à l’opinion française sur le bien commun que représente la souveraineté de l’Afrique à travers la lutte contre les piliers de la Françafrique sont: la présence militaire française en Afrique, le Franc CFA et le choix des chefs d’Etat. L’auteur présente un Laurent Gbagbo qui prépare ses partisans à l’adversité ; il dit : « Faire bouger les choses, s’opposer au diktat, ce n’est pas facile ». Comme Sylvanus Olympio, rapporte que ce qui arrive à Laurent Gbagbo est aussi la volonté de l’empêcher de poursuivre sa route vers la sortie du Franc CFA qui était de nature à faire tomber l’édifice françafricain. Il exprime aussi l’action de Laurent Gbagbo de faire cesser le marché de dupes qui consistait à offrir les matières premières stratégiques à la France en échange des accords de défense qui avaient prouvés leur inutilité et leur nocivité. Le calendrier était prévu après les élections de 2010 et on peut comprendre la venue de François Hollande en Côte d’Ivoire ce jour pour forcer la ratification du nouvel accord rejeté par Laurent Gbagbo en 2009.

Le Chapitre 7 s’intitule : « Qu’on s’occupe de vérifier les faits ». L’auteur montre comment la France a refusé le vrai débat qui était de savoir qui a gagné les élections au profit du choix de « celui qui nous ressemble ». Il indique aussi comment la France et la Communauté internationale ont refusé de réagir face à l’agression de la Côte d’Ivoire parce qu’elles étaient dans le coup. Il rapporte enfin les propos de Laurent Gbagbo selon lesquels il n’y avait pas de double langage à demander le soutien de l’armée France, malgré ses critiques de la France, parce qu’il est né dans un pays sous domination française où l’armée n’a pas été construite au profit des accords de défense et où il fallait faire avec ce qui existait. Nous apprenons une leçon de politique selon laquelle « il ne faut pas surestimer ses capacités ; il faut tenir compte des réalités pour les faire évoluer ».

Le chapitre 8 s’intitule : « un coup d’Etat en gang blanc » où l’auteur dépeint les accords de Linas-Marcoussis qui prévoyait une opposition armée avec laquelle Laurent Gbagbo devait gouverner en gardant la place de la « Reine d’Angleterre », sans pouvoir politique. « Le QG de la rébellion, c’est le Quai d’Orsay ! » se serait écrié Laurent Gbagbo à Guy Labertit.

Le chapitre 9 s’intitule : « ces gens n’ont peur d’aucune ignominie ». L’auteur y relève la campagne de diabolisation et de manipulation des médias français passant par la diffusion des idées incongrues allant de l’attribution des ministères de l’intérieur et de la défense à la rébellion, à la consommation de la drogue par Simone Gbagbo en passant par une prétendue promesse de Laurent Gbagbo du bain de sang dans le bureau de Claude Guéant. Ce chapitre s’attèle à dédiaboliser Laurent Gbagbo et à répondre point par point aux accusations de Jean-Christophe Notin dans son livre Le Crocodile et le Scorpion.

Le chapitre 10 est intitulé : « La bavure était française » et montre comment l’armée française n’a pas respecté ses engagements d’assistance et de fourniture du matériel militaire à la Côte d’Ivoire laissant ainsi le pays vulnérable aux attaques de la rébellion. L’auteur présente, en s’appuyant sur les témoignages des familles, anciens soldats et ex-ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Gilbert Le Lidec, le complot qu’a constitué la mort des neufs militaires français supposés bombardés par deux avions ivoiriens. L’auteur présume que c’est le sabotage de la victoire programmée de l’Etat ivoirien sur les rebelles qui aurait tournée en bavures françaises qui n’a donné lieu à aucune enquête ni crise diplomatique.

Le chapitre 11 s’intitule : « je fais la politique, pas les affaires » et l’auteur montre le côté intègre de Laurent Gbagbo qui ne mélangeait pas budget de l’Etat et dépenses politiques.

Le Chapitre 12 s’intitule : « J’ai été arrêté sous les bombes » et rapporte la volonté des adversaires de Laurent Gbagbo de l’asphyxier. Il montre surtout que c’est la France qui a bombardé la résidence présidentielle et a procédé à l’arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011.

Le chapitre 13 s’intitule : « Tant pis pour ceux qui ont voté » et l’auteur y regrette que les résultats de élections ne soient jamais connues avec une différence de chiffre entre la CEI, l’ONU et le Conseil constitutionnel.

Le Chapitre 14 décrit « un traquenard préparé de longue date » et l’auteur montre que nul n’a voulu ralentir la marche vers la guerre ni les violences inévitables qui allaient en être la conséquence. On a poussé le Président Gbagbo à aller aux élections sans désarmement qui en était la condition sine qua non et à confier les opérations de préparation des élections à l’entreprise française Sagem qui a contribué à inverser les résultats dès le premier tour en faisant passer le candidat Ouattara en lieu et place du candidat Bédié.

Le chapitre 15 s’intitule : « Les Ouattara, ce n’est pas un couple, c’est une entreprise ». L’auteur y présente l’empire des Ouattara avec des différentes ramifications dans les milieux d’affaires, de la politique et des finances. Le chapitre permet aussi à l’auteur de démentir le sentiment anti-français qu’on attribue souvent à tort à Laurent Gbagbo qui ne s’est jamais attaqué aux intérêts français.

Le chapitre 16 s’intitule : «  Ma conviction, c’est qu’il faut bâtir des institutions en Afrique ». L’auteur défend le respect des institutions et l’application de la loi de l’intérêt général contre celle des mafias, et contre les ingérences extérieures.

Le chapitre 17 s’intitule : « François Hollande venait me voir à mon hôtel à chaque fois que j’étais à Paris » L’auteur y parle abondamment du lobby français et des acteurs de la déstabilisation de Laurent Gbagbo.

Le chapitre 18 s’intitule : « Sarkozy s’est démené, ils n’ont rien trouvé : pas de fortune cachée, pas de biens ‘mal acquis’ ». L’auteur présente les relations saines de Laurent Gbagbo avec l’argent et parle de sa condition modeste et de son absence d’enrichissement personnel.

Le chapitre 19 s’intitule : « Je voulais marquer l’histoire » où l’auteur parle de l’histoire de la Côte d’Ivoire et de ses relations particulières avec la France. Il exprime aussi l’option choisie par Laurent Gbagbo de se mettre au service de l’histoire et non au service des maîtres du monde.

Le chapitre 20 s’intitule : « Les coups d’Etat ». Le chapitre permet à l’auteur de parler de l’origine des coups d’Etat et de situer les responsabilités de l’actuel gouvernement.

Le chapitre 21 s’intitule : « Gbagbo sera écrasé, parce qu’en face, ils vont lancer le rouleau compresseur ». L’auteur y décrit le plan mis en place pour détruire Laurent Gbagbo par la détention abusive.

Le chapitre 22 s’intéresse à « L’aveuglement volontaire de la communauté internationale ». L’auteur y expose, de l’avis de Laurent Gbagbo, les deux erreurs commises à savoir : l’organisation des élections sans désarment et la concession de la majorité à l’opposition au sein de la CEI. En fait, l’erreur aura été d’avoir toujours tenu les engagements pris dans les accords sa réciprocité et ce, sous le silence de la communauté internationale.

Le chapitre 23 s’intitule : « Quand je pense qu’on s’est moqué de notre ‘gouvernement de professeurs’ ». L’auteur présente les méthodes de la lutte non-violente (intellectuelle) de Laurent Gbagbo comparée à la lutte violente de la rébellion pulvérisant tous les palmarès de la tuerie sans enquêtes.

Le chapitre 24 s’intitule : « J’ai accepté tous les compromis ». L’auteur présente l’attitude de Laurent Gbagbo a accepté les compromis autour des tables de négociations, ce qui tranche totalement avec l’attitude de « dictateur » qu’on semble vouloir lui coller.

Le chapitre 25 s’intitule : « Ils m’auraient tué à petit feu ». L’auteur raconte ici les conditions piteuses de détention de Laurent Gbagbo à Korhogo. Cela tranche avec l’avis de bon traitement qui a été diffusé.

Le chapitre 26 s’interroge sur « La CPI, une cour africaine ? ». Il s’agit du questionnement sur les conditions de transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye en violation du code international des procédures et au mépris des exigences de la paix en Côte d’Ivoire. L’auteur s’interroge aussi sur la composition de la CPI est semble cibler uniquement les Africains.

Le chapitre 27 est intitulé : « Mes avocats ont coincé les juges ». L’auteur montre comment les dossiers à charge commandés par le Procureur disposant du budget nécessaire ont été démontés par les avocats de Laurent Gbagbo et comment la signification de la non-confirmation des charges était lourde à prononcer dans le contexte actuel.

Le chapitre 28 s’intitule : « Ils ne changeront jamais » et l’auteur présente Laurent Gbagbo qui ne se fait plus d’illusion sur la nécessité de ménager ses bourreaux pour obtenir sa libération car, dit-il, « il ne fait pas partie des priorités » de la France.

Le chapitre 29 s’intitule : «Une pareille opération ne s’improvise pas ». Ce chapitre reprend les chefs d’accusation du procureur contre Laurent Gbagbo et les démonte progressivement.

Le chapitre 30 est consacré à « L’abidjanaise » et l’auteur montre que la libération de Laurent Gbagbo est dans l’autre des choses en ce sens que son avocat a utilisé l’étape de confirmation des charges pour détruire les preuves du procureur sans montrer des propres atouts.

Le chapitre 31 s’intitule : « L’ambassadeur, c’était plus une barbouze qu’un diplomate ». L’auteur présente ici les manœuvres de déstabilisation de l’ex-ambassadeur de France, Jean-Marc Simon.

Le chapitre 32 s’intitule : « Quand Roland Dumas impose Vergès ». Il raconte ici les dessous du voyage des deux vieux avocats français en Côte d’Ivoire pour soutenir Laurent Gbagbo en pleine crise postélectorale.

Et le chapitre 33 s’intitule : « Hier, n’est pas encore loin » qui est une note d’espoir qui permet de conclure ce livre sur Laurent Gbagbo qui, tout au long de sa vie, a fait entendre sa voix par-delà les murs des prisons dans lesquels on l’a souvent enfermé depuis 1972. Il écrit dans une pièce de théâtre, Le lion du Manding, ces quelques vers forts instructifs :

« Le monde est malheureux
Or hier n’est pas encore loin
Et demain est profond
D’une profondeur pleine d’espoir
Ecoutez ma parole : elle ne fait qu’avancer
Ecoutez ma parole : l’histoire est vérité. »

Pour terminer, le livre est muet sur les méthodes de collecte de données de François Mattei auprès de Laurent Gbagbo. On ne sait pas s’il utilisait un mode d’enregistrement ou non. On ne saurait donc authentifier les propos de Laurent Gbagbo. Toutefois, la contribution du livre pour la vérité et la justice est substantielle. Il a au moins le mérite d’apporter, s’il n’y a pas de démenti formel, la version des faits de Laurent Gbagbo. Le livre, quelle que soit la polémique sur l’auteur, a au moins le mérite de maintenir allumée la flamme du combat pour l’indépendance effective de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique toute entière.

Dans une interview à RFI, Robert Bourgi augmente les soupçons sur la France en voulant démentir les propos de Laurent Gbagbo selon Mattei. On y apprend par exemple que les accords de Marcoussis étaient un vaste complot contre Laurent Gbagbo savamment préparé à l’Elysée.

A chacun de lire et de se faire son idée !

Louis-Marie Kakdeu

 

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