Ouganda : des étudiants acteurs pornos malgré eux

Ouganda : des étudiants acteurs pornos malgré eux

Les négriers des temps modernes recrutent des étudiants ougandais peu méfiants à coups de promesses d’emplois bien payés à l’étranger. Pour Sunday Bekunda, 25 ans et étudiant à l’Université Makerere de Kampala, la promesse a tourné en cauchemar de prostitution et de pornographie forcées. “J’ai décidé de partager mon histoire pour que les jeunes se méfient de ceux qui leur promettent des emplois à l’étranger”, explique Sunday.

C’est début janvier 2013 que je rencontre un certain Charles, dans le centre-ville de Kampala, qui me promet de m’amener travailler dans une usine au Kenya. Je ne sais alors pas que ce Charles est en fait un trafiquant d’êtres humains. Il a l’air d’une personne mature avec une longue expérience dans le monde du travail.

Je lui ouvre mon cœur en lui parlant de mes nombreuses difficultés et du mal que j’ai à trouver un emploi pouvant me permettre de payer mes études. En d’autres termes, je lui fais comprendre que trouver du travail est pour moi une nécessité absolue.

En route pour le Kenya

Le lendemain, j’arrive, prêt pour le voyage, et je trouve Charles dans une voiture. Il est en compagnie de six filles et de deux garçons. Il nous explique que nous allons traverser la frontière kényane par un point de passage frontalier non répertorié, appelé Chepskunya.

Pendant le trajet, Charles est très bavard et nous conseille sans cesse de ne pas le décevoir. Arrivés au Kenya, il nous amène dans une belle maison où quinze autres personnes nous rejoignent – deux garçons du Rwanda et treize Kényans.

Enlèvement

Charles nous confie à quatre hommes bien baraqués et à une femme. Ils nous gilflent et nous obligent à nous déshabiller. Je comprends alors que le voyage s’est transformé en enlèvement.

Une fois dévêtus, nous avons dû déposer toutes nos affaires sur une table. Je suis alors surpris de voir que les Ougandais qui m’accompagnent ont tous des cartes d’étudiants délivrées par les universités ougandaises de Kyambogo à Kampala, l’université internationale de Kampala, par l’Université de Nkumba à Entebbe, l’université chrétienne d’Ouganda, également à Kampala. Même les Kényans présents sont des étudiants.

La dame menace de nous tuer si nous désobéissons. Pour nous faire peur, ils nous montrent une vidéo de quelqu’un en train d’être tué et à qui on retire les organes internes. Puis, ils nous font voir une autre vidéo pour nous expliquer la raison de notre présence ici : jouer dans des films pornographiques.

Des caméras vidéos dans chaque coin

Ils nous ont conduits à l’étage, puis nous ont mis dans différentes chambres. Une fois dans ma chambre, un ravisseur me dit de me déshabiller à nouveau en me donnant trois pantalons moulants.

La chambre est baignée de lumière et truffée de caméras de vidéosurveillance dans chaque coin. Ils font ensuite entrer Bridget, l’une des filles avec qui je suis venu d’Ouganda, en me disant que je pouvais avoir des relations sexuelles avec elle en toute liberté. Ils ont fermé la porte et Bridget s’est mise à pleurer et à se lamenter sur son sort.

Des femmes d’âge mûr la nuit

La vraie ignominie ne commence que le lendemain, lorsque la dame est venue dans ma chambre avec trois scripts portant le titre “Teenage Sex and … ” [sexe des ados et … ] suivis de mots pour différents types de rapports sexuels. Ils amènent alors les filles et les garçons avec lesquels nous sommes venus, et ils m’obligent à avoir des rapports sexuels avec eux, tandis que les ravisseurs filment tout.

À un moment, je suis épuisé, ce qui fait sortir la dame qui revient pour m’injecter une substance qui m’a redonné assez de force pour continuer. Puis tout est devenu routine. Je suis tenu de coucher avec des filles le matin, des garçons le soir, et des femmes d’âge mûr la nuit. Ces dernières payent nos ravisseurs pour avoir des relations sexuelles avec nous. Parfois, on m’oblige à coucher avec sept vieilles femmes par jour.

Il me dit de parader avec un string

Trois semaines après, ils nous réunissent dans le salon pour nous informer que l’un de nous, Sam Muteesi, un Ougandais, leur a désobéi et qu’il va être tué devant nous. Ils l’attachent alors à une chaise et l’étouffent à mort à l’aide d’un sac.

Début mars, Charles vient dans ma chambre pour me dire que je vais me marier avec quelqu’un du Royaume-Uni. Il connecte son ordinateur portable et me montre une photo d’un vieil homme blanc. Il me dit de parader avec un string face à l’ordinateur portable afin que l’homme puisse me voir.

L’homme m’apprécie et Charles conclut l’affaire qui doit me faire partir au Royaume-Uni. Mais, parce que je ne suis pas kényan, il doit me ramener en Ouganda pour l’obtention d’un passeport.

C’est en franchissant la frontière de l’Ouganda à Mbale que je réussis à lui fausser compagnie, alors que nous nous sommes arrêtés pour le petit déjeuner.

Charles étant un homme puissant, il n’a pas été inquiété

Par la suite, j’ai déposé une plainte sous le numéro SD REF 65/19/03/2013. Malheureusement, Charles étant un homme puissant, il n’a pas été inquiété.

À cause de tous mes traumatismes, j’ai commencé à avoir des troubles et j’ai été admis à l’hôpital psychiatrique de Butabika où j’ai suivi un traitement psycho-social entre août et décembre 2013. J’ai aussi subi des tests médicaux qui ont montré que j’avais contracté de nombreuses infections sexuellement transmissibles.

J’ai décidé de partager mon histoire pour que les jeunes se méfient de ceux qui leur promettent des emplois à l’étranger.

Depuis qu’il a commencé à témoigner et à raconter son histoire, Sunday Bekunda dit avoir reçu plusieurs menaces (lien en anglais) : “J’ai reçu des appels de personnes disant qu’elles allaient me traquer si je tuais leur business.” 

Propos recueillis par Joseph Elunya

Source: rnw.nl

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