Parodie de justice aux USA par rapport à la mort de M. Brown: Ferguson en ébullition

Aux Etats-Unis, le policier qui a tué Michael Brown ne sera pas poursuivi par la justice américaine, a décidé un grand jury populaire. L’homme avait tué de six balles un adolescent noir de 18 ans en août, dans la ville de Ferguson, dans le Missouri. Après la stupéfaction, cette décision a provoqué la colère des habitants.

Ferguson est en ébullition. Une douzaine d’immeubles ont été incendiés, vient d’indiquer le chef de la police du comté de Saint Louis, John Belmar, lors d’une conférence de presse. Vingt-neuf manifestants ont été arrêtés, a-t-il ajouté, mais aucun mort n’a été signalé dans les violences qui secouent cette petite ville du Missouri.

Devant le poste de police de Ferguson, dans un silence de mort, quelques milliers de personnes ont écouté lundi soir, par téléphone portable, le procureur du comté de Saint Louis expliquer pourquoi le grand jury n’inculpera pas le policier qui a tué Michael Brown. Ce dernier avait été abattu en plein jour de six balles, au début du mois d’août 2014. Il avait 18 ans et ne portait pas d’arme. L’évènement avait provoqué de graves émeutes dans cette ville du Missouri. « Le devoir d’un grand jury est de séparer les faits de la fiction (…). Nous ne retiendrons aucune charge criminelle contre Daren Wilson », a déclaré à la presse le procureur Robert McCulloch.

À l’annonce de la nouvelle, il y a eu trente longues secondes de stupéfaction parmi les habitants de Ferguson massés devant le poste de police, avant que la colère n’éclate, comme a pu le constater l’envoyée spéciale de RFI à Ferguson, Anne-Marie Capomaccio. La mère de Michael Brown était présente, debout sur le capot d’une voiture, en larmes. Elle n’a pas pu aller au bout de ce qu’elle voulait dire. Elle a appelé au calme et s’est effondrée. C’est comme si personne ne parvenait à croire à cette décision, alors que tout indiquait, et notamment des fuites pendant les délibérations, que Darren Wilson ne serait pas inculpé.

« Les jeunes ne lâcheront pas »

« Nos jeunes ne voient pas cette affaire comme une injustice individuelle, ils voient cela comme une agression contre toute une génération, analyse Dr Cornell William Brooks, président fédéral de la NAACP, le plus important lobby afro-américain. C’est une manière de dire que, quand vous avez un Afro-Américain sur trois qui ira en prison au cours de sa vie, quand un Afro-Américain sur quatre dit avoir été maltraité par la police chaque mois, selon un sondage Gallup, quand les Afro-Américains ont 20 fois plus de risques que les autres de mourir, tués par un officier de police, nous avons un réel problème. Nous avons une génération de jeunes qui comprend cela, et ils n’abandonneront pas. Et nous ne pourrons pas les convaincre qu’ils sont impuissants. D’ailleurs, qui sommes nous pour leur dire qu’ils sont impuissants ? »

La situation s’envenime après la stupéfaction

Ferguson ne parvient pas à comprendre comment les 12 jurés ont pris leur décision, après trois mois de travail, après avoir entendu des dizaines de témoins des faits qui ont mené à la mort de Michael Brown. Des témoins qui, d’après le procureur, se sont contredits. Les manifestants ont alors crié des slogans devant les quelques dizaines de policiers armés, protégés par des casques et des boucliers. « Nous ne sommes pas une démocratie », ont hurlé des jeunes, avant de lancer des pétards. Ils ont également lancé leurs téléphones portables et leurs pancartes sur les policiers. Des vitrines ont été brisées et au moins deux voitures incendiées. Des coups de feu ont été entendus et des gaz lacrymogènes ont été tirés.

Les policiers ont immédiatement reçu des renforts, des dizaines d’hommes armés, casqués, invectivés par les manifestants. « Notre vie n’a aucune valeur, il ne peut y avoir de paix sans justice », a scandé la foule. « Les policiers massacrent et tuent des gens depuis de nombreuses années, et le système judiciaire les soutient toujours. Nous sommes fatigués, ça nous rend malades. Nous allons leur faire comprendre, c’est terminé, ça suffit ! », témoigne un manifestant. « Cela signifie, poursuit un autre homme, surtout dans l’Etat du Missouri, que les justifications pour tuer une personne sont minces, qu’ils peuvent dire à peu près n’importe quoi. Il y aura une excuse qui les exemptera. Mais avec la jeune génération, et avec les médias sociaux, ils ne peuvent plus passer sous la couverture radar. »

« Nous devons accepter », assure Barack Obama

Peu après l’annonce, le président Obama a demandé aux personnes massées dans les rues de Ferguson de manifester dans le calme, et à la police de faire preuve de « retenue ». « Tout d’abord et avant tout, a déclaré le président américain, nous sommes une nation de lois, et par conséquent, nous devons accepter le fait qu’il revenait au grand jury de décider. Il y a des Américains qui sont d’accord avec la décision et il y en d’autres qui sont profondément déçus, et même en colère. C’est une réaction compréhensible. Mais je me joins aux parents de Michael Brown en demandant à tous ceux qui s’opposent à cette décision de le faire de façon pacifique. »

« Laissez-moi répéter ce qu’a dit le père de Michael, a poursuivi Barack Obama : “ Blesser quelqu’un ou briser des vitrines n’est pas la solution. Quelle que soit la décision du grand jury, je ne veux pas que la mort de mon fils ait été en vain. Je veux qu’elle mène à des changements importants, des changements positifs, des changements qui feront de Saint Louis une meilleure région pour tout le monde. ” Les parents de Michael ont perdu plus que n’importe qui, et nous devrions honorer leur souhait. Je fais aussi appel aux forces de l’ordre de Ferguson et de la région pour qu’elles fassent preuve de retenue quand elles contrôlent les manifestations pacifiques qui peuvent se produire. »

Le débat ne fait que commencer sur le cas Brown….

Même si tout le monde s’attendait à une relaxe du policier Darren Wilson, la décision du grand jury a stupéfié Ferguson. Trois mois de débat pour aboutir à cette décision, c’est incompréhensible pour cette communauté.

Le procureur n’a suivi aucune procédure habituelle. Il n’avait pas l’obligation de réunir un grand jury, ni d’entendre l’officier Wilson, qui a ainsi eu l’occasion de se défendre. Puis plus de 30 personnes ont témoigné. C’est d’après de nombreux juristes présents à Ferguson une manière de diluer les informations, et d’entraîner les 12 jurés vers la décision qui était la sienne depuis le début.

Et lorsque Barack Obama parle d’un manque de confiance entre la police et la communauté noire, c’est un euphémisme. Les faits ont la vie dure, un Afro-Américain sur trois ira en prison au cours de sa vie.

Si l’abcès s’est concentré sur Ferguson, c’est d’après les manifestants parce que la communauté afro-américaine n’est pas respectée. Dans cette petite ville du Missouri, 70% de la population est noire, mais 85% des policiers sont blancs. Quant aux appels au calme, ils ont été anéantis par la colère.

Source: RFI

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Violents heurts à Ferguson, Obama appelle au calme

La décision d’un grand jury populaire de ne pas poursuivre un policier blanc qui a tué cet été un jeune Noir sans arme, dans cette ville du Missouri, suscite l’indignation.

«Il va y avoir la guerre. Dès aujourd’hui. La guerre!», criait lundi soir un habitant de Ferguson. De violentes échauffourées et des pillages ont éclaté cette nuit dans cette ville du Missouri, après l’annonce du verdict du grand jury populaire qui a décidé de ne pas poursuivre le policier blanc qui avait tué cet été un jeune Noir, Michael Brown. Des vitrines ont été brisées et les caméras de télévision montraient des voitures en feu dans cette banlieue de St Louis, où de graves émeutes raciales avaient déjà eu lieu en août dernier après la mort de l’adolescent. L’aéroport de St Louis aété bloqué dans la nuit par mesure de sécurité: aucun avion ne pouvait y atterrir.

Le grand jury populaire qui avait été chargé de se prononcer sur d’éventuelles poursuites contre Warren Wilson – le policier qui avait abattu le jeune Noir Michael Brown– a décidé de ne retenir aucune charge contre lui. C’est le procureur du Comté de Saint Louis, Robert McCulloch, qui a annoncé la nouvelle à la presse, alors que Ferguson était sous état d’urgence, en prévision d’une explosion potentielle d’actes de vandalisme et de destruction, semblable à celle qui avait secoué la ville cet été. «Le devoir d’un grand jury est de séparer les faits de la fiction», a-t-il expliqué, précisant que les 12 jurés avaient déterminé, après trois mois d’investigation «qu’il n’y avait pas de raison suffisante d’intenter des poursuites contre l’officier Wilson».

«Il n’y a pas de doute que l’agent Wilson a causé la mort» de Michael Brown et que ses parents vont devoir vivre avec cette perte, a reconnu Robert McCulloch, parlant de «décès tragique» et disant comprendre que certains «ne soient pas contents» du résultat. Mais il a défendu la procédure du grand jury, précisant que les douze jurés, neuf Blancs et trois Noirs, avaient mené une instruction «complète et profonde», entendu une soixantaine de témoins 70 heures durant, examiné des centaines de photos et d’éléments à charge et écouté trois médecins légistes.

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Le procureur a aussi précisé que ces éléments d’enquête allaient être rendus publics et accessibles en ligne pour que chacun puisse se faire une idée. McCulloch a expliqué que de nombreux témoignages concordants avaient établi que le policier et Michael Brown avaient eu une première altercation alors que Warren Wilson se trouvait dans sa voiture. Michael l’aurait agressé à travers la vitre avant. Le policier était alors sorti de sa voiture pour poursuivre le jeune homme. Certains avis divergent sur ce qui s’est passé, continuant de dire que Brown avait les bras en l’air au moment des tirs. Mais McCulloch a déclaré que de nombreux témoins avaient affirmé que Michael Brown s’était retourné pour marcher sur le policier, le forçant à tirer 10 (!) coups de feu, dont le dernier aurait été fatal. Selon les médias, Warren Wilson a d’ailleurs déclaré devant le grand jury avoir agi en état de légitime défense après une empoignade avec Michael Brown. Ses déclarations ont été corroborées par des preuves physiques de bataille, qui ont été rassemblées, a dit le procureur.

La police appelée à la «retenue»

Ce dernier a appelé la population de Ferguson à manifester pacifiquement pour que les questions posées par l’affaire «ne soient pas oubliées comme c’est d’ordinaire le cas». Mais il a appelé à ne pas sombrer dans la violence, un message repris par la famille de Michael Brown et de nombreuses figures religieuses et civiles de la communauté noire de Ferguson. Ce lundi soir, le président Obama s’est joint à ces admonestations, appelant les manifestants à exprimer leurs sentiments dans le calme, afin que le débat sur les mauvaises relations qui persistent entre policiers et la communauté afro-américaine débouche sur de vraies avancées. Il a aussi appelé la police à la «retenue» tout en reconnaissant qu’ils avaient «une lourde tâche», consistant à distinguer les simples gens épris de justice et les casseurs.

«Il y a eu beaucoup de progrès dans le domaine des relations raciales en Amérique mais il reste des problèmes non réglés», a dit Obama, parlant de discriminations persistantes de certains policiers à l’encontre de la population afro-américaine.

«Pas de justice, pas de paix»

Aussitôt après la décision et devant les nombreuses caméras de télévision, la foule en majorité noire a commencé à jeter des pierres, à briser des bouteilles et à secouer une voiture de police, face à des dizaines de policiers lançant des grenades lacrymogènes et protégés de visières de sécurité. «Vous êtes illégalement rassemblés, prière de vous disperser immédiatement ou vous serez arrêtés», lançait un policier. «Pas de justice, pas de paix», rétorquaient les manifestants.

Depuis des jours, le gouverneur du Missouri Jay Nixon avait décrété l’état d’urgence, déployé la garde nationale et renforcé les effectifs de police en prévision de possibles échauffourées. Il avait prévenu que les forces de l’ordre auraient recours à tous les moyens disponibles «si les gens sont violents ou menacent la propriété privée». De nombreux commerçants et entreprises de Ferguson, très inquiets, avaient placardé leurs devantures avec de grands panneaux de bois et plusieurs écoles ont avancé le long week-end de la fête de Thanksgiving jeudi en fermant leurs portes toute cette semaine.

Des manifestations ont eu lieu partout à travers les Etats-Unis: de Seattle à New York, en passant par Chicago et Los Angeles, des milliers d’Américains sont descendus dans les rues pour protester contre cette décision controversée, en scandant le slogan devenu cri de ralliement des manifestants: «Les mains en l’air, ne tirez pas!».

Laure Mandeville

Source: Lefigaro.fr

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