Pascal Affi N’Guessan : « Le dossier Gbagbo est à notre portée »

Pascal Affi N’Guessan : « Le dossier Gbagbo est à notre portée »

Le président du Front populaire ivoirien (Fpi) s’est prononcé sur la vie de son parti, hier, au cours d’une conférence de presse, à l’ex-QG de campagne du candidat Laurent Gbagbo, à Abidjan. Et, au regard du développement récent de l’actualité nationale et internationale, Pascal Affi N’Guessan n’a pas passé sous silence les évènements qui touchent à la marche de la Côte d’Ivoire. Notamment la décision prise, le 12 juin dernier, par la Chambre préliminaire 1 de la Cour pénale internationale (Cpi) confirmant par la majorité de deux voix contre une les charges contre du président Laurent Gbagbo.

«Sur cette question, nous avons déjà fait deux interventions. Une première déclaration immédiatement après la prise de cette décision, à travers laquelle nous avions pris acte de la décision et un point de presse que j’ai animé dans cette même salle, le 25 juin dernier. A cette occasion, nous avons marqué notre surprise parce que comme l’opinion nationale, comme tous les combattants de la liberté et de la justice, nous étions persuadés que le président Laurent Gbagbo allait être relâché», a-t-il indiqué.

Le président du Fpi a expliqué que compte tenu du fait que la chambre, dans sa décision du 3 juin 2013, avait estimé que les charges étaient insuffisantes pour renvoyer le président Laurent Gbagbo en procès. Mais, curieusement, dira-t-il, alors qu’on s’attendait à la libération pure et simple du célèbre prisonnier de La Haye, cette même chambre donnait un délai au procureur de la Cpi pour produire des charges supplémentaires. «Durant les sept mois d’enquêtes et de recherches, nous avons tous été témoins des difficultés que le procureur rencontrait véritablement à consolider son dossier. Et c’est tout cela qui fondait notre espoir», a précisé Pascal Affi N’Guessan.

Mais malgré son amertume, le président du Fpi, qui dit regretté la décision de la confirmation des charges, garde espoir. «Nous regrettons amèrement que les charges aient été confirmées puisque nous savons que le dossier n’est pas aussi consistant, qu’après près de 10 mois d’enquêtes supplémentaires, c’est un seul juge, parmi les deux qui avaient estimé que les charges n’étaient pas suffisantes, qui a basculé. Et même, ce juge qui a basculé vient de démissionner. Est-ce que c’est une coïncidence ? Est-ce qu’il y a un lien ?

Dans tous les cas, si les charges qui avaient été produites par le procureur étaient aussi convaincantes, les deux juges auraient basculé et la confirmation aurait été acquise à l’unanimité des juges. Pourquoi un juge ne s’est-il pas rallié et a estimé que les charges supplémentaires n’ont pas été convaincantes pour fonder une décision en faveur de la confirmation ? Et lors que cette dissidence vient s’ajouter à une démission, il y a suffisamment d’éléments pour penser que, manifestement, ce n’est pas le droit qui a été dit», a fait remarquer M. Affi.

Qui affirme que le dossier, qui oppose le procureur de la Cpi au président Gbagbo, est politique. «Et donc, nous sommes plus fondé à considérer que c’est la dimension politique qui a prévalu. Il nous maintenant nous battre sur cet aspect de la dimension politique », a-t-il déclaré. Et c’est ce qui explique, poursuivi Pascal Affi N’Guessan, la création du secrétariat national chargé spécialement de la coordination des actions en faveur de la libération du président Laurent Gbagbo.

Pour le président du Fpi, toutes les actions engagées jusque-là l’ont été de façon isolée. Les avocats d’un côté, les politiques de l’autre. La diaspora, organisée à travers la société civile, de son côté. «Si nous voulons être plus performants, il faut assurer la coordination de tout ça pour regarder dans la même direction, pour avoir des visions et des actions convergentes. Parce que c’est quand on va regarder dans la même direction, partager la même stratégie que nous allons créer la synergie dans les actions pour obtenir la libération du président Gbagbo. Lorsque nous regarder le dossier, nous avons une chance. Le dossier est à notre portée», s’est exclamé Pascal Affi N’Guessan.

Le président du Fpi ne s’est pas dérobé aux questions des journalistes s’agissant de la Commission électorale indépendante (Cei). Il a indiqué que la position de son parti est connue. «Nous rejetons cette Cei », a-t-il coupé court. Avant d’indiquer que son rejet est motivé par la démarche à travers laquelle la commission a été conçue. Tout le monde aussi bien en Côte d’Ivoire qu’à l’extérieur, dira-t-il, a prôné une démarche qui intègre toutes les composantes de la société ivoirienne.

Et donc une démarche inclusive. Malheureusement, le régime au pouvoir en a fait à sa tête dans le cas de l’élaboration de cette loi, a expliqué le président du parti à la rose. «Toutes les parties ont été mises devant un fait accompli. On a noté une volonté du gouvernement de définir ce cadre électoral sans la participation des autres. De façon solitaire. Evidemment, cela ne peut pas déboucher sur une Cei consensuelle, c’est-à-dire une Cei qui offre toutes les garanties réclamées par les acteurs politiques».

Et ces garanties, ce sont d’abord l’indépendance de l’institution vis-à-vis de l’exécutif, de tous les pouvoirs donnés et des partis politiques. Et ensuite, que cette indépendance garantisse la transparence des élections, la neutralité et l’impartialité. Et enfin la crédibilité des processus électoraux. Or la Cei qui nous est proposée, affirmera le président du Fpi, n’est pas équilibrée. «Sur dix sept membres, le pouvoir seul a au minimum neuf. Parce que le pouvoir est représenté à deux niveaux. Il est représenté d’abord au niveau des partis politiques qui le soutiennent avec quatre membres.

Il est ensuite représenté au travers de l’Administration, qu’il utilise pour gérer le pays, avec quatre membres. Et enfin, il représenté au travers le président de la République au travers un membre. Cela fait neuf parce que le président du parlement a été pris comme faisant partie de la société civile. Avec neuf, on a une majorité. Avec cette majorité, le mode de décision qui est la majorité simple, le pouvoir aura la présidence de la Cei. Le pouvoir aura trois vice-présidences.

Le pouvoir le secrétaire général, le pouvoir aura le secrétaire général adjoint. Il sera à la fois dominant au niveau de la commission centrale et il sera hégémonique dans l’administration de la Cei». Pour Pascal Affi N’Guessan, l’opposition n’a pas sa place dans une institution où l’objectif de ses concepteurs est d’organiser la fraude. Et la volonté du pouvoir de disposer d’une majorité est, pour lui, suspecte.

Le Front populaire ivoirien participera-t-il aux élections présidentielles de 2015 ? A cette question, Pascal Affi N’Guessan a répondu qu’elle ne devrait pas se poser logiquement. Soutenant que la création d’un parti politique obéit à des principes. Participer à des élections, les gagner et prendre le pouvoir pour appliquer son programme de gouvernement. Il a surtout indiqué que si le Fpi n’a pas pris part aux élections législatives et locales, c’était compte tenu du contexte qui prévalait à ces deux occasions. Et que s’agissant des élections présidentielles de 2015, il ne faudrait vite faire la déduction de la non-participation de son organisation politique à ces joutes électorales.

«Très bientôt, à l’occasion de notre congrès, nous allons voir quelle est l’attitude qui est la meilleure pour nous à l’occasion des futures élections, où se trouve l’intérêt de la Côte d’Ivoire parce que le Front populaire ivoirien est au service de la Côte d’Ivoire», a-t-il fait savoir. Il toutefois ajouté que si son parti, qui a entamé la phase de la restauration du pays, parle aujourd’hui de la Cei, c’est justement parce qu’il veut aller aux élections présidentielles.

Interrogé sur la situation exacte des prisonniers politiques, Pascal Affi N’Guessan a indiqué que leur nombre évolue chaque jour puisque les arrestations continuent. Il a aussi révélé qu’il y a, à ce jour, des prisonniers gardés au secret dans des endroits encore inconnus malgré plusieurs démarches. Pour lui, il faut compter aujourd’hui autour du millier d’hommes et de femmes pro-Gbagbo qui croupissent dans des prisons publiques et privées du pays. Dans l’indigence la plus totale.

Le président du Fpi n’a pas été du tout tendre avec le gouvernement Ouattara. Parlant de la gouvernance, Pascal Affi N’Guessan dit qu’il aurait préférable qu’on désigne ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire sous le vocable de cancer qui a pris tout le corps de l’Etat ivoirien. Et d’ironiser en ces termes : «On a mis le marché public à la Présidence et c’est là-bas qu’on distribue tout.

Le Trésor est à la Présidence. S’il y a une facture à payer, c’est là-bas qu’on décide. On se partage les marchés. Les marchés de gré à gré sont devenus le principe… La question de la bonne gouvernance est devenue tellement préoccupante qu’ils ont cru bien faire en lançant 1.000 audits. C’est que la maladie. C’est vraiment un cancer qui a pris tout le corps de l’Etat ».

Source : Notre voie

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