Patrick de Saint-Exupéry, le rédacteur en chef de la “Revue XXI” révèle: Au Rwanda, les autorités françaises «ont donné l’ordre de réarmer ceux qui ont commis le génocide rwandais»

Patrick de Saint-Exupéry, le rédacteur en chef de la “Revue XXI” révèle: Au Rwanda, les autorités françaises «ont donné l’ordre de réarmer ceux qui ont commis le génocide rwandais»

Dans son prochain numéro, la «Revue XXI» apporte un éclairage sur la politique de la France lors du conflit en 1994. Polémique.

«Les autorités ont donné l’ordre de réarmer ceux qui ont commis le génocide rwandais.» L’affirmation est grave. Elle est de Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de la Revue XXI, lundi matin sur les ondes de France Inter. Ce journaliste consacre un long article sur la question de la responsabilité de la politique française dans les mois qui ont suivi le génocide au Rwanda (au printemps 1994). C’est à paraître dans le numéro du 28 juin de la revue qu’il a cofondée.

Cet article à haute teneur polémique se base sur le témoignage d’un haut fonctionnaire qui a pu consulter les archives françaises sur le conflit rwandais. Et ce que rapporte ce haut fonctionnaire est «stupéfiant», selon les mots de Patrick de Saint-Exupéry, journaliste reconnu pour la qualité de son travail. Le point d’accroche actuel est la promesse faite par François Hollande, en 2015, de déclassifier les archives traitant de cette période. Or, elles ne l’ont finalement pas été car leur contenu pourrait être problématique pour des personnalités de la vie politique française, dont Hubert Védrine.

Hutus réarmés?

Ainsi Patrick de Saint-Exupéry de raconter sur France Inter: «Pendant l’opération Turquoise, déclenchée trois mois après le début du génocide, où 2500 soldats français sont envoyés au Rwanda, ordre est donné de réarmer ceux qui viennent de commettre le génocide.» Consternation parmi les militaires français qui, sur le terrain, constatent la «stratégie de provocation» des extrémistes hutus et leur implication directe dans les massacres de masse commis contre les Tutsis et les opposants hutus.

De plus, cette décision viole notamment l’embargo sur les livraisons d’armes aux belligérants rwandais adopté par l’ONU un mois auparavant. Au même moment, une résolution de la Commission des droits de l’homme de l’organisation internationale évoque un «génocide» au pays des mille collines. La situation est donc connue de tous.

C’est pourquoi «cet ordre va être discuté: une dizaine d’officiers ont demandé à exercer leur droit de retrait pour ne pas avoir à l’exécuter», met en perspective le journaliste. Mais l’ordre est finalement «confirmé», souligne Patrick de Saint-Exupéry, qui poursuit: «Et la personne qui demande que cette directive soit appliquée est Hubert Védrine, à l’époque secrétaire général de l’Elysée.» Patrick de Saint-Exupéry dit ne pas avoir de preuves de ce qu’il avance, mais «j’ai ce témoignage. L’ouverture des archives sera le juge de paix.» Et d’espérer qu’Emmanuel Macron fera toute la lumière sur le rôle de la France lors de ce conflit.

Les «VIP du génocide»

Le journaliste tient encore à nuancer et à préciser. L’article de la Revue XXI ne met pas en cause la France dans le génocide, car cette dernière intervient après les massacres, mais il démontre «l’aveuglement et la folie de la politique engagée alors par François Mitterrand. Ce dossier est un dossier où le politique est mis en cause et où ceux qui ont commis le génocide vont continuer à être soutenus politiquement.»

Ainsi, comme le démontrent d’autres enquêtes, le gouvernement français offrira «l’hospitalité à des personnalités qui se révéleront ensuite être des «VIP du génocide», écrit la revue Jeune Afrique à ce propos. Et Patrick de Saint-Exupéry, qui a consacré de nombreux articles sur la question du génocide au Rwanda, de motiver son engagement: «On imagine qu’un génocide est quelque chose de furieux, de violent, de rude. Au Rwanda, j’ai compris qu’un génocide, c’est d’abord du silence. Pourquoi? Parce que ceux qui peuvent parler ont été tués», explique le journaliste.

Source: tdg.ch

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Revue XXI: «La presse doit casser ses tabous»

Les cofondateurs de la revue XXI, son rédacteur en chef Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria, le directeur des éditions Les Arènes, sont les invités du Buzz Média Orange-Le Figaro. Ils souhaitent «ouvrir la réflexion» sur l’avenir de la presse et «sortir de la dialectique écran contre papier».

La revue trimestrielle de grands reportages XXI fête ses cinq ans d’existence le 10 janvier. A cette occasion, les cofondateurs Patrick de Saint-Exupéry, ancien grand reporter au Figaro, et Laurent Beccaria, le fondateur des éditions Les Arènes, ont publié un manifeste iconoclaste pour repenser la presse. Ce manifeste analyse l’absence de modèle économique de la presse dans le numérique et la dépendance des titres vis-à-vis de la publicité et du marketing.

LE FIGARO. (@erenault) – Encourager la presse à abandonner la publicité, le temps court de l’information, et à prendre du recul pour le reportage, n’est-ce pas oublier un peu vite que c’est la presse qui fait l’information?

Patrick de SAINT-EXUPÉRY. – Ce manifeste est fait pour ouvrir la réflexion. Quand on fait cela, on est bien obligé de casser des tabous. Notamment sur la publicité. On n’ose pas imaginer la presse sans publicité. On n’ose pas, non plus, imaginer un avenir de la presse en dehors du numérique. Sortons de la dialectique écran contre papier. Les deux peuvent vivre. La question n’est pas celle du support mais celle de la nature du journalisme. Nous posons ces questions à une époque où la presse traverse une grave crise.

Vous vous êtes offert le luxe de créer une belle revue, un trimestriel qui prend du temps pour faire du grand reportage, qui ne trouve justement plus assez de place dans la presse actuelle. Le modèle inventé, baptisé «Mook» (mélange de magazine et de book), a été beaucoup copié avec la création de We Demain, France Culture Papier, Long cours, Usbek & Rica et désormais L’éléphant. Le marché est-il encombré?

Laurent BECCARIA. (@laurentbeccaria) – Pour l’instant, nous sommes en croissance régulière de 11 % cette année. Nous avons inventé quelque chose de nouveau mais pas dans le luxe. À notre lancement, Bruno Frappat, ancien rédacteur en chef du Monde et de La Croix, nous prédisait un échec. La grande surprise est venue des lecteurs dont tout le monde disait qu’ils n’aimaient que les articles courts et le buzz. Nous avons proposé tout l’inverse et à chaque numéro, plus de 50.000 lecteurs mettent 15,50 euros pour lire du journalisme pur et dur. C’est du journalisme qui s’adresse au lecteur et non pas aux annonceurs. Notre lectorat nous a surpris. Nous avons beaucoup de jeunes, des lycéens et beaucoup de gens vivant en province. Ainsi, nous vendons environ 70 % des numéros en province. Par exemple, nous avons 11.000 abonnés dans 2.800 communes différentes, même de très petites. Nous sommes loin de l’imaginaire du lecteur bobo parisien qui correspondait, selon les experts du marketing, à notre projet.

Patrick de SAINT-EXUPÉRY. – Nous avons fait le choix de renverser le postulat admis des titres de presse qui est de se transformer en marque média. De fait, le lecteur est devenu un consommateur d’information. Nous avons décidé de faire une croix sur le lecteur transformé en objet pour revenir au lecteur qui est le sujet.

Le modèle est bénéficiaire depuis la première année et la revue réalise un chiffre d’affaires annuel de 6 millions d’euros. Les bénéfices ont été réinvestis en 2011 dans la création d’un semestriel 6 mois. Quelles différences avec XXI?

Laurent BECCARIA. – 6 mois, c’est du photo reportage tout en images. À chaque numéro, nous avons des photo reporters du monde entier et c’est une fenêtre ouverte sur les histoires du monde. Nous sommes en train de travailler à des éditions étrangères.

Après cinq années d’existence, quels sont les futurs développements?

Laurent BECCARIA. – C’est d’abord bien faire ce que l’on sait faire. Il faut donner encore plus au lecteur. Tout l’argent que nous avons gagné, nous l’avons mis dans le contenu. Nous avons créé une rédaction, donné leur chance à des jeunes. Maintenant, nous devons créer d’autres tempos. Nous avons déjà le trimestriel, le semestriel, pourquoi pas l’annuel, voire des périodicités plus courtes.

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