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Pour avoir parlé de la «victoire» de Ouattara à la présidentielle de 2010, Radio-Canada sermonnée par le Conseil de la presse au Québec

Pour avoir parlé de la «victoire» de Ouattara à la présidentielle de 2010, Radio-Canada sermonnée par le Conseil de la presse au Québec

Le traitement médiatique de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire est au coeur d’une affaire au Canada. En cause, Radio-Canada, média de service public qui n’a pas traité l’information comme il se devait, en reprenant en choeur ce que les agences occidentales prenaient pour parole d’Evangile.

L’AFP répète ces mots comme un mantra à longueur de dépêches. La crise postélectorale ivoirienne est «née du refus de l’ancien président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite à l’élection de novembre 2010». Par la force des choses, cette justification subtile de la guerre sanglante déclarée par Alassane Ouattara au nom de la lutte pour le pouvoir a été reprise par un grand nombre de médias du monde entier, les agences de presse étant des « grossistes de l’info ». C’est ainsi que le 19 février 2013, sur son site Internet, Radio-Canada, média de service public, écrit : « Les faits reprochés à Laurent Gbagbo, 67 ans, auraient été commis après les élections présidentielles de novembre 2010, à la suite de la victoire de son adversaire Alassane Ouattara. »

Inacceptable pour le journaliste québecois Bernard Desgagné, qui écrit pour les sites Le Québecois et Vigile.net. Il porte plainte au Conseil de Presse du Québec, « tribunal d’honneur de la presse québecoise » fondé en 1973 à l’initiative de journalistes et de patrons de médias. Si on veut effectuer une comparaison, ce serait avec l’OLPED (Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie), qui s’inspire d’ailleurs ouvertement du Conseil de la presse québecois. Très rapidement, la Société Radio Canada reconnaît qu’il manque une information dans son article. Et corrige son texte en écrivant : « Les faits reprochés à Laurent Gbagbo, 67 ans, auraient été commis après les élections présidentielles de novembre 2010, à la suite de la proclamation de la victoire de son adversaire Alassane Ouattara par une mission de l’ONU. »

Un jugement mi-chèvre mi-chou

Mais la plainte est déjà partie. Et le Conseil de Presse donne son verdict : « Le Conseil constate que la SRC a commis une inexactitude dans la version initiale de l’article, où il est affirmé, sans davantage de précisions que M. Ouattara avait gagné les élections. De l’avis du Conseil, la complexité d’événements aussi controversés appelle davantage de nuances, même sommaires. En effet, la formulation initiale pouvait laisser entendre que la victoire de Ouattara avait été acquise selon un processus électoral régulier et conforme au cadre légal et constitutionnel, ce qui n’est manifestement pas le cas. Sans avoir à rappeler, dans le menu détail, chacun des rebondissements entourant la prise du pouvoir par M. Ouattara, le Conseil estime que certaines précisions auraient dû être faites. Il était ainsi essentiel de rappeler que sa victoire avait été proclamée par l’ONU et la communauté internationale. En conséquence, le grief pour informations inexactes est retenu sur ce point », écrit-il.

La correction de Radio-Canada n’avait pas désarmé Bernard Desgagné. Il maintient que « l’article demeure inexact et que c’est Laurent Gbagbo qui a remporté l’élection présidentielle de novembre 2010. En effet, selon lui, la seule autorité habilitée à proclamer le vainqueur de l’élection, le Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire, l’a déclaré gagnant ». Le Conseil de presse du Québec refuse de le suivre. « Avant de se prononcer sur cette question, il importe ici, pour bien évaluer la correction effectuée par la SRC, de rappeler sommairement la chronologie des événements. À l’automne 2010, des élections présidentielles sont déclenchées en Côte d’Ivoire. Au deuxième tour de l’élection, deux candidats sont toujours en lice,

Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. De prime abord, l’organisme chargé de procéder au dépouillement du vote, la Commission électorale indépendante, donne Alassane Ouattara gagnant à 54,1 % contre Laurent Gbagbo à 45,9 %. Ce résultat est cependant contesté, de nombreuses irrégularités ayant été constatées. C’est ainsi que l’organisme chargé de vérifier la conformité du processus électoral, le Conseil constitutionnel, procède à une analyse de la situation et juge qu’il y a effectivement eu de nombreux cas d’irrégularités. Or, plutôt que d’annuler l’élection et d’ordonner un retour aux urnes, comme le prévoyait la Constitution ivoirienne, le Conseil constitutionnel choisit d’annuler 600 000 votes jugés irréguliers, tout en considérant les autres votes valables. Ce n’est qu’à la suite de cette annulation massive que le Conseil proclame un nouveau vainqueur: Laurent Gbagbo récoltant 51,4 % des voix, contre 48,5 % pour son rival, Alassane Ouattara.

M. Ouattara et ses partisans contestent la validité de cette décision du Conseil constitutionnel, la jugeant ultra vires. Une guerre civile éclate alors en Côte d’Ivoire, sur fond d’instabilité politique et de problèmes économiques. Face à ces déchirements, les pressions internationales s’intensifient et l’ONU proclame finalement la victoire de M. Ouattara. Ce dernier prend effectivement le pouvoir et le gouvernement procèdera à l’arrestation de M. Laurent Gbagbo en avril 2011 ».

Desgagné interjette appel malgré sa victoire partielle

Insatisfait de ce verdict mi-chèvre michou, Bernard Desgagné a d’ores et déjà interjeté appel. Au Nouveau Courrier, nous pensons qu’il a raison de le faire. En effet, l’ONUCI n’avait pas le droit de proclamer un vainqueur, eu égard à sa mission de certification, dûment codifiée. Ne pas le noter comme le fait Radio-Canada revient à laisser croire au lecteur (ou auditeur, ou téléspectateur) qu’elle était dans son bon droit. Il existe en effet des pays où l’ONU avait le pouvoir de proclamer le vainqueur. Ce qui n’était pas le cas en Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, ce n’est pas suite à une «guerre civile » engendrée par les resultats des élections, ni à des « déchirements » et à des « pressions internationales » que l’ONU a affirmé que le vainqueur était Ouattara. L’ONU l’a fait le 3 décembre 2010, avant même l’investiture de Gbagbo. Donc avant le début de la guerre postélectorale ! De plus, le Conseil de presse du Québec conteste le pouvoir d’interprétation d’un Conseil constitutionnel ivoirien qui était tout de même obligé de noter que c’était l’occupation du Nord par des bandes armées qui avait créé les fraudes massives, et que cette question de fond ne pouvait pas être réglée en quarante jours…

A Abidjan, les observateurs et journalistes noteront en tout cas que le Conseil de la presse du Québec juge que Ouattara n’est pas arrivé au pouvoir suite à un processus régulier, légal et constitutionnel. Ils notent qu’il faudra désormais que les médias québecois rectifient les dépêches de l’AFP pour ne pas se faire taper sur les doigts par leur organe d’auto-régulation. C’est déjà ça de pris.

Philippe Brou

Source: Le Nouveau Courrier N° 1027

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