Pour une dépersonnalisation du Pouvoir et une union sacrée autour des projets souverains

Pour une dépersonnalisation du Pouvoir et une union sacrée autour des projets souverains

L’éveil de conscience grandissant qui se propage de façon irréversible au sein des populations africaines va bientôt rentrer dans une zone critique dans laquelle il sera indispensable de régler définitivement la principale contradiction stratégique.

En effet, parmi les africains de bonne foi, deux courants de pensées en vérité non contradictoires commencent à s’affirmer comme antagonistes avec pour risque de fermer la porte à l’unité de conscience nécessaire à une victoire commune face a l’adversité. Un camp, celui de ceux qui ont une vision locale des problèmes africains pense que la solution commence par le renversement des dirigeants qui s’éternisent au pouvoir. L’autre camp, celui de ceux qui ont une vision globale soutient que les dirigeants africains actuels, pris individuellement n’ont qu’un contrôle limité sur les décisions qui affectent la marche du continent et par conséquent pour eux, l’urgence est de couper la main étrangère.

Bien que la ligne éditoriale du Sphinx Hebdo à laquelle adhère entièrement l’auteur de cet article s’inscrive dans le 2eme camp, il reste néanmoins vrai que le premier camp soulève des griefs absolument légitimes. Certains dirigeants exaspèrent le peuple non seulement en prenant des décisions qui heurtent davantage des populations qui vivent déjà dans des conditions très difficiles, mais en plus en affichant une indifférence méprisante à la souffrance endémique qui mine l’Afrique. Pour ajouter une complication à la confusion, l’organisation du pouvoir dans ces pays est conçue de manière telle que la même personne symbolise à la fois le bourreau du peuple et le meilleur rempart contre l’oppresseur extérieur. Il devient dès lors urgent de sortir d’un tel dilemme.

La solution passe par une dépersonnalisation efficace de la présidence c’est-à-dire du pouvoir suprême, qui curieusement et peut-être ironiquement aura le don de protéger à la fois les intérêts du peuple et ceux des dirigeants en place. Tant il est vrai que l’oligarchie financière internationale n’intervient que là où ses intérêts sont en jeu, et que la structure du pouvoir en Afrique favorise cette intervention en concentrant tous les pouvoirs de décision entre les mains d’une même personne. En théorie, le chef a l’illusion d’être très puissant parce qu’il peut écraser le peuple, mais reste très fragile parce qu’il peut être balayé à tout moment si les maitres du monde le décident.

Il résulte de cette situation la double fragilité à la fois du peuple et de ses dirigeants. Cette théorie bien huilée, conçue dans certaines officines occultes de l’Occident qui a prospéré pendant longtemps, a de façon inattendue trouvé un ennemi dangereux sur son chemin : la montée de la conscience panafricaine au sein des couches populaires. Pour capitaliser sur ce gain, il est indispensable de procéder à un certain nombre d’ajustements. Avant de faire des propositions, soulevons deux cas qui capturent l’évolution dans la dynamique du rapport de force entre l’oligarchie et l’Afrique.

  1. Kwame Nkrumah et le barrage d’Akosovo

L’histoire se souviendra toujours de Nkrumah comme d’un panafricaniste convaincu et honnête. Le père du Conscientisme était un intellectuel compétent doublé d’un visionnaire pragmatique. Il a fait d’Accra la base arrière des mouvements de libération de l’Afrique et n’a pas hésité à mettre les ressources naturelles Ghanéennes au service de ce combat. Ses actions étaient tolérées tant qu’elles ne menaçaient pas le pilier de la stratégie des prédateurs à savoir « Industrialisation zéro pour l’Afrique». Dès l’instant où il a décidé de construire le barrage d’AKosovo qui avait le potentiel de rendre toute l’Afrique de l’Ouest énergiquement indépendante, son départ du pouvoir est devenu une priorité de premier ordre. Le géant Kwame Nkrumah a été balayé du pouvoir le 24 Février 1966 alors qu’il était en visite d’Etat en Corée du Nord et en Chine. La menace que posait le barrage d’Kosovo dans les années 60 est la même que pose aujourd’hui le barrage du Grand Inga au Congo.

  1. Joseph Kabila et le barrage du Grand Inga.

Le Congo est en général présenté comme un « scandale géologique » à cause de ses immenses ressources naturelles. Mais ses ressources naturelles profitent surtout à certaines multinationales et à leurs relais locaux. Pour la population congolaise, ces ressources s’apparentent plus à une malédiction qui a déjà couté la vie à plus de 5 millions de personnes, sans compter les mutilations diverses, les viols, les déplacements dans l’indifférence totale de la presse dite internationale d’habitude moralisatrice. La construction du barrage du Grand Inga assortie d’une transformation sur place des ressources naturelles représente une menace dans la disponibilité à terme des minerais bon marché pour les multinationales. Toutes les maneouvres depuis les tentatives de détournement du projet jusqu’à la demande du départ de Kabila sont là pour nous édifier du sérieux avec lequel cette menace est prise. Il est aussi évident que les choses sont plus compliquées aujourd’hui que dans les années de Nkrumah. C’est un signe encourageant qui devrait nous pousser à adopter des mesures plus stabilisantes.

Parmi ces mesures phares, l’on peut citer l’identification et l’adoption de certaines décisions stratégiques qui devraient transcender le débat politique. Imaginons nous un seul instant qu’au Congo, plutôt que de se laisser absorber et hypnotiser par la lutte pour le pouvoir politique, l’ensemble des principaux acteurs politiques adoptait des postures d’homme d’Etat et faisait du barrage du Grand Inga un projet souverain non-révisable quelque soit le nom du futur président. Le résultat immédiat serait la chute de la ferveur internationale hypocrite autour de la constitution congolaise, ce qui permettre aux congolais de régler sereinement leurs différences. C’est à Joseph Kabila, en tant que président de prendre ses responsabilités et de prouver qu’il met l’intérêt du Congo au dessus de son intérêt personnel.

De façon générale, c’est à ces mêmes standards que l’on devrait désormais tenir tous nos chefs d’Etat afin de les empêcher de se présenter comme des victimes d’un système mafieux auquel ils sont souvent partis prenants. En d’autres mots, les chefs devraient prouver leur patriotisme en encourageant des actions qui préserveraient les intérêts du peuple même dans l’hypothèse de leur chute. Des projets sur l’autosuffisance alimentaire, l’indépendance énergétique, les accords de partenariat économiques et toute autre décision engageant le futur de la nation devrait être déclaré projet souverain dépassant la dimension du président de la République. Cette décision devrait même profiter aux dirigeants africains car en détachant le destin du pays de leur personne, ils enlèvent aux prédateurs toutes raisons de les éliminer. Cela s’appelle la dépersonnalisation patriotique du pouvoir, critère désormais indispensable a la distinction entre leaders de grande envergure et le menu fretin opportuniste.

Paul Daniel Bekima

Le Sphinx Hebdo

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