Présidence de la francophonie au Rwanda et prix Nobel à Kinshasa: A quoi joue l’Occident dans les Grands Lacs et en Afrique centrale ?
French president Emmanuel Macron (L) meets Rwanda president Paul Kagame (R) and Foreign affairs minister, Louise Mushikiwabo (2nd R) at the French Mission at the UN headquarter on september 25, 2018, in New York on the sidelines of the annual UN General Assembly. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Présidence de la francophonie au Rwanda et prix Nobel à Kinshasa: A quoi joue l’Occident dans les Grands Lacs et en Afrique centrale ?

Quand je parle du prix Nobel de la paix comme d’une arme de l’Occident pour endormir les peuples à dominer et vaincus, en particulier quand c’est donné à l’Afrique, beaucoup de nos compatriotes croient, et même si on peut bien s’en foutre de ce tout qu’ils pensent, que l’on exagère un peu. Pourtant, les faits créés de toutes pièces et qui nous sont imposés de toutes parts, parlent d’eux-mêmes. Ils sont bien là, bien palpables et probants. Et affirmer le contraire, c’est le démentir.

D’un côté, l’Occident attribue son fameux Nobel à un sujet congolais, il le fait pour cause du viol des filles, des femmes et d’hommes congolais à l’Est du Congo. De l’autre, c’est le même Occident qui récompense le Rwanda en confiant le poste de la présidence de la Francophonie à une Rwandaise. Doit-on rappeler que c’est le Rwanda qui tue et fait violer au nom de l’Occident des populations congolaises au nom desquelles le Nobel a été attribué à un congolais ? Je ne sais plus, moi, si c’est en quelle langue je devais m’exprimer pour que notre audience soit perceptible au message que nous essayons de lui faire parvenir, justement pour la tenir éveillée. Je n’ose pas avouer que la situation actuelle du Congo est triste, sinon j’enverrai un mauvais signal, celui de passivité et même d’échec dans ce sens que notre effort doit rester incessant afin de permettre aux esprits congolais qui se trouvent encore à l’état d’endormissement de faire bien attention en leur foi presque aveugle en leur maître de toujours.

La France de Macron met le pied à l’étrier au Congo sur les pas des Anglo-Saxons

La présidence de la Francophonie, qui est accordée au Rwanda, est ironiquement confiée à une bonne régresse, dont le pays est primé pour ses crimes et sa mainmise sur le Congo. Son attribution au Rwanda annihile les effets du Nobel et le rend même inutile, parce qu’on a l’impression qu’il a été accordé à un nègre de maison. L’expression nègre de maison envoie à Malcom X, lui qui en a été l’auteur et qui, en parlant de nègre de maison, a voulu exprimer son dédain vis-à-vis de ce type de nègre. Pour Malcom X, « le Nègre de maison faisait toujours attention à son maître. Quand les Nègres des champs dépassaient un peu trop les bornes, il les retenait et les renvoyait à la plantation. Le Nègre de maison pouvait se permettre d’agir de la sorte parce qu’il vivait mieux que le Nègre des champs, il mangeait mieux, il s’habillait mieux et il vivait dans une plus belle maison. Il vivait dans la maison de son maître, dans le grenier ou la cave, il mangeait la même nourriture que son maître, il portait les mêmes habits que lui et il pouvait parler comme son maître, d’une diction parfaite. Il aimait son maître bien plus que son maître ne s’aimait lui-même. C’est pour ça qu’il ne voulait pas que son maître souffre. Si le maître tombait malade, le Nègre de maison disait :  » Quel est le problème maître, sommes-nous malades ?  » Sommes-nous malades ! ? Il s’identifiait à son maître plus que son maître ne s’identifiait à lui-même. Si la maison du maître prenait feu, le Nègre de maison luttait plus fort que son maître pour éteindre l’incendie. Il était prêt à donner sa vie plus rapidement que le maître ne le serait pour sauver sa maison. », (Malcolm X, « Message to the Grass roots »). Il n’y a aucun doute quand les thuriféraires des uns et des autres, pour justifier leur compromission, nous invitent à ce qui est inutilement appelé le pragmatisme, qui ne veut en fait rien signifier.

Aujourd’hui, avec la présidence de la francophonie qui lui est remise en guise de cadeau, la France de Macron met le pied à l’étrier au Congo sur les pas des Anglo-Saxons. Elle devient elle aussi et officiellement marraine du mercenariat de Paul Kagamé dans les Grands Lacs. Hier, elle s’y prenait en catimini. Il n’en sera plus question désormais.

Quant à la bonne négresse du Rwanda, que l’on fait désormais passer pour la présidence du machin francophonie, elle représente un État mercenaire, et avec tout ce que cela comporte, entre autres : armes, financement et soldatesque. Eh bien, c’est l’armée du Rwanda qui contrôle et maîtrise le Congo. Comparé à la francophonie, le Nobel est attribué à un individu, qui plus est sans soutien militaire et financier. Faut-il faire un dessin pour cela ? La francophonie peut engager militairement un État, ce dernier avec tous ses moyens, alors que le Nobel ne repose que sur le bon vouloir de ses protecteurs. Ce bon vouloir n’a jamais existé pour le Congo. Le Rwanda, avec son armée, peut librement se mouvoir sans limitation. Aujourd’hui, avec la présidence de la francophonie qui lui est remise en guise de cadeau, la France de Macron met le pied à l’étrier au Congo sur les pas des Anglo-Saxons. Elle devient elle aussi et officiellement marraine du mercenariat de Paul Kagamé dans les Grands Lacs. Hier, elle s’y prenait en catimini. Il n’en sera plus question désormais. Cette situation me fait dire que l’Occident s’amuse au Congo sans qu’aucune force ne lui fasse ombrage et ne s’oppose ouvertement à lui. Il s’amuse et amuse en même temps ses bons nègres, le type de nègres tels qu’il les apprécie, et en un mot des béni-oui-oui.

En 1970, le philosophe béninois Stanislas Adotevi en parlait déjà dans son essai Négritude et négrologues. Adotevi affirmait que la négritude de Senghor fut une idéologie de l’aliénation. Pour lui, « dans le grand orchestre de l’Universel, l’humanité aura pour chef d’orchestre l’Europe, le Blanc. Le nègre tiendra la section rythmique. La négritude [n’est autre] que le soporifique du nègre. C’est l’opium. C’est la drogue qui permettra à l’heure des grands partages d’avoir de bons nègres ». Et nous sommes encore à ce stade. À chaque étape de notre marche apparaît comme par enchantement ce type de bons nègres. Ils sont sans mémoire et sans appréhensions. Que faut-il ajouter d’autre ? Dans tous les cas, le problème, à un certain degré, n’a jamais été l’Occident lui-même car ce dernier s’est toujours placé dans sa logique de conquête et de guerre permanente. Pour ce faire, tous les moyens lui sont bons en vue de lui permettre de conserver définitivement sa condition de maître ainsi que de maintenir son esclave consentant dans son conditionnement. C’est de la théorie de Hegel, celle du maître et de l’esclave. Le « maître » fera de telle sorte de le rester et l’esclave essayera malheureusement d’y trouver son compte. Il tombera dans le piège qui lui est tendu. C’est de bonne guerre, Il exécutera, et même sans le savoir, le geste qui est attendu de lui. Quelquefois, il s’exécutera sans exiger sa quote-part.

À dire vrai, le problème, c’est le nègre lui-même. Il avait fini par internaliser son rôle dans le système. Un habit lui a été cousu à sa taille. On lui fait admettre, et avec ces diplômes qui lui sont accordés, que tout ce que son maître entreprend de réaliser serait bon et même adaptable pour lui. Sinon, je ne vois pas comment le nègre peut valoriser le Nobel, alors que ce prix lui est décerné par son « ancien » colonisateur qui, par ce fait, n’a plus rien à lui apprendre, étant donné la nature de la relation qui les unit depuis leur rencontre.

Avons-nous déjà perdu le Congo ?

Par ailleurs, le fait même de croire au Nobel, au prix lui-même, ainsi que de justifier son importance, pendant que l’Occident lui accorde peu d’importance, c’est ignorer sa participation à sa propre domination. C’est faire le jeu de l’adversaire. C’est apprendre à poser des actes qui sont attendus, alors que l’adversaire, que l’on refuse par lâcheté de désigner, est demeuré fidèle à lui-même et à ses principes. On décerne le Nobel, mais sans volonté réelle d’arrêter la guerre au Congo. D’un côté, le Nobel est attribué et de l’autre, l’occident récompense le bourreau à la base du massacre au Congo. En d’autres termes, c’est la nature du système : le chaos orchestré et en permanence.

Nous sommes en train de nous embrouiller à l’heure où le monde change, à l’heure où tout bouge dans tous les sens tout autour de nous. C’est plutôt en ce moment précis que nous sommes condamnés à envoyer un signal fort en vue de prévenir la conquête chinoise de l’Afrique qui s’annonce. Elle sera sans pitié, voire pire. Ne rien faire dans ce sens pour émanciper notre peuple, c’est à la fois creuser notre tombe et faire comprendre à l’empire chinois que nous n’avons pas été capables de faire face à l’Occident, nous ne le serons non plus face à la Chine. Et la Chine risque de croire que tout lui est permis en Afrique. Nous nous installons indéfiniment dans le chaos. Nous plongeons la tête baissée dans l’impasse. Comme d’habitude, notre erreur, et je ne cesserai de le répéter, après Frantz Fanon, « à nous, Africains, est d’avoir oublié que l’ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas. Notre tort est d’avoir cru que l’ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité ». C’est en effet ce que les uns voudraient naïvement nous faire avec leur prix. Leur thuriféraire nous invite à ce qu’ils appellent abusivement de pragmatisme, mais sans nous dire en quoi il retourne. C’est même suicidaire de penser ainsi. Ils font la sourde oreille. Kierkegaard, dans « Enten… eller », je l’ai lu en norvégien, son livre « Ou bien… Ou bien », avise qu’« Il arriva que le feu prît les coulisses d’un théâtre. Le bouffon vint en avertit le public. On pensa qu’il faisait de l’esprit et on applaudit ; il insista ; on rit de plus belle. C’est ainsi, je pense, que périra le monde (le Congo) : dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce».

Le fait même de croire au Nobel, au prix lui-même, ainsi que de justifier son importance, pendant que l’Occident lui accorde peu d’importance, c’est ignorer sa participation à sa propre domination. C’est faire le jeu de l’adversaire. C’est apprendre à poser des actes qui sont attendus, alors que l’adversaire, que l’on refuse par lâcheté de désigner, est demeuré fidèle à lui-même et à ses principes. On décerne le Nobel, mais sans volonté réelle d’arrêter la guerre au Congo.

Ma dernière question est la suivante. Je me demande si nous avons déjà perdu le Congo ? Israël a annoncé avoir pris la décision de rapatrier des soi-disant congolais qui vivaient en exil en Israël au Congo. Israël qui est allié du Rwanda nous informe que ceux qui sont présentés comme des réfugiés congolais sont les premiers à quitter Israël pour l’Afrique. On pourrait l’interpréter comme on le voudra, mais c’est un signal qui est envoyé à Paul Kagame en vue de commencer à faire rentrer des populations rwandaises au Congo. Le Nobel s’accompagne d’un agenda un peu fou et flou pour le Congo de Lumumba. Cela rappelle les fameux accords d’Oslo, entre Palestiniens et Israël, Oslo a plus servi les Israéliens que les Palestiniens en Palestine. La lutte est dure car avant que l’arrivée de la Monusco au Congo, des groupes rebelles étaient à compter du doigt. L’arrivée de la Monusco au Congo, et qui dit Monusco évoque la France et les Anglo-Saxons, les groupes dits rebelles se comptent au nombre de 150.

Peuple de mon pays, « Gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse » (Aimé Césaire, dans Cahier d’un retour au pays natal). Malheur aux peuples qui hésitent et traînent les pieds.

Eza nde Likambo ya mabele.

Mufoncol Tshiyoyo,

MT & Associates Consulting Group

Source: ingeta.com

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