Présidentielle de 2020 : Voici ce que prépare le RDR contre le PDCI

Présidentielle de 2020 : Voici ce que prépare le RDR contre le PDCI

Qui du Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié et du Rdr d’Alassane Ouattara sera le candidat unique du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), à l’élection présidentielle de 2020 ? Lequel des deux partis politiques aura les moyens de dicter sa loi à l’autre, en cas de clash autour de la candidature unique d’une formation politique pour le compte des houphouétistes ?

Voilà autant de préoccupations fondées qui troublent le sommeil des longs couteaux du Rdr d’Alassane Ouattara, du Pdci-Rda d’Aimé Henri Konan Bédié, et de l’Udpci de Albert Mabri Toikeusse ; en même temps qu’elles triturent les méninges de leurs hommes de l’ombre. A l’évidence, ces questions lancinantes polarisent les passions, attisent les tensions et polluent au fil des jours l’ambiance au sein des héritiers politiques (?) du Vieux, aujourd’hui chacun à la  tête de son parti. Il n’est pas besoin de faire un dessin pour montrer que c’est Mabri Toikeusse qui a pris l’initiative de la candidature unique. Avant que le président du Pdci-Rda Henri Konan lance son fameux appel de Daoukro. Au total, le Rdr, le Pdci-Rda, l’Udpci et le Mfa s’étaient juré fidélité, ils s’étaient mis d’accord pour partager équitablement le gâteau au diner de la république. Si l’on s’en tient aux propos du ministre Cissé Bacongo, l’un des bras droits d’Alassane Ouattara, qui se payait la tête de N’Zuéba ! Au plus fort du débat sur l’alternance en 2020. Depuis, les jours se suivent et se ressemblent. Ouattara et le Rdr font des mains et des pieds pour s’imposer  à leurs différents  alliés, au grand dam de l’accord non écrit de Daoukro, au terme duquel à la fin du deuxième mandat de Ouattara, c’est un cadre du Pdci qui devrait hériter du fauteuil !

Les trois tableaux de Ouattara pour écraser le Pdci en 2020

L’information remonte des entrailles du Rhdp. Le Rassemblement des républicains n’est visiblement pas prêt à soutenir la candidature unique d’un cadre du Pdci-Rda, en 2020. Pourtant ce que demande l’appel  de Daoukro. Au contraire, le régime actuel, plus précisément le Rdr est à fond dans la préparation de sa victoire au scrutin présidentiel de 2020. Pour l’essentiel, le président d’honneur du Rdr   qui reste un vrai manœuvrier a échafaudé trois scenarii  dans l’objectif d’affaiblir son allié du Pdci.

La carte Hamed Bakayoko.

Alassane Ouattara avait inscrit le nom d’Hamed Bakayoko en bonne place sur son calepin, aux rangs de ses potentiels successeurs sur le trône. C’est principalement pour cela qu’il a bien voulu faire de lui, le tout puissant ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Il fallait lui donner de la carrure, le mettre en situation de… En plus c’est un ami de longues dates du couple présidentiel. La Première dame Dominique Ouattara le prend comme son fils et il le lui rend bien. «Il est quelqu’un de bien», entend-on dire dans le dernier carré d’Alassane Ouattara, si on en croit des confidences à la Rue Lepic qui vont jusqu’à affirmer qu’entre le président de l’assemblée nationale Guillaume Soro et le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité d’alors, Ouattara a choisi le dernier cité. C’est la raison pour laquelle il a été porté à la tête du ministère de la Défense, un ministère dont l’importance n’est plus à démontrer pour le régime Ouattara, à un moment où ceux qu’on dit proches de Soro faisaient voir de toutes les couleurs au chef de l’Etat, chef suprême des armées. Ouattara lui témoignait ainsi sa confiance, dit-on. Dans un premier temps, Ham’Bak a montré des signes de satisfaction. A l’intérieur du Rdr, il avait commencé à faire des émules. Mais très vite, il sera rattrapé par ses attaques à peine voilées, proférées contre Guillaume Soro depuis Abobo dont tout le monde se souvient encore. Ses ennuis politiques vont s’accroitre avec les sauts d’humeurs intervenus dans l’armée sous son administration. La sempiternelle question des primes et des grades est remontée à la surface, les militaires omis s’étaient mis à donner de la voix, même si on ne les entend pas du dehors ! « Le président de tous les Ivoiriens » qui suit les faits et gestes de son ministre, va s’apercevoir qu’Hamed Bakayoko n’est pas prêt. Il veut mais Ouattara est convaincu qu’il ne peut pas, à l’état actuel des choses. Que faire, puisse que le temps presse. 2020, c’est demain. Il faut vite trouver une pièce de rechange. Un bon cheval capable de créer le consensus autour de sa personne à l’intérieur du Rdr. Puis glaner des voies chez les alliés houphouétistes. Eurêka !

Amadou Gon Coulibaly, la pièce de rechange.

Comme Ham’Bak n’est pas prêt, et que le sablier du temps est en marche, le chef de l’Etat qui ne veut pas prendre de risque a porté son choix sur son Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly. Premier ministre qu’il est, personne ne devrait en principe contester le choix de Gon pour devenir calife à la place du calife. Puisqu’il est déjà dans l’antichambre du pouvoir, il est à seulement un pas. Au Rdr, d’aucuns considéraient la présence de Gon à la Primature comme une sorte d’apprentissage de la fonction présidentielle. Il fait ses classes en attendant de monter sur le trône, estimaient certaines à la Rue Lepic. Du cou le Premier s’offre une véritable campagne de marketing tant en C ôte d’Ivoire comme  à l’extérieur.  Dans le monde politique ivoiriens certains ont très vite fait de dire que  que budget de la Primaire devrait largement contribuer à cette fin. Mais malgré tous les efforts et coups de pouce que le chef de l’Etat a donné à son Premier ministre pour lui tailler une carrure de président de la République, la montagne a accouché d’une souris. L’image de Gon ne passe pas comme Ouattara l’a voulu. Rares sont les longs couteaux du Rhdp qui voient en lui,  quelqu’un de présidentiable. En plus, il ne fait pas l’unanimité au Rdr. C’est un gros souci pour Ouattara qui doit se trouver un successeur. Peut-être après la présidentielle de 2020. Or ses deux ministres élus n’ont pas rempli les conditions qu’il faut. Alassane Ouattara s’est retrouvé à la case de départ. Tous comptes faits, le président d’honneur  du Rdr se trouve dans l’obligatoire de retrousser ses propres manches, et descendre dans l’arène. S’il veut sauver sa mise qui est de conserver le pouvoir entre les mains du Rdr. Il sera candidat à sa propre succession. Mais selon des sources généralement fiables, la partie s’annonce très serrée. Il y a des obstacles à franchir.

Aller au clash avec son aîné Bédié.

Ouattara qui n’a plus d’autres cartes à jouer que d’être lui-même candidat à sa propre succession, se doit de régler une question fondamentale : Il faut affaiblir le Pdci-Rda qui devient de plus en plus dangereux pour le Rdr. Selon des confidences proches du Rhdp, le Rdr qui veut par tous  les moyens conserver le pourvoir pour 2020,  multiplie les scénarii à même de fragiliser le parti de Bédié. Pour s’offrir  un troisième mandant.  C’est donc la  veillé d’armes au sein de ce parti avant 2020. Ils préparent pièce par pièce, les plans  avec lesquels le candidat du Rdr va se débarrasser du Pdci, son allié qui est  finalement devenu très embarrassant  sur la route du pouvoir. D’abord, l’on invoque un clash entre les deux plus longs couteaux du Rhdp, si ce n’est déjà le cas puis que par Jean Louis Billon et Joël N’Guessan interposés, le Pdci et le Rdr s’envoient des flèches très empoisonnées. Les discours au vitriol de Maurice Kacou Guikahué, quand il s’agit de l’alternance en 2020, et les diatribes de Cissé Bacongo sur la même question sont la preuve que les deux partis, vus  comme les deux poids lourds de cette  alliance,  ont ouvert les hostilités. Mais avec un sérieux ascendant du chef de l’Etat Ouattara sur celui qu’il appelle son aîné Bédié, le pouvoir  aidant bien entendu.

De fait, à en croire certaines personnes qui revendiquent des atomes crochus avec l’un ou l’autre des deux frères désormais ennemis, après le Mfa, le Pit et l’Upci, le syndrome de la division est presqu’aux portes du plus vieux parti politique ivoirien. Le Pdci-Rda est sur la liste des obstacles que le régime doit franchir sur la route du pouvoir. Une attention particulière lui est donc accordée. Il s’agit d’abord de trouver des «adocompatibles» dans les rangs des Pdcéistes, puis les enrôler pour en faire des soutiens solides à la candidature de Ouattara. Mais qui sont-ils ? A cette question des noms reviennent fréquemment en guise de réponse. En effet, de lourds soupçons pèsent sur certains hauts cadres du parti de Bédié qui sont soit au gouvernement ou à la tête de certaines institutions de républiques. Dans  les couloirs du Rhdp, il  se raconte que le Rdr,  les tient par leurs postes auxquels eux aussi sont attachés. «On les reconnaît par leurs fruits », répond-t-on dans les rangs du Pdci. Est-ce pour dissiper ces soupçons qui pèsent sur les cadres du Pdci au gouvernement et à la tête des institutions de la République que l’on observe depuis un moment, des mouvements croisés de hauts cadres parti ? La question reste posée.

Pour sur, depuis un moment, on voit des cadres du Pdci donner de la voix en faveur de son rayonnement sur l’échiquier politique national, synonyme de son retour au pouvoir le plus tôt possible, pour ne pas dire,  en 2020 en vertu de l’appel de Daoukro. On le voit, le Pdci a pris toute la mesure de la volonté de son allié de le coiffer au poteau. Il a engagé la bataille pour la révision de la Commission électorale et du code électoral. Il est à fond dans le combat pour la révision du découpage électoral ; lequel découpage fait pour l’heure, la part belle au Rdr d’Alassane Ouattara. En un mot comme en mille, Bédié et ses camarades militants du Pdci savent que leur allié mijote en fait un bien mauvais coup. Il reste seulement à savoir quand il va se décider à porter le coup de grâce. On annonce un remaniement de l’équipe gouvernementale, qui est un moment souvent redouté par le parti de Bédié.

Le remaniement du gouvernement, l’acte 1 du clash

En parlant comme Jean Louis Billon et Maurice Kacou Guikahué le font depuis un moment, les Pdcéistes scient une branche sur laquelle repose leur parti. C’est l’impression que l’on a dans les hauts milieux du Rdr. Et cela devra se sentir dans le remaniement du gouvernement annoncé, mais qui stratégiquement se fait attendre. «Le Pdci devra assumer son arrogance », botte-t-on en touche du côté du Rdr. En plus, la Rue Lepic  n’est pas dupe pour donner des postes ministériels à des personnes qui n’on plus le cœur à l’union. Avant de les promouvoir, il faudra s’assurer que les cadres du Pdci qui vont faire leur entrer au gouvernement après le prochain  emaniement sont pour la candidature de Ouattara. Voilà le point qui bloque, à en croire certaines indiscrétions qui assurent qu’il va y avoir un remaniement, mais à condition que…

L’Udpci et Mabri, une autre paire de manches

Dans le parti arc-en-ciel, la tendance est à la candidature personnelle de Mabri à la présidentielle de 2020. Plus question de passer la main à Ouattara. « Quand on crée un parti qui a atteint le niveau d’implantation qu’a l’Udpci, tout le mal qu’on puisse se souhaiter, c’est de briguer la présidence de la République, explique un cadre de ce parti. On ne fait pas le lit d’un autre. Or c’est ce que nous avons fait depuis la mort du père fondateur du parti». Comme ce cadre, ils sont bien n ombreux les militants qui filent pas le bon coton avec leur président. Pour avoir été le premier à prêcher pour la candidature unique d’Alassane Ouattara aux élections de 2015. Cette posture de Mabri a failli diviser son parti après les assises de Yamoussoukro. En 2016, quand dans la ferveur des élections législatives, Mabri et bien des cadres de l’Upci ont été mis à la porte de leurs fonctions au sommet de l’Etat par Ouattara, les partisans de la candidature de l’Udpci à l’élection présidentielle se sont dit «nous avions raison de vouloir être nous-mêmes ! » Mais ils viennent d’être pris de cours, pour certains, par le chef de l’Etat qui a remis certaines pendus à l’heure et fait de grandes promesses. Pour les autres, «il faut se méfier des largesses de Ouattara, elles pourraient cacher un piège qui ne se refermera que beaucoup plus tard».

Pour ces cadres du parti arc-en-ciel, comment Mabri peut-il être candidat contre Ouattara en 2020, si déjà il accepte des postes dans le gouvernement dont la mission sera essentiellement de préparer la victoire du candidat aux futures élections. D’aucuns pensent que Mabri va jouer avec les sentiments de Ouattara, dans un premier temps, puis quand viendra le temps des élections, il va claquer la porte de l’Union. Mais cette thèse est très vite balayée par plusieurs autres cadres qui estiment que le président de l’Udpci n’a pas les moyens de rompre de sitôt avec Ouattara. «Cela pourrait arriver un jour, mais pas maintenant », constate un proche de Mabri. Car si Mabri accepte de rentrer au gouvernement, c’est pour soutenir la candidature de Ouattara en 2020 contre Bédié. Ce n’est pas pour l’affronter. «Faire croire le contraire c’est faire preuve de ruse envers ses militants», enfoncent des sachant à l’Udpci. On le voit, pour le rendez-vous de 2020, les enfants politiques du Vieux ne sont pas sur la même longueur d’onde. Les plus grands s’apprêtent comme ils le peuvent à manger les plus petits. Chaque camp affute ses armes, les plus sophistiquées, pour venir facilement à bout de l’autre. Henri Konan Bédié dont le parti le Pdci-Rda fait l’objet de toutes les convoitises, est plus en danger pour ces batailles qui s’annoncent. Des cadres insoupçonnés de son pari pourraient être tentés de quitter la maison pour aller voir là où l’herbe semble beaucoup plus verte. Il devra donc se trouver de nouveaux alliés, avaler des couleuvres pour y parvenir, s’il tient à donner vraiment longue vie au Pdci-Rda. Ce ne sera pas chose facile, si on s’en tient à l’ambiance qui règne dans le marigot politique national. Mais attendons de voir…

Barthélemy Téhin   

Source: letempsinfos.com

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