Présidentielle togolaise : La longue attente comme alliée de la fraude

Une fois n’est pas coutume, le Togo, cette fois-ci, a surpris agréablement tout le monde en organisant une élection présidentielle totalement en rupture avec les élections précédentes, généralement marquées par la violence, les descentes musclées des forces armées et les disparitions d’urnes.

Forte des expériences malheureuses passées et sans doute aussi instruite par la montée au créneau des organisations de la société civile dans de nombreux pays pour dénoncer la mal gouvernance née des élections aux résultats falsifiés, la CEDEAO avait pris les devants dans ce petit pays d’à peine 5 millions d’habitants mais qui, depuis son indépendance, n’a jamais connu d’alternance démocratique. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que le Togo, avec cette élection présidentielle sans violence, sans anicroche, vient de poser un premier pas important vers la mise en place d’un Etat démocratique.

Certes, ce n’est encore qu’un tout petit pas, mais qui vaut son pesant d’avancée, quand on connaît les habitudes de ce pays en termes de violences, d’assassinats politiques et autres excès dont la dynastie Gnassingbé est passée maître depuis qu’elle est à la tête du pays. Les Togolais attendent désormais, mais non sans impatience, la proclamation des résultats pour savoir si enfin, il y aura une alternance au sommet de l’Etat. Et c’est justement là que le bât blesse. Car, pour des votes qui ont mobilisé à peine un million d’électeurs, il va falloir attendre six jours.

Jean-Pierre Fabre, le leader de l’opposition, a décidé de marquer la CENI à la culotte

Six longs jours pour permettre à la commission électorale de bien faire son travail. Six jours pour des résultats qui auraient pu être publiés après 48 heures, c’est vraiment trop. Cela peut donner lieu à toutes les supputations, et pourquoi pas, à toutes les manipulations. Décidément, au pays des Gnassingbé, les vieux démons ne sont jamais loin. La politique y rimera-t-elle encore avec tricherie ? L’opposition politique qui a compromis ses chances en allant à l’élection en rangs dispersés, jure de ne pas se laisser « voler sa victoire ».

C’est dans cet ordre d’idée que Jean-Pierre Fabre, le leader de l’opposition, a décidé de marquer la CENI à la culotte, et surtout, de rendre publics les résultats des élections au fur et à mesure que les dépouillements sont faits. Ce faisant, il s’est mis en porte-à-faux avec le code de bonne conduite exigé par la CEDEAO, avant même que ne soit donné le top de départ des élections. Une attitude que d’aucuns qualifient d’incorrecte, mais qui n’en est pas moins compréhensible. En effet, Jean-Pierre Fabre ne peut se fier ni à la CENI qui pourrait rouler pour Faure, ni même aux observateurs de la CEDEAO qui, généralement, ne voient pas grand-chose dans ce qu’ils observent.

Après la première journée, la coalition de Jean-Pierre Fabre a annoncé que son candidat venait en tête. Une annonce qui risque de susciter une sortie du parti au pouvoir pour annoncer à son tour « la victoire assurée » de son champion. Et re-voilà les vieux démons qui reprennent du service. Décidément, quand on chasse le naturel, il revient toujours au galop. Mais à qui la faute ? Quand on garde trop longtemps en main un os, on finit par décourager le chien qui attend.

Dieudonné MAKIENI

Source: Le Pays (Burkina Faso)

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