Prêts usuraires: Comment l’Etat livre les fonctionnaires aux «margouillats». Les banques sont complices

Prêts usuraires: Comment l’Etat livre les fonctionnaires aux «margouillats». Les banques sont complices

Les usuriers, communément appelés Margouillats, prospèrent. Beaucoup plus, par ces temps de crise où le chef de l’Etat, lui-même, avoue que l’argent ne circule pas. Les activités des usuriers connaissent une telle expansion, ces trois dernières années, que le gouvernement a promis de les combattre. Veut-il vraiment le faire ? Notre enquête.

Devant le siège de la Société générale des banques en Côte d’Ivoire (SGBCI), deux individus attirent l’attention de tous, ce mardi 29 avril 2014. Ils se lancent des injures aussi dégradantes qu’humiliantes. Le combat physique n’arrive finalement pas. Un médiateur intervient pour calmer les belligérants. Pourquoi ces deux messieurs respectables ont-ils failli se bagarrer en plein Plateau, quartier d’affaires d’Abidjan, comme les boxeurs Marie Konaté et Jo Kalala ? L’un est prêteur-usurier ou Margouillat et l’autre, un fonctionnaire- emprunteur. Le second, client de la banque, a remis sa carte magnétique au premier qui est passé au guichet automatique racler tout ce qu’il y avait, moins de 10 min après les virements des fonctionnaires. Le second se retrouve donc sans un sou, à la fin du mois. Or, les charges domestiques incompressibles l’attendent à la maison.

Technique d’approche

«C’est par l’intermédiaire d’un ami qui fréquente déjà ce milieu que je me suis engouffré dans cette merde. J’avais besoin d’argent pour faire face aux dépenses des obsèques de mon père. Et je me suis tourné le mercredi 16 avril 2014 vers ce monsieur qui m’a fait un prêt de 250.000 F que je devais rembourser à un taux d’intérêt de 50% à la fin du mois suivant. Mais voilà qu’il ne veut même pas attendre la fin mai pour entrer en possession de son dû. Chose que je ne peux pas admettre. La clause n’est pas respectée», explique Kouadio P., instituteur de profession, la victime de l’usurier. Mais puisque personne n’était témoin de la signature de ce contrat, l’usurier se fait payer par la force via la carte magnétique. «Ce sont les affaires», dit-il avant de s’éloigner. Laissant l’ instituteur en larmes et à ses interrogations. Comment va-t-il nourrir sa famille, comment va-t-il payer son loyer ? Autant de «comment» qu’il finit par déposer sur les épaules de Dieu.

Un peu plus loin, à l’avenue Noguès, à Cotivoirienne, une société de vente d’appareils électroménagers à crédit, un monsieur, la cinquantaine passée, ressort avec un frigo, évidemment acheté à crédit. Aussitôt, il revend l’appareil à moitié prix, à la même société. Renseignements pris, l’homme a un besoin urgent d’argent. Mais il ne peut solliciter sa banque parce qu’il y a un crédit en cours. Cotivoirienne reste donc son dernier recours. On apprendra même que c’est en relation avec la direction de la solde du ministère des Finances, qu’un accord est conclu avec la société de crédit qui lui prélèvera par mois un montant sur son salaire. Double crédit sur son salaire. Il sait très bien que les mois à venir seront particulièrement difficiles car il ne lui restera plus grand-chose pour couvrir ses besoins élémentaires de survie. Mais il n’a pas le choix s’il veut échapper à l’humiliation qui l’oblige à se jeter dans les pattes des Margouillats.

Le phénomène des usuriers n’est pas nouveau. Mais ces trois dernières années, il est monté en puissance à Abidjan. Les quartiers du Plateau et de Treichville sont les deux principaux nids où les usuriers couvent les fonctionnaires et agents de l’Etat, principalement les enseignants, les policiers et les infirmiers. Dans ces communes, ils sont aux aguets devant les banques, le Trésor, la Cgrae, les maisons de crédit et de vente d’appareils électroménagers, la Socap, Cotivoirienne. Attendant patiemment leurs proies de plus en plus nombreuses.

Le prêt usurier, une solution à un problème…

Ce mal pernicieux échappe à tout contrôle juridico-économique. Et il demeure un drame «indéboulonnable» au cœur de la vie socio-économique ivoirienne. Est appelé prêt usuraire, tout prêt ou toute convention dissimulant un prêt d’argent consenti à un taux extrêmement élevé et illégal d’intérêt. Par exemple, pour un crédit de 300 000FCFA à rembourser sur 3 mois, l’affaire est généralement conclue à un taux d’intérêt de 50%. Si bien que, chaque mois, l’emprunteur rembourse au Margouillat 150.000F. Alors que le taux maximum des intérêts débiteurs que les banques sont autorisées à appliquer à leur concours est de 15 ou 17% au plus. Ce qui veut dire que, pour 300.000 F de crédit pris à une banque, l’emprunteur aura à rembourser comme intérêt la somme de 45.000F par an. Là où la victime de l’usurier aura à payer 150.000 F d’intérêts sur 3 mois. De quoi étrangler les emprunteurs et enrichir les usuriers qui réalisent de gros bénéfices.
Quelle alternative à toute personne qui ne peut emprunter auprès des sources légales comme les banques ou autres établissements financiers accrédités ? Quelle alternative à toute personne, déjà endettée dans sa banque mais qui désire emprunter encore? Aucune sur le marché.

Dans ces conditions, l’avenir des usuriers ne peut être que radieux. Autrement dit, aussi longtemps que les gens auront besoin d’argent qu’ils n’ont pas, les usuriers seront toujours là pour fournir leurs services coûteux. Ils se présentent comme une solution à un problème. «Beaucoup de choses se disent de nous. Mais les clients sont convaincus des services que nous leur rendons. Lorsqu’ils sont dans des difficultés financières, avec nous, ils sont rapidement servis. C’est ce qui explique leur affluence vers nous», confie Koné M., usurier au Plateau. Ganiyou, un Nigérian, rencontré à Treichville devant la Socap, s’explique : «Une fois l’accord signé, c’est le client qui, lui-même, définit les modalités de paiement de la dette. On ne lui force pas la main pour avancer un montant. Cependant, le taux d’intérêt pour le remboursement n’est pas négociable. C’est à prendre ou à laisser. Nous, on accepte d’accorder toute sorte de crédit à nos clients».

Banques complices

La plupart des gens associent les usuriers à des gangsters qui commettent un crime économique. Le prêt usuraire est une activité très lucrative pour ces «criminels». Et le retour sur investissement est rapide. En effet, les prêts sont accordés à un taux d’intérêt allant de 50 à 100%. Ils peuvent être échelonnés sur plusieurs mois ou remboursés dès le mois suivant l’accord de prêt. Si le bénéficiaire n’a pas remboursé, le même taux d’intérêt est appliqué sur le reste de la somme due, ainsi de suite. Alors l’emprunteur se voit pris dans un étau. Impossible de s’en sortir. A moins d’hériter d’une fortune ou de recevoir une manne céleste. Surtout que les Margouillats, par des connexions dont ils ont seuls le secret, se font payer directement à la banque ou au Trésor public.

En effet, avant d’octroyer le prêt usuraire, l’usurier prend des garanties. Il récupère la carte magnétique, le chéquier et le bulletin de salaire du fonctionnaire ou agent de l’Etat. Et avec la complicité manifeste du système banquier qui fait d’ailleurs la force du réseau, l’usurier est sûr d’entrer dans ses fonds. Il est tout de même inadmissible qu’un individu se présente dans une banque avec plus d’une dizaine de chèques qui lui sont payés avec une facilité déconcertante.
Véritables fossoyeurs de l’économie, les usuriers ne paient ni impôt, ni aucune autre taxe et s’enrichissent sur la misère des fonctionnaires. Au bas mot, dit-on, ce sont plus de 4 à 6 milliards Fcfa qu’ils détournent sur la masse salariale des fonctionnaires. Le système est tel que les têtes pensantes du réseau échappent à la justice. On soutient même que les usuriers ont des relais, à la justice, à la police, dans les banques, au Trésor public, à la Cgrae. Par conséquent, s’attaquer à eux, c’est risquer sa vie. Bien que les conséquences sociales dramatiques (principale cause de pauvreté des fonctionnaires) soient visibles, aucune autorité ne prend le risque de combattre cette activité pourtant condamnée par la loi.

«Je ne sais pas où cette lutte nous mènera»

Même si, en novembre dernier, la ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, Anne -Désirée Ouloto, a annoncé une guerre contre les Margouillats qui n’a jamais eu lieu. «Nous allons éradiquer les activités des usuriers», avait-elle promis. Après cet effet d’annonce, plus rien. Au contraire, les Margouillats sont plus puissants que jamais dans un pays où l’argent ne circule pas. La ministre est cependant revenue à la charge en avril dernier. «Aucun problème n’échappe au gouvernement. Le problème des travailleurs victimes des Margouillats sera très bientôt débattu par le gouvernement. Il est important de voir nos lois appliquées. Ces Margouillats pratiquent l’usure. Or l’usure est condamnée par nos lois. Il est donc inconcevable de regarder cela sans réagir». Quand on connaît le pouvoir de promesses inopérantes de ce gouvernement, il est prévisible que la vie des Margouillats est très loin d’être en danger. D’ailleurs, Mme Oulotto prédit, elle-même, sa défaite : «Nous ne savons pas où ce débat nous mènera mais, il peut prendre fin. L’inspection générale d’Etat nous a fait une note. Une inspection a été faite sur ce phénomène».

Comment contrer les Margouillats

Il est évident que la lutte contre ce fléau est aussi difficile que la lutte contre la prostitution. C’est une affaire qui se passe entre deux personnes, sans aucun témoin. Les bulletins de salaire, chéquiers et cartes magnétiques de l’emprunteur servant de caution de garantie. Toutefois, il est possible de réduire l’influence des usuriers, en créant, par exemple, des structures de crédit. Celles-ci se substitueraient aux usuriers en octroyant des prêts sociaux aux demandeurs. C’est ce que préconise un expert en la matière. Selon lui, le gouvernement ne pourra pas éradiquer ce phénomène des Margouillats. Car le prêt usuraire a de nombreux visages. Par conséquent, la seule façon de protéger les fonctionnaires, victimes des Margouillats, c’est de les sensibiliser parce qu’ils sont victimes d’un manque de sensibilisation.

Se protéger contre les prêteurs-prédateurs, c’est par exemple amener ces agents de l’Etat à avoir un plan d’épargne de sorte qu’ils soient prêts en cas de véritable urgence. Ou bien les amener à prévoir un budget réaliste et s’y tenir. En d’autres termes, il faut sensibiliser les victimes à refuser de s’endetter pour payer des dettes déjà ingérables. Aujourd’hui, si le gouvernement veut aider réellement les fonctionnaires et agents de l’Etat à sortir de l’enfer des Margouillats, c’est de mettre en place une chaîne d’entraide. On peut également suggérer la sécurisation des salaires des fonctionnaires, victimes des prêts usuraires et des saisies des salaires et des précomptes. Et négocier des échéanciers plus longs à l’effet de rembourser aux Margouillats. Car quoi qu’on dise, quand on emprunte, il faut payer en respectant les termes de l’emprunt.

Une enquête de Camille Konan

Source: Notre Voie

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One comment

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