Promesse de changer la Constitution: Ce que Ouattara cache aux Ivoiriens

Promesse de changer la Constitution: Ce que Ouattara cache aux Ivoiriens

Alassane Ouattara, candidat et certainement futur Président élu par « dérivation », a promis jeudi 22 octobre 2015, que « Nous aurons une nouvelle Constitution dès l’année prochaine, que je soumettrai au verdict de mes concitoyens » et que « Nous ferons un référendum et ceci permettra d’enlever tous les germes ‘confligènes’ de l’actuelle Constitution».

Que dit Ouattara ? Il devrait organiser ce fameux référendum et changer la Constitution au cours des cinq années qu’il vient de gaspiller à la tête de la Côte d’Ivoire. Depuis l’accord de Linas-Marcoussis, c’était l’un des premiers chantiers de celui qui gouvernerait le pays après la présidentielle de 2005, scrutin tenu finalement en 2010. Mais plutôt que de s’attaquer à ce dossier, accompagné au pouvoir par les bombes franco-onusiennes, il a passé son temps à se « rattraper », lui et les siens. Pourquoi a-t-il évité soigneusement ce référendum constitutionnel ?

Ouattara sait qu’en réalité, aucune Constitution au monde ne satisfait tous les citoyens du pays. Et que, quoiqu’on fasse, il y aura toujours des exclus, des germes de frustration. Par exemple, le jeune de 35 ans, qui est particulièrement brillant, politiquement mature et fait pâlir ou rêver par sa lucidité, est exclus par une Constitution qui n’autorise pas les moins de 40 ans d’être candidats. Or, la Constitution  de 2000, dont on dit qu’elle est confligène cela pour se conformer aux exigences de Ouattara et de la rébellion, est votée à plus de 85% par les  Ivoiriens. Et Ouattara lui-même, à la tête de son parti Rdr, a appelé à voter « oui » ce texte qu’il combat aujourd’hui à coup de canon et de bombe.

Ouattara est donc conscient que la Constitution actuelle est conforme à la volonté des Ivoiriens. Les étrangers qui convoitent ce pays peuvent lui trouver tous les défauts, mais les Ivoiriens s’y retrouvent. Et donc Ouattara  avait une crainte. S’il s’aventurait à organiser un référendum sur la Constitution, les Ivoiriens pourraient renforcer les dispositions de leur loi fondamentale et le jeter définitivement hors du jeu politique ivoirien. L’article principal à soumettre à référendum, c’est l’article 35 relatif à l’éligibilité à la présidence de la République, article sur lequel buttait Ouattara depuis 1995. Lorsqu’on parle d’exclusion relativement à la Constitution, raison de la prise des armes par les rebelles proches de Ouattara, on fait allusion à l’article 35.

C’est donc Ouattara et ses partisans qui trouvent cette Constitution confligènes. La plupart des autres personnes qui tiennent ce discours, se sont laissé complexer par la force des armes ou l’effet de mode, le suivisme. En d’autres termes, la problématique, ce n’est pas tant les germes de l’exclusion contenus dans une Constitution, puisque toute Constitution exclut toujours du monde, mais la propension de certains justiciables à refuser de respecter la loi, pis, à prendre les armes pour revendiquer. En revenant à l’exemple de ce jeune homme de 35 ans, brillant, exclus par la Constitution, on peut se demander si pour faire entendre sa cause, il prenait les armes et bâtissait une rhétorique sophiste autour de sa revendication ?

Son discours ferait recette. Des gens apparemment respectables soutiendraient que cette Constitution est « inique » parce qu’elle ne prend pas en compte les intelligences de moins de 40 ans, ainsi de suite. Et on n’en sortirait pas. Si donc Alassane Ouattara qui est le vrai problème de l’article 35, a forcé le barrage par « dérivation » pour être candidat, la pression sur la Constitution tombe du coup. Puisque ni avant lui, ni après lui, personne n’a pris les armes ou suscité un mouvement du genre sous prétexte qu’il se serait senti frustré par la Constitution, quelle serait alors la nécessité de la changer ? Car à quel taux sera élue cette nouvelle Constitution pour qu’elle ne fasse pas de frustrés ?

En principe, avec le présent scrutin, Ouattara ne devrait plus être dans la course à la présidentielle 2020. S’il promet alors de modifier la Constitution sachant qu’il a, lui-même, réglé autrement son problème avec un Conseil constitutionnel inféodé, c’est certainement pour un autre objectif, inavoué. Celui, par exemple de la modifier de sorte qu’il soit rééligible à souhait, et qu’il s’éternise au pouvoir comme le prophétisaient ses partisans. C’est peut-être cela qu’il cache aux Ivoiriens. La Côte d’Ivoire n’est donc pas sortie de l’auberge. Ouattara veut démontrer qu’il est indéboulonnable.

Germain Séhoué

gs05895444@yahoo.fr

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