Quand Dieu veut perdre un homme politique (Par Paul D. Tayoro)

Quand Dieu veut perdre un homme politique (Par Paul D. Tayoro)

Le feu qui va embraser tout le corps commence souvent à se présenter comme une belle couronne de lumière. Elle scintille et chatouille joyeusement le regard. L’insensé se réjouit alors et pense que son instant de gloire est arrivé. Sans respect pour les autres et avec un grand mépris, il jette des regards condescendants autour de lui. Mais la fin arrive.

Le feu qu’il croyait être là pour réchauffer et entretenir son égo, est en réalité celui qui va le perdre. L’insensé ! Comment peut-il penser qu’après avoir racheté une entreprise en faillite, il ne doit pas prévoir un plan de relance qui prenne en compte la rémunération des employés qu’il a fait venir pour remettre la machine en route ? Après qu’il ait tenu des paroles douces comme du miel et fait des promesses mirobolantes, les uns et les autres ont tout abandonné pour le suivre. Pour la réconciliation nationale.

Mais le mensonge se lève au petit matin et se met à courir alors que la vérité, elle, commence dans la mi-journée. On croit alors que la course est perdue pour elle, d’autant qu’en plus du retard pris, elle va lentement, sans se presser. Cependant, les choses ne se passent pas comme l’esprit simple le pense. Et la vérité, toute auréolée de lumière, arrive bien avant le mensonge et la tromperie. Elle gagne toujours la course.

De même, notre homme politique, avec des paroles mielleuses, attire. Cependant, le contrat signé avec le peuple ne sera jamais respecté. Les biens promis ne seront jamais attribués. L’insensé se dit que de toutes les façons, le travail aura déjà été fait au moment où le peuple découvrira la supercherie. Or, le peuple n’est pas stupide. Il sait que seuls les actionnaires doivent attendre les bons résultats de l’entreprise pour jouir de leurs dividendes. Mais le travailleur, lui, sa rémunération est une charge incompressible de l’entreprise. Comment donc l’homme politique peut-il espérer lui faire admettre qu’il doit attendre les résultats positifs avant de recevoir son dû ? Il sait qu’on ne lui dit pas la vérité. Pourtant, un parti politique se développe petit à petit.

On pose un pas avant l’autre et la vitesse de croisière n’est atteinte que bien de temps après. C’est le résultat du travail fait sur le terrain. Le peuple comprend que l’homme politique lui raconte des mensonges pour avancer sur son dos. Mais il regarde, sourit, et ne dit rien. L’insensé pense alors que son plan a marché et que la Vérité ne pourra jamais le rattraper. Il est beaucoup fier d’avoir couché tout le monde à ses pieds sans aucun effort. Juste du mensonge, des fausses promesses pour plonger ses contemporains dans la misère et le dénuement total. Alors que lui, il s’achète des maisons de luxe, roule dans de grosses voitures, se nourrit convenablement, ses enfants sont transportés à l’école avec le fruit de la sueur des autres, et plus encore.

Ses partenaires, ceux avec qui il a développé son projet politique, sont eux aussi ses victimes. Il leur fera croire que tout va pour le mieux et que la seule difficulté qu’il rencontre, est liée aux efforts qu’il doit déployer pour faire tourner la machine. Vivant souvent très loin des lieux, ils ne peuvent que gober et accepter les dires du politicien. D’autant que de loin et le regard brouillé par le brouillard occasionné par les pluies qui inondent la cité en ce moment, ils voient que le travail se fait. Dans quelles conditions ? L’entreprise politique est-elle viable ? Les hommes, qui transpirent sang et eau pour eux, battent inlassablement le pavé, sont-ils dans les conditions décrites et prévues ? Autant de questions dont ils n’ont pas les réponses précises. Pourtant, l’homme, l’être humain créature de Dieu, est toujours le premier patrimoine du jeu. C’est lui qui met en œuvre la politique édictée. C’est lui qui transforme la simple idée en une réalité palpable. Il a donc droit à tous les égards.

Mais ça, l’insensé ne le sait pas. Dès sa prise du pouvoir, il a écarté tous ceux qui pouvaient lui tenir tête, ceux qui, du fait de leurs connaissances, pouvaient avancer des idées capables de corriger sa démarche. A ceux qu’il a acceptés dans son parti, il demandera des résultats encore et encore, sans jamais demander comment cela peut se faire. L’essentiel n’est-il pas que les meetings, les réunions, les actions d’éclats soient visibles ? Il s’en satisfait et fait des rapports aux antipodes de la vérité à ses amis.

Mais quand le peuple aura pris la décision de dire non, quand il aura engagé la résistance, l’insensé sera perdu. On le verra supplier et gémir, de toute sa superbe partie. Et plus ne restera de ses folies. C’est pourquoi il est écrit que lorsque Dieu veut perdre quelqu’un, il le rend fou.

Paul D. Tayoro

Directeur de publication de “Le Nouveau Courrier”

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