Quand le Cameroun se créé un complot de la communauté internationale…

Quand le Cameroun se créé un complot de la communauté internationale…

Les limites de la pensée politique au Cameroun portées par des universitaires qui ont du mal à gérer le quotidien vient une fois de plus de renforcer les thèses tant souhaité par les limites de notre pouvoir politique.

En effet, les réseaux sociaux sont depuis quatre jours submergés par la théorie du complot de la communauté internationale contre le Cameroun. Tout est partie d’un papier publié sur la page de Benjamin Goldsmith, professeur agrégé (dans le monde anglo-saxon ce qui veut dire jeune professeur d’université) enseignant au département de relations gouvernementales et internationales de l’Université de Sydney, sur l’Atrocity Forecasting Project, (traduction, quels sont les pays les plus susceptibles de connaître des violences massives et ciblées à l’avenir ) pour que les adeptes de la théorie du complot sortent de leur inertie pour qu’ils pointent un doigt accusateur en direction de la Communauté Internationale dont il serait assez long à définir ici. (C’est-à-dire à lui donner du contenant et du contenu).

En vérité, le psychologue politique Benjamin Goldsmith, s’appuyant sur une dizaine de variables connues dans les recherches en science sociale dont notamment, la possibilité ou l’effectivité de la guerre civile (RCA, RDC, Samalie, Lybie, Syrie), les changements de régime (Afghanistan, Equateur, Guinée), le taux d’homicide (le Cameroun, l’Angola) ou encore le cas de génocides précédents (Burundi, Rwanda)… Benjamin Goldsmith et son équipe d’étudiant projette qu’il est possible que dans les années qui viennent, ces pays connaissent des génocides à cause même de la fragilité de leur de leurs institutions politiques, de la faiblesse de leurs armées, de l’existence des poches de ségrégation (ethnicisme et  tribalisme) qui mettront le feu dans le buché déjà préparé par une classe politique vieillissante et incapable de se renouveler voire de ce régénérer, deux dermes ici qui ne sont pas synonymes.

Le Cameroun comme un certain nombre d’Etat qui rentrent dans cette étude n’y rentre pas par choix ni par volonté d’un groupe de chercheur mais simplement par convergence des variables préalablement élaborées sur des critères scientifiques admises par les pairs (les professionnels de la profession – politologues, sociologues et autres analystes politiques). 

La société internationale de notre temps est caractérisée à la fois par la souveraineté des Etats et leur interdépendance. Toute politique extérieure réaliste et efficace doit tenir compte de cette double dimension tout en définissant ses objectifs en fonction de la situation géopolitique de l’Etat concerné, de ses intérêts fondamentaux et des principes moraux et juridiques qu’il souhaite voir guider les rapports internationaux.
En ce qui concerne plus particulièrement la politique extérieure du Cameroun, trois données essentielles doivent être prises en considération. La première c’est que, situé au point de contact de plusieurs régions naturelles et au point de convergence des voies de migration, le Cameroun est par vocation un pays ouvert au monde. Cette ouverture du Cameroun au monde n’est cependant pas renforcée par une cohésion intérieure capable de lui permettre de résister à une secousse de politique intérieure. Comme nous pouvons le constater en ce moment notamment avec toute la littérature de haine véhiculée avec parfois le soutien des tenants du pouvoir comme les médias, les acteurs politiques.

En réalité, le fait que le « nous-commun » soit fragile dans un pays comme le Cameroun le fragilise quand il privilégie dans son espace public non pas ce qui est susceptible de le construire mais simplement ce qui oppose les uns et les autres. Le niveau de vie des populations est aussi là pour construire des poches de tension avec les minimas sociaux qui n’ont pas été valorisés depuis une vingtaine d’année et avec les salaires les plus bas de la sous-région. A cela donc il faut ajouter le manque d’eau, d’électricité, le minimum dont a besoin toute population pour espérer entrevoir des lendemains meilleurs.

La deuxième est que, par les hasards de l’histoire, le Cameroun a connu une triple administration allemande, anglaise et française, dont il a hérité un plurilinguisme qui confère une nouvelle dimension à son ouverture au monde. Ce plurilinguisme est cependant de façade car très peu de camerounais sont capable de communiquer entre eux avec environ 256 tribus qui cohabitent sans se connaître vraiment.

La troisième est que, n’ayant jamais été véritablement une colonie, mais ayant eu, dans le cadre du mandat de la Société des nations d’abord et ensuite sous le régime de tutelle de l’ONU, un statut particulier avec vocation à l’indépendance, le Cameroun a été très tôt préparé à la vie internationale. Mais le combat mené par les leaders nationalistes notamment Ruben Um Nyobè, Ossende Afana et Félix Rolland Mounié n’a pas été suivi à l’intérieur du pays, le Cameroun apparait donc à ce niveau comme un Château de carte où les populations bien que fières n’ont pas l’impression d’avoir vécu des souffrances communes capable de construire un sentiment d’appartenance. Un travail intérieur est d’ailleurs fait au quotidien par les pouvoirs publics afin que ne se construisent pas pour les populations une mémoire commune d’où la difficulté qu’ont les populations camerounaises à se construire une mémoire commune.

En 1960, le pays accède à l’indépendance. Il doit élaborer sa politique étrangère au moment où deux blocs puissants dominent la scène internationale et s’efforcent chacun d’influencer les petits et moyens Etats et de compromettre ainsi son indépendance.

Jaloux de sa souveraineté, qui lui paraît la condition indispensable de son progrès et de l’affirmation de la dignité africaine, le Cameroun a choisi normalement de rester en dehors des conflits des blocs. L’absence du Cameroun dans la géopolitique tant sous régionale qu’africaine ne semble pas cependant avoir tenu compte des grands changements intervenus notamment avec l’effondrement de l’URSS et la naissance d’une unipolarité politique malgré les contestations de la Russie et des nouveaux géants asiatiques que sont la Chine et le Japon. 
Depuis son accession à l’indépendance, la République unie du Cameroun a toujours proclamé son attachement au non-alignement et s’est toujours efforcée de conformer sa politique internationale à ses principes. Mais qui aujourd’hui peut dire que le bloc des non-alignés existe encore ?

Le non-alignement, tel que nous l’entendons, inclut la coexistence pacifique des Etats à systèmes sociaux différents. Cela suppose d’abord que l’on reconnaît à chaque peuple le droit de résoudre, en toute indépendance, ses propres affaires. Cela sous-entend ensuite le respect absolu de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les pays. Ceci correspond-il encore à une conception politique aujourd’hui ? Il serait difficile de répondre à l’affirmative.

Sans vouloir être plus exhaustif il apparait que l’étude menée par Benjamin E. Goldsmith n’est en rien un vaste complot de la Communauté Internationale qui est au Cameroun un four tout mais surtout l’épouvantail que les gouvernants adeptes de la manipulation de leur concitoyens savent brandir quand ils vident l’université et les chercheurs de tous les moyens pourtant nécessaires pour répondre, proposer, analyser et orienter les politiques qui conduisent le pays aujourd’hui à la dérive.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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