Quand le Premier ministre burkinabé Paul Kaba Thiéba accuse Abidjan de vouloir déstabiliser son pays

Deux ans que Roch Marc Christian Kaboré est élu président du Faso. Pour marquer l’an II de cette accession au pouvoir, le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, était face aux responsables de l’Alliance des partis politiques de la majorité présidentielle (APMP). Une rencontre-bilan qui s’est tenue dans la soirée de jeudi, 30 novembre 2017 au siège de campagne du MPP (parti au pouvoir) sis au quartier Nonsin, Ouagadougou.

Il s’est agi pour le Premier ministre de revisiter avec ses « camarades », le parcours des deux années ; expliquer ce qui se fait au niveau du gouvernement et en retour, recueillir les critiques et les suggestions en vue d’améliorer le travail de l’exécutif. Et pour cet exercice, Paul Kaba Thiéba a choisi de suffisamment camper son décor, pour ne pas dire, baliser le terrain…

« Au cours de ces deux années, nous pensons que le bilan est positif, n’en déplaise aux nostalgiques du CDP, de la NAFA et compagnie, qui ont pillé le pays pendant 30 ans, qui n’ont rien fait, qui ont cassé l’armée, qui ont cassé la justice, qui ont, comme le disait mon regretté et ami Salifou Diallo, mis en place un système clanique de gestion de l’Etat. Donc, le simple fait qu’on ait mis fin à cet ordre-là, à cette façon de gérer, c’est une grande victoire… », a déclaré « le camarade » Paul Kaba Thiéba devant les responsables et représentants de la trentaine de partis membres de l’APMP. Aujourd’hui, poursuit-il, tout le monde peut soumissionner à un appel d’offre, à un marché public en toute liberté ; compétir en toute liberté et égalité de chance. « Dans le temps, tout le monde savait que dès qu’il y avait un marché, la belle-mère prenait et mettait dans sa poche. Et personne ne pouvait discuter. Si tu veux discuter, on te bute ou on t’emprisonne. C’était comme cela », a-t-il confié avant de saluer la liberté, l’égalité, la justice…qui caractérisent le régime actuel.

« Maintenant, le contexte politique et économique également a été perturbé ; parce que, comme vous le savez, nos adversaires ne dorment pas, ils ont commencé à nous attaquer dès le 16 janvier (2016) avec l’attaque sur Kwamé Nkrumah. C’était le début de la guerre que vous connaissez et qui continue aujourd’hui encore. Aujourd’hui encore, des Burkinabè tombent ; dans le sahel, sur le long de toute la frontière du Mali au Niger … », a-t-il pointé et signé qu’on est en situation de guerre et il faut y faire face.

Pour M. Thiéba, c’est un contexte nouveau qui, certainement, joue sur les marges de manœuvres budgétaires de l’Etat. « Nous avons trouvé une armée complètement désorganisée. Il n’y avait même pas d’armée. Au temps de Blaise Compaoré, il avait sa milice, il gouvernait avec sa milice, le reste de l’armée était totalement désorganisée », a soutenu Paul Kaba Thiéba, pour qui, il faut donc un peu de patience pour reconstituer l’armée nationale et les forces de défense et de sécurité. « Mais, ça coûte de l’argent et beaucoup d’argent », dit-il, concluant partiellement ici que ce contexte est venu perturber la situation nationale.

« Il y a également le contexte politique avec tous nos opposants qui sont partis et qui, malheureusement, sont à nos frontières. C’est comme s’ils étaient dans une province du Burkina Faso. Ils sont assis à Abidjan, les gens vont les consulter, prennent l’argent, prennent des instructions, viennent à Ouagadougou ici, financent l’opposition et ils sèment le désordre dans le pays. Tout le monde le sait ! (…). Si ce n’est pas parce que nous sommes tolérants, si ce n’est pas parce que nous sommes des démocrates, je n’ai jamais vu ça. Comment peut-on accepter, que des gens comme ça soient à nos frontières, ils continuent à faire le désordre dans le pays et on les laisse faire. Ils sont assis là-bas tranquillement, ils ont leur argent et ils sèment le désordre dans le pays. C’est un problème ! Mais, nous ne sommes pas des tueurs, nous ne sommes pas des assassins ; nous sommes pétris des valeurs de démocratie, de liberté et de progrès et je suis sûr que ces valeurs-là finiront par triompher. Mais ce qu’ils font-là, si c’est nous qui étions à leur place, vous allez voir ce qu’ils allaient faire. Je vois aujourd’hui les adversaires du CDP qui essaient de s’organiser, qui essaient d’infiltrer le pays, en réveillant les structures dans les communes, dans les provinces, dans les régions… pour essayer de nous attaquer. Mais, moi, j’ai toujours dit, je n’ai pas peur de ça. Je n’ai pas peur de ça ; parce que le CDP est un parti qui a été conçu pour servir les ambitions politiques de Blaise Compaoré. Dès que Blaise Compaoré a fui le pays, le CDP est un parti sans âme, ils n’ont plus d’idéal, ils n’ont plus de programme, ils ne peuvent pas nous inquiéter. Même si on donne le pouvoir aujourd’hui aux gens du CDP, aux gens de la NAFA et compagnie, ils ne sauront pas ce qu’il faut faire ; parce qu’ils n’ont pas de programme. Contrairement à nous, qui avons une boussole ; le programme du président Roch Kaboré, c’est le PNDES », s’est adressé Paul Kaba Thiéba, affirmant que les adversaires veulent prendre le pouvoir, s’installer, partager les marchés et s’enrichir.

Ainsi, après ce décor suffisamment planté, le Premier ministre s’est livré à une sorte de bilan global par secteur ministériel, aidé en cela par quelques ministres présents à la rencontre.

Oumar L. Ouédraogo

Source: Lefaso.net

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