Quand réconciliation, pardon et amnistie renaissent des poubelles du mensonge, de la haine et de la violence gratuite

Quand réconciliation, pardon et amnistie renaissent des poubelles du mensonge, de la haine et de la violence gratuite

Comme le refrain d’une simple formalité à remplir en vue de l’atteinte d’un objectif bien précis qui n’est un secret pour personne (diriger la Côte d’Ivoire, envers et contre tous, s’il le fallait), voici servis à nouveau aux Ivoiriens, les mots réconciliation, pardon et amnistie par monsieur Guillaume SORO.

Etant rentrés en nous-mêmes pour nous appesantir sur cette autre offre publique et fort médiatisée de monsieur Guillaume SORO, le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly) en est ressorti avec les observations suivantes :

A- SUR LA RECONCILIATION :

En l’état actuel de ce beau pays qu’était la Côte d’Ivoire, peut-on parler de réconciliation ? Cette question qui tient à cœur les Ivoiriens et les victimes de Duékoué, mérite amplement d’être posée, vu l’invasion en personnes étrangères et en armes de guerre, leur cortège de jungle ou corollaire de désordre criminel dont souffre le pays tout entier. Développons :

a/sur la démographie actuelle de notre pays-eldorado, nul ne peut démentir le fait qu’aussi bien dans nos villes et dans nos zones rurales, les Ivoiriens sont en infériorité numérique face à des hordes d’étrangers et autres mercenaires venus de partout mais principalement du Burkina, du Mali, du Niger et de la Guinée qui ont exproprié des milliers d’Ivoiriens en termes de domaine foncier, en ville comme en zone rurale. Avec en plus, notre identité nationale qui est chaque jour bradée. La Côte d’Ivoire, victime de son hospitalité, vit sous occupation, par la faute de la France. Une nuisible et destructive exception mondiale et honte avec malédiction à qui se hasarderait à condamner la moindre xénophobie face à la situation actuelle de ‘’no man’s land’’ que vit la Côte d’Ivoire.

b/en une dizaine d’années de guerre, sont entrées en Côte d’Ivoire d’innombrables armes de guerre. Le programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion n’a été que de la poudre aux yeux de ceux qui ont voulu y croire. Rappelons que l’O.N.U. (Organisation des Nations Unies), venue en mission contre GBAGBO et les patriotes ivoiriens, s’est retirée du pays après s’être bien assurée de lendemains incertains en termes de stabilité et de paix pour la Côte d’Ivoire. Autrement dit, les caches d’armes récemment découvertes à Bouaké ne valent que des pointillés face à toutes ces armes enterrées par des étrangers, des mercenaires et des brigands en nos villes, villages, brousses ou forêts, du nord au sud de la Côte d’Ivoire et cela, l’O.N.U. le sait !

c/quant à proprement parler de réconciliation, qui se réconcilie avec qui ? La pauvre victime, innocente, attaquée et suppliciée dès 2002, humiliée en 2011 face un complot international, martyrisée et condamnée à ce jour pour délit de patriotisme par son bourreau, ce sanguinaire dont le bras a été armé par la France, la C.E.D.E.A.O. et l’O.N.U., avec qui au juste cette victime se réconcilie-t-elle ? Qu’on nous le dise. Sinon, que vaut une réconciliation, si l’on ne va pas jusqu’au bout de la vérité sur ce qui s’est passé, à savoir entendre toutes les parties, telles que France, C.E.D.E.A.O. et O.N.U., à la base de cette inoubliable tragédie et de nos malheurs ? Sur cette question essentielle, de là où nous écrivons ces lignes, nous en entendons déjà beaucoup qui nous trouvent prétentieux, naïfs ou rêveurs, ce qui, en vérité est pour nous une autre consolation dans un contexte où chaque jour, tout hypocrite qui nie la gravité des souffrances des Ivoiriens, prend sa tasse d’humiliation. Monsieur SARKOZY et madame BENSOUDA à qui nous présentons notre sincère compassion, ne peuvent nier le fait qu’en ayant voulu nuire aux Ivoiriens, ils sont eux-mêmes perturbés à vie !

d/ peut-on se réconcilier sans prendre appui sur la vérité ? Avant même de démarrer cette fameuse réconciliation, voudrons-nous aider à l’éclosion de la vérité en procédant, une fois pour toutes, au recomptage des voix de l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire ? Cette simple opération que la Cour Pénale Internationale évite pour perdre le temps à GBAGBO et aux Ivoiriens, nous est impérieuse.

e/ qui va ou qui vont présider à la dite réconciliation ? Monsieur Seydou DIARRA, sous Laurent GBAGBO en 2001, sans vergogne, avait pris ses distances avec la vérité et la sagesse, à un forum dit de réconciliation nationale dont il avait fourré les travaux de synthèse truffés d’innombrables mensonges et de haine à la poubelle. Juge et partie comme Seydou DIARRA, monsieur Charles Konan BANNY s’y est essayé en 2011 mais le poids d’une telle responsabilité ‘’plombait’’ sa délirante envie de devenir lui aussi président à la foire élective de 2015. Beaucoup d’hommes de Dieu, Ivoiriens, tant chrétiens que musulmans, ils sont connus de tous, ont eux aussi souscrit au faux et à la foi, ils ont substitué la bourse. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où l’on s’empresse de renier le serment qu’on a prêté par peur de mourir quand il faut dire la vérité, dans un pays où la corruption, la convoitise ou l’intérêt personnel ont pignon sur rue et sont de la façon la plus informelle institutionnalisées en bien de mentalités, espérons, souhaitons que des hommes de vertu seront vite trouvés pour présider à ce gigantesque chantier qu’est la réconciliation.

B- SUR LE PARDON :

Demander pardon ? Monsieur Guillaume SORO l’a fait, à travers des médias, donc à distance du peuple-victime de Côte d’Ivoire, pour introduire son verset relatif à la réconciliation. Monsieur Guillaume SORO a demandé pardon, certainement en chef de file de la cruelle rébellion qui a fait souffrir son pays. Son ‘’pardon’’ à lui, Guillaume SORO, étant le premier, qui d’autre, à sa suite, viendra comme lui, demander aussi pardon, dans la sphère des nombreux criminels et prédateurs d’ici et d’ailleurs, qui nous ont attaqués ? Notre autre préoccupation est de savoir s’il suffit de bien vouloir accepter son ‘’pardon’’ à lui tout seul pour que le peuple de Côte d’Ivoire ait définitivement la paix, sachant tous très bien d’où sont venus nos ennuis ?

Bien préoccupant aussi est le fait que monsieur SORO dise vouloir aller demander pardon à Laurent GBAGBO qui est en prison à La Haye, depuis six longues années, sans aucune preuve de sa culpabilité. Mais subitement et comme par un divin miracle, Laurent GBAGBO, par une telle volonté de pardon de monsieur Guillaume SORO, est lavé, blanchi de tout l’opprobre et des humiliations qu’il subit depuis l’an 2000, quand, pour salir l’élection et le mandat présidentiel de GBAGBO, il lui avait été attribué un certain charnier de Yopougon ! La réconciliation prônée par monsieur SORO nous fera-t-elle enfin savoir la vérité sur ce charnier qui a constitué pendant longtemps la trame de fond du complot impérialiste de la France contre GBAGBO ?

Par ailleurs, l’on voit aussi dans cette affaire que le pardon de SORO a des limites, c’est-à-dire que pour les victimes de Duékoué, le pardon de SORO n’a pas sa place là où l’armée française a froidement tué, et ce à bout portant, à coups de fusils et de bombes, des enfants ivoiriens aux mains nues, et fait mourir ses propres ressortissants tels que Philippe REMOND et Yves LAMBELIN.

Novembre 2004, Mars et Avril 2011 nous ont démontré que SORO, bien que chef de ‘’sa’’ rébellion, n’était qu’un simple maillon ou pion d’un dispositif trop au-dessus de lui et de ses capacités de rebelle, un dispositif qu’il avait toujours masqué mais que les patriotes ivoiriens avaient toujours dénoncé dès le début de la rébellion en Septembre 2002. Alors, à cette réconciliation version SORO, la France, notre véritable agresseur viendra demander, avec humilité et honnêteté, ‘’pardon’’ ? Sur ce chapitre du pardon, ce serait une grave et grande sottise que les Ivoiriens agressés, victimes culpabilisées et condamnées à la prison par la force des armes quand ils ne sont pas purement et simplement massacrés, ne demandent pas à monsieur SORO Guillaume la nature et le véritable contenu de cet autre ‘’pardon’’ qu’il adresse à OUATTARA et à BEDIE.

C-SUR L’AMNISTIE :

En annonçant par des mots fortement martelés sa volonté de réconciliation, doit-on comprendre par-là, parce qu’il a publiquement demandé pardon via les médias, que monsieur SORO lui-même est donc amnistié, lui, le détenteur d’une double ou peut-être triple immunité internationale, voire universelle ? Et peut-être aussi amnistié avec lui, le vieux Henri Konan BEDIE qu’il s’est choisi comme compagnon ou nouveau complice ces derniers temps ? Il nous revient aussi que monsieur MEAMBLY Evariste, député ivoirien fidèle à BEDIE, grand usager occasionnel ou opportuniste du ‘’V’’ des militants du Front Populaire Ivoirien, vient, avec son groupe parlementaire, de déposer sur la table de leurs collègues français, un projet portant sur l’amnistie et la réconciliation.

Après une telle démarche, il est à exiger qu’au coup d’envoi de la réconciliation voulue en Côte d’Ivoire, ces députés-démarcheurs à l’imagination fertile, avec courage et honnêteté, remettent ça en allant déposer, toujours à Paris, une invitation ou une convocation à tout le gotha politique de France qui a conspiré contre la Côte d’Ivoire, sans oublier messieurs Jean-Marc SIMON et Philip CARTER III, ces deux sulfureux ambassadeurs, français et américain, ainsi que le Coréen CHOÏ. Et comme si c’était hier, qui ne se souvient aussi de la création à Paris en 2004, du R.H.D.P. (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix) et des ‘’œuvres’’ de ce chantier initié et parrainé par Jacques CHIRAC ?

Revenant à l’amnistie entre Ivoiriens et tous ces non-Ivoiriens, car le nombre élevé d’acteurs étrangers qui ont criminellement agi ici chez nous est une réalité, qui amnistie qui, ou alors qui doit être amnistié ? Faut-il rappeler encore ici que ce pays dormait tranquillement quand, la nuit du 18 Septembre 2002, ses braves populations ont été attaquées par des tueurs qui n’avaient rien à envier à des vampires ?

A la douleur indicible, permanente ou persistante des victimes de la rébellion de monsieur SORO, se sont ajoutés les calomnies et les dénigrements qui ont attisé une haine inutile mais sauvagement meurtrière contre les patriotes ivoiriens, parfois ethniquement ciblés pour être massacrés. Qui donc, de ce fait ou à partir d’un tel constat, est en situation d’être amnistié ? La victime, la vraie victime, qui a vu en pleine nuit, parents et enfants brûlés vifs en leur maison ou baraque, en plein sommeil, par un incendie créé par un ou des bourreaux qui ont ri à gorge déployée, quand les brûlés vifs appelaient au secours ou agonisaient dans un langage que seule la mort qui les attendait pouvait comprendre ? La victime, la vraie victime ? C’est bien celui ou celle qui, caché dans la brousse, a, en toute impuissance, avec la déchirante douleur et la grande honte qui accompagne cette impuissance, assisté au meurtre par des rebelles conduits par SORO, d’un ou plusieurs de ses parents, ou alors au massacre d’un ou plusieurs innocents.

La victime, la vraie victime, c’est ce gamin, cet adulte ou cette mère qui, à un barrage tenu par des rebelles, voit son frère, un adolescent ou son fils, fusillé ou égorgé sous ses yeux, quand il n’est pas enlevé comme plusieurs autres jeunes de son âge ou de sa génération, pour être porté disparu jusqu’à ce jour. La victime, c’est cette jeune fille ou cette mère violée par des sanguinaires et des illuminés devant ses frères ou ses fils à qui on recommande, kalachnikov au poing, de bien ouvrir les yeux sur l’humiliant supplice de leur sœur ou de leur mère ; la vraie victime, c’est aussi ce jeune combattant de la liberté, injustement jeté en prison avec des criminels pour ses opinions, sans procès, parfois même encagé dans un camp pénal ou tout simplement déporté loin de son milieu naturel et des siens.

La victime, la vraie victime, c’est ce ou cette patriote qui, avec courage et détermination, a dénoncé et a lutté avec Simone EHIVET-GBAGBO et Geneviève BRO-GREBE, contre le nuisible impérialisme français et ses serviteurs de la rébellion mais en paye le prix par un emprisonnement devenu une potence pour ses geôliers. La vraie victime, c’est aussi celui-là dont les terres ou le champ continue d’être exploité par le rebelle qui avait massacré ses parents, pour la simple raison que son chef de village manque de courage, ou bien parce que le commandant de la gendarmerie, le juge ou le procureur, quand ils ne sont pas des corrompus, ont peur eux aussi pour leur poste ou pour leur vie.

Dans ces différents cas qui viennent d’être cités, qui amnistie qui ? Le dozo, le milicien descendu du Burkina Faso contre l’ordre et la légalité ou bien le tristement fameux commando invisible ? En outre, peut-on amnistier, comme lettre à la poste, les tueurs de Carrefour-Duékoué, de Nahibly, d’Anonkoua-Kouté, d’Abobodoumé et de tout Yopougon, alors que ces tueurs, mercenaires et dozos, continuent d’imposer la force de leurs armes de guerre aux vraies forces de l’ordre sans armes ? Ce serait le comble du ridicule, à nouveau douloureux et déchirant si jamais les agresseurs et les braqueurs de nos vies et de la Côte d’Ivoire, devenant encore des arbitres ou des facilitateurs pour la réconciliation annoncée, nous réclamaient des excuses et se hasardaient, eux les vrais bourreaux, à vouloir nous amnistier. Monsieur SORO Guillaume a-t-il médité sur cette option du malséant, de l’irrationnel ou de l’impossible ?

Nous osons croire que nous n’aurons pas à désespérer de monsieur Guillaume SORO, si tant est que son projet est sincère et sans calcul intéressé, que ce projet de réconciliation émane de lui et sans dictée aucune de la part de quelque impérialiste tapi dans l’ombre. Mais comment compte-t-il s’y prendre ? L’occasion est-elle enfin la bonne, pour que les vrais enfants de la Côte d’Ivoire, lavés à la source de la réconciliation reprennent leur pays des mains de tous ces étrangers aux pratiques aussi ténébreuses que mafieuses ?

Là où nous saluons l’initiative de monsieur SORO Guillaume, c’est que sa volonté de demander pardon aux Ivoiriens et à GBAGBO met la Cour Pénale Internationale et la justice ivoirienne désormais à l’aise, tant elles étaient bloquées dans une grande honte et une impasse difficile quant à libérer leurs otages respectifs, à La Haye et à Abidjan. C’est une perche inestimable que leur tend SORO et sur laquelle ces institutions judiciaires vont sauter. Seulement, voilà : coincée par le faux récurrent de madame la Procureure BENSOUDA et aidée par le pardon de SORO, la Cour Pénale Internationale va se dépêcher de libérer GBAGBO, tout en espérant que l’on ne parvienne plus au bout de cette affaire, en se disant que la France, toujours citée coupable à la C.P.I. et qui nous a fait la guerre sans déclaration après nous l’avoir faite par procuration via une rébellion, va échapper au tribunal de l’Histoire pour se tirer comme ça d’affaire, à si bon compte.

Que non, car les patriotes ivoiriens et les victimes de Duékoué, forts de toutes ces innombrables preuves de la perfidie française, veillent au grain et ne laisseront point distraire ! Nous traquerons sans relâche nos bourreaux, nous assiégerons leurs consciences, celles de leurs descendants, de leurs proches et de leurs réseaux au quotidien avec les images vivantes de leurs crimes sur nos terres, jusqu’à ce que justice nous soit rendue. Mais tout projet de réconciliation qui omettra ou rejettera le recomptage des voix de l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire, si la C.P.I. ne le faisait pas auparavant, sera voué à l’échec. Enfin, les conditions d’une réconciliation exemplaire et propre se trouvent dans une résorption appropriée des tares dénoncées dans les lignes qui précèdent. A chacun son opinion et bon vent, courage au digne peuple de Côte d’Ivoire qui a tant souffert mais souffre encore !

Pour le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly) : Emmanuel Caleb, le 26 Juillet 2017.

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