Qui a tué Mamadou Barry ?

Le 19 Juillet 2019 est assassiné le jeune docteur Mamadou Barry à Rouen et plus précisément à Canteleu. Le monde noir entre en émoi et demande que les circonstances de cet assassinat soient rapidement élucidées.

Deux versions officielles se succèdent, mais toutes les deux privilégient la piste raciste.

La première évoque des dérapages d’une altercation entre le Dr. Barry et des supporteurs de l’équipe nationale d’Algérie survenue quelques instants avant du coup d’envoi de la finale de la coupe d’Afrique des nations opposant l’Algérie au Sénégal. Cette version présente plusieurs faiblesses :

  • Mamadou Barry n’était pas Sénégalais mais Guinéen, mais les adeptes de cette version prétendent qu’il aurait été pris pour un Sénégalais.
  • Il n’y a pas de précédent de violence d’une telle ampleur entre sénégalais et algériens en France ou ailleurs, ce d’autant plus qu’au moment des faits, le match ne s’était même pas encore joué pour que la colère de la défaite puisse être retenue comme facteur aggravant.

C’est peut-être le côté surréaliste de cette première explication qui conduit à la deuxième explication.

D’après cette dernière explication, l’auteur du crime serait un déséquilibré mental d’origine turc. Cette version aurait été corroborée par les images prises par des caméras de surveillance vidéo. Le meurtrier aurait été très clairement identifié et conduit rapidement à un hôpital psychiatrique dans lequel il aurait été interné. Scenario expéditif qu’on a souvent vu dans d’autres circonstances.

Malgré la confirmation par le parquet de Rouen de la nature raciste du crime et des manifestations monstres qui s’en ont suivies, un malaise persiste quant aux véritables motifs du meurtre du Dr. Barry. Face à de tels doutes, pour avoir le cœur net et trouver des éléments de réponse, le point de départ approprié de cette investigation est d’examiner ou de réexaminer la vie de la victime.

Qui était Mamadou Barry ?

Le docteur Mamadou Barry était un jeune juriste très brillant d’origine guinéenne. Il était un spécialiste du droit des affaires et de la fiscalité. Ses recherches s’articulaient autour de la

fiscalité minière et des investissements dans le secteur minier. Il a révélé dans en détail le caractère inique des contrats miniers signés par les pays Africains.

Voici ce qu’il a dit lors de l’émission « l’entretien du Jour » de la chaine de télévision Refane TV sur les contrats de bauxite et d’uranium signés respectivement par la Guinée et le Niger.

« … quand vous voyez les clauses qui sont insérées dans les conventions minières, je vous donne tout simplement un exemple, c’est le cas de eh.. je ne vais même pas appeler cela une convention, c’est l’accord transactionnel que la Guinée a signé avec la société Rio Tinto, c’est extrêmement grave quand vous lisez cet accord transactionnel qui donne à la Guinée 700 millions de dollars, mais quand vous regardez le contenu, vous considérez cet accord là comme un deal financier, comme un prêt, pas à zéro pourcent mais un prêt plutôt à 100 pourcent parce que dans les clauses qui sont insérées dans cet accord, il est dit que ce montant est déductible, ce qui veut dire que  tant que la société ne fait pas de bénéfices supérieures à 700 millions de dollars, ces 700 millions de dollars sont déductibles du résultat comptable de ces filiales qui sont installées en Guinée, et il y a pire… »

Le docteur Barry projetait non seulement de dénoncer ces contrats mais en plus il envisageait de former les parlementaires africains et de conscientiser l’opinion publique africaine sur les contrats miniers qui sont signés sur leurs dos.

Vue sous cet angle, sa mort arrange les affaires de plusieurs pays et de leurs hommes politiques, au rang desquels l’on peut citer :

  • Les corrompus locaux qui pour des miettes vendent allègrement le sous-sol de leur pays, cas que le Dr. Barry évoque dans son interview.
  • Mais aussi et surtout un pays comme la France dont toute la politique énergétique repose essentiellement sur l’uranium du Niger qu’elle obtient à vil prix payé dans un compte d’opérations qu’elle contrôle à travers le trésor de France à la Banque de France.

Cette dernière piste ne peut pas être écartée d’un revers de la main, ce d’autant plus qu’il existe plusieurs précédents allant dans ce sens que nous n’allons pas énumérer mais que le Sphinx Hebdo a évoqués dans un article intitulé : Assassinats, Un Outil de Domination et de Contrôle. Qu’il soit quand même dit de façon brève que si un jour le Professeur Covi Gomez se fait écraser par une voiture en France, si le professeur Nicholas Agbohou se fait agresser de façon fortuite à Abidjan ou si Kemi Seba se fait tirer dessus par un policier à Cotonou, il y aurait de fortes raisons de penser qu’ils auront été physiquement éliminés par ceux dont ils menacent les intérêts.

La vérité, comme l’a dit le Dr Barry dans la vidéo ci-dessous est que les pays Africains pris individuellement ne sont pas équipés pour gérer ces contrats. Non seulement, nous n’avons pas l’expertise légale pour sérieusement préparer nos dossiers ou la technologie nécessaire pour évaluer correctement nos richesses, les experts qui traitent ces dossiers dans les ministères sont aussi financièrement vulnérables à la corruption. Certains d’entre eux y voient allègrement une opportunité de s’enrichir compromettant au passage l’avenir de la nation entière. Le brave Dr. Barry se serait peut-être retrouvé tragiquement sur le chemin de collusion d’intérêts inavoués.

Les Africains devaient donc se doter d’instruments pour investiguer de façon approfondie de telles décès suspects et le cas échéant attaquer personnellement les commanditaires de tels crimes. Comme il n’y a dans aucun document d’Etat des éléments autorisant les décideurs à commettre des crimes, tout crime devrait être considéré comme une décision personnelle qui devrait exposer son/ses auteur(s) à des conséquences personnelles, c’est le seul langage que comprennent la plupart des humains. Et si l’Afrique ne le fait pas, elle n’a pas fini de perdre dans des conditions bizarres ses enfants le plus souvent les plus prometteurs.

Nous finissons cet article en recommandant au lecteur de visionner cette vidéo du Dr. Barry afin qu’il se fasse sa propre idée.

Gabriel Makang pour le Sphinx Hebdo

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