Racisme au Maghreb : des comédiens brisent le tabou dans des vidéos satiriques

Que pense Jamila des mariages mixtes ? « C’est très bien. » Et avec des Subsahariens ? C’est une autre histoire… À travers des propos délibérément clichés et drôlement naïfs, des comédiens veulent marquer les esprits et changer les mentalités.

Dans le cadre de la campagne transmaghrébine lancée le 21 mars en Tunisie, au Maroc, en Algérie et en Mauritanie, l’association antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants au Maroc (GADEM) partage chaque semaine depuis début juin une série de vidéos intitulées « Les 30 000 Autres ».

« 30 000 pour le nombre de Subsahariens recensés au Maroc, sans papiers ou régularisés. Autres, car ils ne sont souvent pas intégrés dans la société, ils sont vus comme des gens de passage, on ne cherche pas toujours à les connaître vraiment… », explique la comédienne Mounia Magueri, initiatrice du projet.

Des personnages fictifs mais des scènes réelles

Au nombre de huit, ces vidéos ont été tournées pendant le festival Migrant’scène Rabat en 2015 et sont soumises aujourd’hui au regard des internautes. Dans la première, Jamila nous donne candidement son avis sur les mariages mixtes, en faisant bien la distinction entre les Noirs d’Afrique… et les autres.

« Si c’est un Noir européen ou américain, ça passe mieux pour le mariage. »

Interrogée par Jeune Afrique, Mounia Magueri explique avoir choisi ce format vidéo pour sa facilité de diffusion sur le web. Similaires à des spots télévisés, ces vidéos simples, face caméra, mettent en scène des sujets du quotidien et des acteurs, eux-mêmes victimes de ce genre de propos. « En fait on s’est contenté de mettre en forme ce qu’on entend autour de nous ! » Parmi les thèmes évoqués : l’amour, le travail ou encore le voisinage. Un voisinage que Hamid a parfois du mal à supporter en raison des cris des « 20, parfois 30 personnes dans la même pièce », en plus des maladies, à cause desquelles le Maroc n’aurait pas pu organiser la Coupe d’Afrique des nations. Selon lui, la solution est simple :

« L’État devrait construire des habitations pour tous les regrouper au même endroit, pour qu’ils vivent entre eux, tranquillement »


Sous la pression de sa mère, qui ne cesse d’essayer de le marier, Dialo Mamadou avoue avoir cherché l’amour (en plus d’un travail) dans son nouveau pays. Mais c’était sans compter les réactions, parfois violentes, de la société marocaine, persuadée que les Subsahariens « kidnappent les femmes, n’ont pas d’électricité, sont des sauvages, (…) ont des maladies comme le sida… »

« Quand on te voit avec une Marocaine on te menace »


Des propos qui peuvent choquer, mais qui font surtout office de miroir de la société. « Dans ces vidéos, je ne prends pas parti, précise Mounia Magueri. On s’inspire d’histoires vraies, en mettant en lumière les deux points de vue. » La scolarisation, la justice et la santé feront l’objet de nouvelles vidéos pour le prochain festival Migrant’scène en novembre.

Un mélange plutôt qu’un choc des cultures

La comédienne explique être particulièrement sensible à ce sujet, ayant elle-même été une étrangère en France avant d’obtenir la nationalité. « Je suis le produit des deux pays », assure-t-elle avec fierté. Et ce grâce au bon accueil qu’elle a reçu. « Le Maroc doit accepter d’être un pays d’accueil. Il faut qu’il tire le meilleur de ces nouvelles populations pour grandir et évoluer vers une culture encore plus riche. » Un appel qui vaut aussi pour les autres pays du Maghreb, concernés par la vaste campagne anti-racisme.

Si Mounia Magueri affirme qu’il faudrait beaucoup plus que ces vidéos pour changer les choses, elle continue d’utiliser son métier et sa notoriété pour faire parler des sujets qui fâchent, avec humour. « Parce que c’est, selon moi, la meilleure façon de faire passer un message, d’aborder un sujet, sans entrer en conflit avec l’autre », nous souffle-t-elle en souriant.

Par Rebecca Chaouch

Source: Jeune Afrique

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Lire aussi: “Le racisme arabe: Le grand tabou

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