Raphaël Goma: «Vouloir uniquement le départ de Sassou N’Guesso n’est pas un projet politique.»

Raphaël Goma: «Vouloir uniquement le départ de Sassou N’Guesso n’est pas un projet politique.»

A l’image de l’opposition congolaise, Raphaël Goma, président du CODICORD, est contre la modification de la Constitution et un nouveau mandat de Sassou N’Guesso.

Au lendemain de sa tournée africaine, François Hollande reçoit Denis Sassou N’Guesso à L’Elysée. Vous qui êtes proche des Socialistes français, quel sens donnez-vous à cette rencontre ?

Je pense que le Parti socialiste est un parti de dialogue qui œuvre pour le progrès de l’humanité. C’est dans cet esprit que le président François Hollande a estimé rendre visite à ses pairs africains. Il a été en Angola qui se trouve être à quelques mètres du Congo, qui partage une frontière terrestre avec le Congo mais il n’a pas mis les pieds sur le sol congolais. Cela peut paraitre surprenant n’est ce pas ? Maintenant avec la visite du président Sassou N’Guesso en France on comprend mieux.

Rappelons que le Congo est un partenaire de longue date de la France et les deux pays entretiennent de bonnes relations d’échanges sur plusieurs points et dans beaucoup de domaines. C’est donc normal que l’Elysée le reçoive. C’est une preuve que le climat entre le Congo et la France reste cordial.

La rencontre Hollande – Sassou est un camouflet pour les adversaires du président congolais qui s’y opposaient. On a l’impression que l’opposition est inaudible à L’Elysée et auprès des chancelleries occidentales. Comment l’expliquez-vous ?

C’est un camouflet ! C’est vous qui le dites. Pour nous, cette rencontre était bénéfique dans la mesure où elle à permis à la présidence française de réaffirmer son attachement à la préservation et à la consolidation des institutions et aux principes de l’Organisation Internationale de la Francophonie et de l’Union Africaine, qui supposent que les réformes constitutionnelles soient fondées sur un consensus.

Si les autorités françaises ne cessent de répéter ce message de respect des institutions, c’est une preuve que notre message est entendu. Notre action auprès de la communauté internationale reste permanente peut-être pas à votre souhait ! D’où d’ailleurs votre interrogation. Mais je peux vous rassurer que l’opposition fournit un travail de lobbying ces derniers mois qui portent ses fruits.

L’opposition congolaise semble aussi manquer de crédibilité auprès des Congolais. Son seul message est le départ de Sassou. On a l’impression que c’est du déjà vu depuis l’époque de Bernard Kolélas. A-t-elle réellement un programme pour le peuple congolais à part prendre la place de Sassou ?
Nous sommes conscients que le peuple congolais attend que nous lui fassions des propositions en termes de projets. Le problème est que vous abordez la question comme si l’opposition était un parti politique alors que l’opposition est un groupement d’associations et de partis politiques. Ces derniers s’accordent sur un point, la gouvernance électorale et l’alternance en 2016, en résumé la restauration de la Démocratie.
Le moment venu, chacun retrouvera sa chapelle. Ce n’est qu’à ce moment-là que chacun vous dévoilera son projet politique. En ce qui nous concerne, nous y travaillons depuis fort longtemps, car nous n’avons pas vocation à n’être que des éternels opposants.
Je peux vous dire que vouloir uniquement le départ de M. Sassou N’Guesso n’est pas un projet politique pour nous. L’objectif de notre action est de restaurer la démocratie pour assurer l’indispensable redressement économique et social du pays, cependant chaque chose à son temps.
Le président Sassou convoque un dialogue national. L’opposition va-t-elle prendre part à la discussion ?

Je n’accorderais pas de crédit à l’appel au dialogue initié par le président Sassou N’Guesso le 30 juin 2015, car il n’a jamais tenu ses engagements. Je citerais pour preuves les résolutions et recommandations faites lors des précédents dialogues de Brazzaville, d’Ewo et de Dolisie qui n’ont jamais été mises en application.

Cependant, comme nous voulons d’une alternance apaisée nous avons fait un certain nombre de propositions qui sont sur la table de monsieur Denis Sassou N’Guesso à savoir :

Comment peut-on discuter des questions aussi graves qui minent le pays en imposant un calendrier établi d’avance par l’une des parties ?

Comment peut-on dialoguer lorsque le contenu du dialogue est décidé d’avance par l’une des parties ?
Comment aller à un dialogue dont les participants et les experts sont déjà choisis de façon unilatérale ?

N’avez-vous pas constaté que plusieurs associations « fantômes » ont été créées à la va vite entre janvier 2015 et mars 2015 ? Environ 300 associations sont d’ores et déjà inscrites comme partie civile favorable à la modification de la constitution. Cela est-il de nature à prôner l’apaisement et la transparence ?
Comment voulez-vous que l’on puisse valider une telle supercherie politique qui ne vise qu’à pérenniser le mandat de monsieur Sassou N’Guesso au-delà de 2016 ?

Toutefois, s’il se dégage un consensus au travers de nos revendications nous envisagerons la possibilité d’y participer. Mais en l’état actuel des choses notre position est NON au dialogue. NON à la modification de la constitution. NON à un troisième mandat pour monsieur Sassou N’Guesso.

Quelle action comptez-vous mener concrètement, si le président Sassou réussissait à faire modifier la constitution en sa faveur ?

Ce qui est sûr, je peux vous rassurer que nous ne resterons pas les bras croisés. Cependant, cela confirmera que le président Sassou veut autre chose que la paix. A ce moment-là, nous envisagerons des actions coercitives face au mutisme du pouvoir en place. Nous donnerons un sens rémanent à l’action pour permettre la restauration de la Démocratie dans notre pays.

Pour l’heure, nous sommes en négociation. Tant que la porte n’est pas complétement fermée, il faut privilégier le consensus pour sortir le Congo de la crise.

Certains politiques appelant au départ de Sassou vivent à Paris, loin des réalités congolaises. C’est votre cas. Pourquoi ne pas mener le combat au Congo, directement ?

Vous faites une fausse lecture de notre combat. N’oubliez pas que, ceux qui luttent sur le terrain congolais et ceux qui combattent en étant à l’extérieur mènent un combat commun. Par exemple nous venons d’apprendre l’interdiction de sortie de territoire de deux membres de l’opposition parmi lesquels Ntsati Mabiala et Rigobert Ngolali. Nous avons alerté la communauté internationale de cette privation de liberté.

Le Conseil de la Diaspora Congolaise pour la Restauration de la Démocratie (CODICORD) que j’ai l’honneur de présider est l’interface entre l’opposition interne et l’opposition à l’extérieur du Congo. Nous menons des consultations avec les chancelleries occidentales pour qu’ils retrouvent vite la liberté.

Pensez-vous que cela aurait été possible si nous nous retrouvons tous dans le même panier ? Ce qui est sûr le moment venu nous nous retrouverons tous sur le terrain pour marquer le retour de l’Etat, un Etat moderne, plus audacieux et imaginatif pour produire du progrès social et écologique face au déclin.

Propos recueillis par Gaël Mayika

Source: afriqueactualite

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*