Rapport des députés français sur le 1er quinquennat de Ouattara (Par Philippe Kouhon)

La commission des Affaires Etrangères du parlement français a rendu ce mercredi 15 février les conclusions des travaux d’une mission d’information constituée le 27 avril 2016 en Côte d’ivoire.

Le rapport dont nous avons pu obtenir une copie est riche de 185 pages. Il dresse un bilan « contrasté » du 1er quinquennat du président Alassane Ouattara. Il parle de la stabilité politique du pays, de la relance économique, de l’intégration sous régionale, de la réconciliation, du contre-pouvoir politique, de la refonte de l’armée, de la question foncière, des relations bilatérales entre la Paris et Abidjan, de la forces de la diaspora ivoirienne ect…

Nous vous proposons quelques lignes tirées du chapitre II/

UNE CROISSANCE AUX PIEDS D’ARGILE : DES DÉFIS CONSIDÉRABLES ET URGENTS À SURMONTER

La Côte d’Ivoire n’a pas encore réussi à faire que ses taux de croissance flatteurs profitent à l’ensemble des Ivoiriens. Ces derniers protestent : « vous faites des ponts, vous faites des routes, mais les Ivoiriens ne mangent pas de béton ».

Cette formule traduit l’impatience grandissante de la population qui s’exprime de plus en plus dans la rue. Elle doit être prise au sérieux. Comme l’observait le sociologue Francis Akindes, ces mécontentements, s’ils n’étaient pas endigués, pourraient être récupérés par des populismes ou des organisations extrémistes, au risque de replonger la Côte d’Ivoire dans la tourmente.

RASSEMBLER LES IVOIRIENS

La mission   a pu   constater   combien   la « réconciliation nationale » demeurait d’actualité, six ans après la fin de la crise ivoirienne.

La réconciliation nationale, un processus inachevé

« Il ne faut pas confondre le calme et la paix », faisait observer Charles Konan Banny, ancien Premier ministre de la Côte d’Ivoire et président de la Commission vérité, dialogue et réconciliation, lors de son audition devant la mission d’information.

La thèse d’une « justice des vainqueurs » cristallise les divisions

La question de la justice tend à maintenir ouvertes les plaies de la crise ivoirienne. De nombreux interlocuteurs ont exprimé à la mission leur sentiment d’une « justice des vainqueurs » : pour eux, seuls les responsables du camp de Laurent Gbagbo ont été arrêtés, tandis que ceux du camp présidentiel ne sont pas inquiétés. Sans reprendre ce terme, la représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, Aïchatou Mindaoudou, a parlé d’une « justice à deux vitesses ».

(…) A l’heure actuelle, plus de deux cent personnes du camp de l’ancien Président Gbagbo restent en détention préventive en lien avec des crimes qui auraient été commis lors de la crise post-électorale ; le Premier ministre Kablan Duncan avait évoqué le chiffre de 242 personnes lorsqu’il avait rencontré la mission au mois de septembre.

(…) Le fait que seuls Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé aient été transférés à La Haye accentue la perception que la justice est partiale. D’après les informations recueillies par la mission, la CPI a prévu de séquencer ses poursuites en commençant par le camp Gbagbo. La procureure Fatou Bensouda a indiqué en avril 2015 que son bureau comptait désormais accélérer les enquêtes sur les crimes commis par les forces affiliées au Président Ouattara. Ce dernier a réaffirmé récemment son soutien au travail de la CPI, mais, d’après l’ONG Human Rights Watch, la coopération apportée aux enquêtes concernant les personnes qui appartenaient à son camp ne serait pas particulièrement zélée.

Une sélection de Philippe Kouhon à Paris

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