Réaction de Bertin Kadet, suite à la «déclaration de la Coordination du FPI en exil relative à la visite au Ghana de la ministre Mariatou Koné»

Réaction de Bertin Kadet, suite à la «déclaration de la Coordination du FPI en exil relative à la visite au Ghana de la ministre Mariatou Koné»

Faisant suite à la visite effectuée auprès des réfugiés ivoiriens au Ghana, par Mme Mariatou Koné, Ministre de la Cohésion sociale, de la Solidarité et de l’Indemnisation des victimes, Monsieur Emile Guiriéoulou a publié le lundi 16 mai 2016, une déclaration au nom de la « coordination du FPI en exil » en sa qualité de président de ladite organisation. Cette déclaration qui fait le point de la mission de l’émissaire du Gouvernement ivoirien, porte atteinte à ma crédibilité. C’est pourquoi je me permets de livrer ma version des faits et mon analyse, en m’appuyant sur ladite déclaration.

I- Les faits

  1. Guiriéoulou écrit que « le projet de visite aux réfugiés ivoiriens résidant au Ghana » relève des « rumeurs persistantes qui circulaient depuis mercredi 4 mai 2016 ». En réalité, la mission effectuée par Mme Koné Mariatou, Ministre de la Cohésion sociale, de la Solidarité et de l’Indemnisation des victimes, auprès des exilés ivoiriens dans les pays de la sous-région est loin d’être du domaine de la rumeur : le mercredi 16 mars, le mardi 29 mars, et le vendredi 8 avril, la Ministre a reçu respectivement en audience le HCR Abidjan, l’Ambassadeur du Libéria, et l’Ambassadeur du Ghana. La presse ivoirienne que nous lisons tous, en a fait un large écho évoquant cette mission à effectuer auprès des exilés ivoiriens vivant dans ces pays. La mission a débuté au Libéria du 3 au 7 mai 2016, est arrivée au Ghana le mercredi 11 mai, impliquant effectivement le HCR et les Gouvernements de ces pays.
  1. Ayant été informé, de source privée, de l’arrivée d’une délégation ministérielle à Accra, j’ai aussitôt partagé les informations reçues avec mes camarades. C’est ainsi que le lundi 02 mai, j’ai invité à mon domicile Monsieur Roger Dakouri, responsable de l’ARID (Association des Réfugiés Ivoiriens et de la Diaspora) qui connaît un bicéphalisme, de même que le professeur Kadio Richard qui dirige l’autre aile de l’ARID, et lui ai donné l’information. Monsieur Léon Emmanuel Monin, responsable de CFRI, une autre organisation humanitaire de réfugiés, a également été informé par mes soins. Le mercredi 04 mai, Léon Emmanuel Monin, Roger Dakouri et moi-même, nous nous sommes ensuite retrouvés dans les locaux d’une église catholique, au quartier Dzorwulu où j’ai confirmé les informations relatives à cette visite. Peu avant notre rencontre, j’ai appelé Monsieur Emile Guiriéoulou et l’en ai informé. J’ajoute que lors de notre entretien téléphonique, ce dernier m’a rétorqué avoir déjà eu l’information à travers la presse ivoirienne. En renseignant ces trois responsables, mon seul et unique objectif est de leur permettre de s’organiser et de se préparer avant qu’ils ne soient saisis officiellement par le Gouvernement Ghanéen, à travers le Ghana Refugee Board, la structure gouvernementale en charge de la gestion des réfugiés. Nous en sommes restés là jusqu’à l’arrivée de la mission.
  1. Monsieur Guiriéoulou écrit dans sa déclaration du 16 mai 2016, que je me suis « montré très actif dans la préparation et le déroulement de cette mission et véritablement au four et au moulin pour qu’elle soit couronnée de succès ». Je voudrais rappeler que le mardi 10 mai, la veille de l’arrivée de la délégation, le nommé Bella (Lallié) Olivier, se réclamant de Guiriéoulou Emile, a appelé à plusieurs reprises, la Ministre Mariatou Koné, alors qu’elle était encore à Abidjan. A Accra, après la réunion du jeudi 12 mai, tenue au GRB, à laquelle Bella (Lallié) Olivier a pris part, ce dernier a été reçu par l’autorité ivoirienne à son hôtel. Que veut Olivier ? Il demande à la Ministre de rencontrer Guiriéoulou Emile ; il lui dit que les enfants résidant dans les camps de réfugiés nécessitent des transfusions sanguines, et que la situation est intenable dans les camps. Enfin, Olivier propose ses services pour aller sensibiliser les populations des camps, pour la réussite de cette mission. Cela signifie simplement que beaucoup d’autres personnes étaient au four et moulin pour ladite mission.
  1. A la veille de la rencontre prévue à Accra le jeudi 12 mai, à 11 heures, avec l’émissaire du Gouvernement ivoirien, les responsables des organisations humanitaires (ARID et CEFRI) n’informent pas les réfugiés de cette rencontre. En réalité, c’est parce que Monsieur Emile Guiriéoulou a « répondu à son interlocutrice du HCR que non seulement il ne saurait servir de boîte aux lettres au HCR mais, que ni lui ni aucun responsable politique membre de la Coordination qu’il dirige ne participera à cette rencontre » (Guiriéoulou, 16 mai 2016). Le HCR et le GRB ont pris sur eux d’adresser des invitations à tous les réfugiés, par SMS, appels téléphoniques, courriels. N’ayant pas été informé de la décision de boycott de Guiriéoulou, je me suis rendu à cette rencontre, que je n’avais aucune raison de manquer, par ailleurs.
  1. Emile Guiriéoulou écrit que j’ai « pris place à la table de séance » et « été présenté par la Ministre Mariatou Koné comme membre de sa délégation. » Je n’ai pas été présenté par la Ministre Mariatou, et encore moins comme membre de sa délégation. La séance était publique dans l’enceinte de Ghana Refugee Board. Les membres de la délégation qu’elle a présentés étaient, outre elle-même, chef de délégation, les membres de son cabinet, Monseigneur Alexis Touably Youlo, Evêque du Diocèse d’Agboville et Président de la Conférence épiscopale des Evêques Catholiques de Côte d’Ivoire, l’Ambassadeur Bernard Ehui Koutoua, Ambassadeur de Côte d’Ivoire au Ghana, 03 représentants du HCR, 01 représentant du Ministère des Affaires étrangères ivoirien, 01 représentant du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité ivoirien, 01 représentant du ministère de l’Education Nationale ivoirien, 01 représentant du Ministère ivoirien de la Défense, 01 représentant du Ministère ivoirien de la promotion de la jeunesse, 01 représentant de SAARA, 02 rapatriés, et des représentants du Gouvernement ghanéen.
  1. En revanche, ma présence active auprès de l’émissaire du gouvernement a été voulue par le protocole ghanéen, certainement du fait de ma qualité. Cependant, elle surtout motivée par la situation aujourd’hui intenable de ces réfugiés économiquement faibles et entassés dans les camps, estimant que c’est une occasion pour eux d’exprimer nos préoccupations à la délégation ivoirienne, et ce, devant les autorités ghanéennes et celles du HCR. Au fond, je pense qu’il est temps de sortir de l’agitation permanente du chiffon rouge de la trahison qui plombe tout le FPI, pour entamer un véritable dialogue avec le pouvoir actuel, pour le retour de ces réfugiés en Côte d’Ivoire, et pour la libération du Président Laurent Gbagbo et de tous ceux qui sont dans les prisons. Tel est le sens profond de ma présence.

II- Mon analyse

Je relève que Guiriéoulou et les camarades sont bien conscients de la misère dans les camps de réfugiés, à tel point que certains de leurs proches sont très actifs auprès de l’émissaire du gouvernement ivoirien, pour trouver les solutions adéquates à ces difficultés : ce qu’illustre bien l’activisme de Bella (Lallié) Olivier. Pourquoi donc organisent-ils un boycott de cette visite dans les camps, alors que l’occasion est donnée à ceux qui souffrent d’exprimer de vive voix leurs préoccupations à l’émissaire du gouvernement, ce qu’on fait de nombreux réfugiés, dont Lallie Olivier, proche de Guiriéoulou dont l’intervention a été largement partagée sur les réseaux sociaux. C’est cette difficulté qui explique certainement que les responsables d’organisations humanitaires des réfugiés ivoiriens (ARID, CEFRI) au Ghana, bien qu’ayant reçu longtemps à l’avance l’information concernant cette mission gouvernementale, aient refusé d’informer les concernés, accédant au boycott de l’aile politique conduite par Emile Guiriéoulou. La posture de boycott a poussé ces responsables jusque dans les différents camps de réfugiés, pour empêcher l’émissaire du Gouvernement ivoirien de voir de plus près, les conditions de vie de nos compatriotes. Pourtant, c’est le Gouvernement Ghanéen et le HCR, qui apportent aide et assistance à ces réfugiés, qui invitent ces derniers aux différentes rencontres. Je considère une telle attitude comme une défiance et un manque de courtoisie à l’égard des autorités qui nous donnent asile au Ghana.

D’une part, il faut savoir qu’en 2014, la Côte d’Ivoire occupe le 14ème rang mondial des nationalités comptant le plus de réfugiés, avec 809 312 réfugiés, soit 1,5% du total mondial établi à 52, 9 millions réfugiés. A l’échelle du continent, elle est le 7ème pays, après la République Centrafricaine. Toutefois, devant l’explosion du nombre de réfugiés dans le monde, la Côte d’Ivoire représente un cas d’importance relative. D’ailleurs, en mai 2016, le nombre résiduel total de réfugiés ivoiriens dans la sous-région s’établit à 44894 personnes. Ces réfugiés ivoiriens se trouvent pour la plupart au Libéria (21235 personnes), au Ghana (11 423 personnes), en Guinée (7389 personnes), au Togo (2512 personnes), au Mali (1022 personnes), au Cameroun (313 personnes), en Mauritanie (272 personnes), en Gambie (250 personnes), au Maroc (218 personnes), au Benin (180 personnes), au Niger (55 personnes) et au Burkina (10 personnes). Le gouvernement ivoirien est tenu de les visiter et d’assumer ses responsabilités devant l’histoire de notre pays.

D’autre part, la situation des réfugiés au Ghana est dramatique ; la communauté enregistre, régulièrement des décès, les corps des plus chanceux sont convoyés en Côte d’Ivoire, alors que d’autres sont inhumés sur place. Face à ces tristes réalités qui requièrent un sens de responsabilité de la part des dirigeants politiques refugiés, je constate que Guiriéoulou Emile réagit avec colère et mépris, au point de répondre de manière lapidaire et désinvolte, à ceux dont la mission est d’apporter l’aide et l’assistance aux réfugiés, notamment le HCR et le GRB.

Enfin, je relève que mes camarades brandissent facilement l’épée de la trahison sur tous ceux qui tentent de développer une approche différente de la situation des exilés. Pour eux, la solidarité et le soutien aux détenus de la crise post-électorale ne sauraient s’accommoder de relation avec ceux qui exercent le pouvoir en Côte d’Ivoire, et encore moins avec ceux travaillant avec Monsieur Pascal Affi Nguessan. Cette vision m’apparaît limitée au regard de la complexité de la situation sociopolitique ivoirienne. Toute crise se referme en mettant face à face les protagonistes.

III- Ma position

    Je n’accepte pas que qui que ce soit porte atteinte à ma crédibilité. Mon soutien au Président Laurent Gbagbo n’est pas négociable, et je continue de le soutenir. Plus qu’un leader politique de stature nationale et internationale, Laurent Gbagbo partage avec moi la même terre natale de Mama, un petit point du globe sur lequel Dieu nous a établis. Entre lui et moi, les liens particuliers qui existent sont indestructibles, même par des manœuvres politiciennes. Ce n’est pas au moment où il est injustement incarcéré dans une prison, que mon soutien va faiblir. Si quelqu’un a pensé ça, il s’est trompé. Sa détention à La Haye m’est insupportable au point où je n’arrive même pas à regarder les images de son procès, pour éviter que mon regard se fixe sur lui et sur Charles Blé Goudé.
    Ceci dit, je suis conscient que ce n’est pas en développant une attitude de tribu assiégée, m’enfermant dans une bulle, que je peux espérer trouver des solutions à nos problèmes communs. Bien au contraire, c’est en parlant avec tout le monde y compris ceux qui exercent le pouvoir d’Etat en Côte d’Ivoire. Depuis que je suis au Ghana, je m’emploie à faire ce qu’un exilé est en droit de faire, à travers des productions intellectuelles, pour partager mes témoignages et ma version des faits, contribuant ainsi à l’éclatement de la vérité sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Concernant le Président Laurent Gbagbo, ceux qui doivent connaître de mon témoignage dans le cadre de son procès, le savent. J’ajoute que tous les ouvrages rédigés en commun par les intellectuels ivoiriens réfugiés au Ghana, dénonçant le procès politique de la CPI contre lui, portent également ma signature.
    Je suis également solidaire de toutes les personnes détenues en Côte d’Ivoire, suite à la crise post-électorale. Cependant, l’enseignement majeur que le Président Gbagbo nous a communiqué en commun, c’est d’avoir une attitude d’écoute, même à l’égard de ceux que l’on peut considérer comme étant nos pires adversaires politiques. En le faisant, Laurent Gbagbo sait qu’ « un homme politique doit placer son cœur dans son cerveau ».
    Au final, ce que je veux que Monsieur Emile Guiriéoulou et nos amis communs comprennent, c’est qu’une lecture politique restrictive de la question des réfugiés ivoiriens, conduit à la désaffection de la politique. Car si le réfugié vit dans le dénuement absolu et ne peut plus se soigner, se nourrir ou se déplacer, il reste sourd au discours politique, même le plus élaboré. Bien que des causes politiques soient à l’origine de notre exil, la situation des réfugiés présente une dimension sociale et humanitaire, dont la prise en compte est urgente, si l’on veut éviter que surviennent d’autres drames. Cette approche permet d’économiser les accusations trop faciles, et elle conduit forcément à la tolérance et à plus d’humilité.

Bertin KADET

bertinkadet@yahoo.fr

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