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Rébellion et guerre postélectorale en Côte d’Ivoire: Pourquoi Soro et ses hommes doivent être jugés

Rébellion et guerre postélectorale en Côte d’Ivoire: Pourquoi Soro et ses hommes doivent être jugés

Face aux crimes de sang et autres crimes graves commis pendant la rébellion de Guillaume Soro, lancée le 19 septembre 2002 pour aider Alassane Ouattara à prendre le pouvoir, et à ceux perpétrés pendant la crise postélectorale de 2010-2011 dans le même but, l’ancien secrétaire général des Forces nouvelles et ses hommes, semblent se réfugier derrière un argument pour ne pas assumer leur passé : « Nous avons agi sous les ordres de… » Mais les justices nationale et internationale ne peuvent juger que les pro-Gbagbo et laisser Guillaume Soro et ses hommes, dormir du sommeil de Saints.

Il y a plus d’un an, lorsque l’éventualité de sa comparution à la Cour pénale internationale (CPI) avait été évoquée, l’ancien rebelle effrayé, a commencé à menacer. Disant qu’il avait reçu des ordres de la présidence de la République, et selon une résolution des Nations Unies, etc. En clair, on comprend que Soro ne veut pas tomber seul. Il veut dire également que si ses hommes et lui ont commis des crimes, ce n’est que par devoir d’obéissance à la hiérarchie. Mais un tel argument ne tient pas pour les mettre à l’abri d’un jugement pour leurs crimes. Les hommes de Soro Guillaume, dont des enfants recrutés et armés, ont massacré des populations civiles, violé et éventré des femmes. Or, de nos jours, une guerre a des règles. On n’y fait pas n’importe quoi impunément.

Un soldat doit avoir une formation morale de haut niveau. Il doit être conscient que même si « sa guerre est juste », elle doit se faire selon des critères précis. Il doit distinguer un soldat, un militaire armé, c’est-à-dire qui est un instrument de l’ennemi, des populations civiles. Lorsqu’un soldat ennemi est désarmé, ne portant plus d’arme, il devient par définition un prisonnier de guerre. Il n’est donc plus un adversaire sur qui on doit tirer une mitrailleuse. Mais l’armée de Soro faisait fi de tout cela. Le viol n’est pas une arme conventionnelle de guerre. Les personnes civiles exécutées simplement après vérification de leur pièce d’identité, ne peuvent rester sans justice. Mais le fait de croire que, parce qu’on est un inférieur, et qu’on a agi dans l’obéissance, cela libérerait de toute culpabilité par la suite, est une erreur !

Il est aberrant de croire ou de laisser supposer qu’un militaire inférieur est purement un agent d’exécution. Et qu’il n’a pas de conscience personnelle morale. Un militaire a sa conscience morale. S’il constate qu’il est au service d’une cause injuste, avec des moyens injustes, il a la possibilité, avec courage, de prendre les moyens de son objection de conscience. Ceci est valable non seulement pour les combattants de l’ex-rébellion, mais également pour tous les militaires de l’armée régulière sous Laurent Gbagbo qui, après avoir été dans la chaine de commandement, se retrouvent aujourd’hui dans la récompense du régime Ouattara. Il existe, en la matière, une jurisprudence manifestée à la fin de la seconde guerre mondiale, lorsque les criminels nazis ont été jugés. Tous ont évoqué leur promesse d’obéissance à Hitler.

Or, dans la chaîne d’un commandement monstrueux qui aboutissait à des choses horribles qu’ils voyaient eux-mêmes, ils croyaient pouvoir se dédouaner. Mais le jugement ne les dédouana pas tous. L’histoire retient qu’on jugea les décideurs principaux et ceux qui, dans l’exercice d’un pouvoir subalterne, avaient montré un sadisme particulier. Parce qu’un homme de terrain, engagé au service de sa patrie, doit faire son devoir de soldat, sans violence excessive ni sadisme, comme on l’a vu avec les Forces Nouvelles et les FRCI. Le devoir d’obéissance ne peut justifier un crime contre l’humanité.

L’objection de conscience doit jouer son rôle. Sinon, on finit par devenir comme ce Général de l’Onu qui dirigea les armées au Rwanda avant le génocide. Ce Général profondément croyant, assista, de ses yeux, aux massacres de populations civiles. Il vit de ses yeux une jeune fille sortir d’un bois. Elle était poursuivie par des génocidaires, et n’avait plus de mains, parce qu’on les avait déjà coupées à la machette. Mais le Général décida d’en référer à l’Onu, cette machinerie administrative si lourde. Hélas ! Il lui a été interdit d’agir : « C’est une guerre entre eux, il ne faut pas s’en mêler ». Plus tard après cette guerre, ce Général s’est considéré comme maudit, damné, parce qu’il n’avait pas fait son devoir.

Selon les confidences qui jaillissent de plus en plus du drame rwandais, « Il pensait que, concrètement, face à une situation de meurtre de civils, devant lui, en acte, il aurait dû passer outre les ordres de sa hiérarchie et agir sur le terrain pour sauver ces civils. Il se disait même que s’il avait agi sur le terrain concrètement, en montrant la force de l’Onu, il aurait peut-être arrêté le génocide. » Guillaume Soro ne nie pas les crimes de ses hommes. Il répète à l’envi que lui et ses hommes ont agi selon la théorie de l’obéissance à ses supérieurs. Il était également Premier ministre et recevait ses ordres de son patron Alassane Ouattara, alors encore à l’Hôtel du Golf. On comprend le souci de Guillaume Soro de ne pas sombrer seul, pour les crimes d’une guerre dont il n’est pas le commanditaire. Mais il ne peut trouver sa rédemption à travers le devoir d’obéissance. Chacun paiera pour ses crimes.

Germain Séhoué

gs05895444@yahoo.fr

Source: LE TEMPS DU 27 SEPT 2014

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