Réconciliation : Comment le régime Ouattara manipule la justice

Réconciliation : Comment le régime Ouattara manipule la justice

Le geste est salué de partout dans le monde, mais surtout en Afrique, un continent qui cherche ses marques pour une démocratie vraie et véritable. L’ancien président malien, Amadou Toumani Touré (Att) chassé du pouvoir par un coup d’Etat militaire, a regagné Bamako, sa patrie natale le dimanche 24 décembre 2017. Grâce à une forte implication de l’actuel président malien, Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), après quatre ans d’exil au Sénégal. Chose encore plus étonnante, IBk a spécialement dépêché l’avion présidentiel pour ramener Att et sa famille à Bamako. L’acte continue d’alimenter les débats. Il est si symbolique qu’il traduit la volonté d’un peuple et des autorités maliennes à tirer «un trait» sur leur passé douloureux de crise, de fracture sociale.

Des voix s’élèvent de toutes parts pour apprécier l’acte d’IBK à sa juste valeur. Et du coup on se demande : «Et si cela se passait en Côte d’Ivoire?». Où on verrait un Alassane Ouattara dépêché l’avion présidentiel pour ramener Laurent Gbagbo de La Haye. Un rêve peut-être irréalisable? Alassane Ouattara ne peut-il pas être inspiré du geste de son homologue Malien, en mettant fin à l’instrumentalisation de la justice ivoirienne? IBK  vient de faire sienne la sagesse populaire africaine qui enseigne que «le linge sale se lave en famille». En ramenant Att, le ciel malien est-il tombé sur sa tête? Aucunement. Bien au contraire, le peuple Malien a accueilli avec joie le retour au pays de leur fils, de surcroît ex-président du pays. Cela ne va-t-il pas participé à la cohésion sociale?

Les observateurs et hommes politiques ainsi que  juristes et avocats s’accordent sur un fait. En favorisant le retour de l’ancien président victime d’un coup d’Etat est salutaire et participera à coup sûr à la décrispation de la situation socio-politique au Mali. Pendant que son voisin est loin de cette réalité. La Côte d’Ivoire peine à panser les plaies de la crise post-électorale. Près de 7 ans après, le tissu social est plus que  jamais fragilisé. Que de familles qui ont le regard tourné vers Alassane Ouattara en cette fin d’année? Sera-t-il inspiré du cas Malien? La question taraude l’esprit des ivoiriens. En attendant, le constat est clair. La  fracture sociale et l’impunité ont encore de beaux jours. Avec une justice à ses ordres, le pouvoir Ouattara multiplie les traques et les condamnations des proches de Laurent Gbagbo.

L’image a été plus sonnante ce  mardi 26 décembre 2017. Elle a étonné plus d’un ivoirien, présent ce jour au Palais de justice d’Abidjan-Plateau. Deux procès qui se déroulent au même moment. Dans le box des accusés, des personnalités et non des moindres proches de Laurent Gbagbo. L’ex-ministre de la Fonction publique, le professeur Hubert Oulaye, accusé de complicité dans l’assassinat de sept casques bleus de l’opération des nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci). Au final, il a été condamné sans preuve à 20 ans de prison. En face, le dernier Premier ministre du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo, le Professeur Aké N’Gbo et son ex-ministre de l’Economie et des Finances, Désiré Dallo avec des huissiers attendront le jeudi 18 janvier 2018 prochain pour connaître leur sort. Le « distributeur automatique » des peines de prison leur fera-t-il subir le même sort qu’Hubert Oulaye?

Dans tous les cas de figure, le cas du Mali pose le problème du pardon en Côte d’Ivoire, du vivre ensemble. L’absence de pardon inquiète. «Aucune autorité morale n’existe pas en Côte d’Ivoire pour dire arrêter çà? Arrêter le procès des proches de l’ancien président pour panser les plaies de la crise post-électorale ?», a interrogé l’avocat Dagbo Pierre, au cours du procès intenté contre Aké N’gbo, Désiré Dallo, Koné Katinan, Laurent Gbagbo dans l’affaire dite « braquage de la Bceao » pendant la crise post-électorale.

Le cri de cœur de certains avocats

A l’instar de cet avocat, c’est la majorité des Ivoiriens qui s’élèvent contre les pratiques de la justice ivoirienne. « Mais nous voulons dire par cette condamnation sans preuve, que ce pouvoir est train de créer un précédent suffisamment grave et ceux qui viendront après ce pouvoir, vont vouloir faire la même chose en se vengeant. Et nous allons être dans un cycle infernal de vengeance en vengeance. Les Ivoiriens sont excédés. Ils ont besoin d’une justice équitable et transparente. Pas celle qui prononce une condamnation à 20 ans sans élément de preuve. Cette justice parcellaire et partiale n’est pas à l’honneur de la Côte d’Ivoire. La justice actuelle n’est pas en mesure de se défaire de la pression politique.

À la veille de l’année 2018, nous avons encore des juges zélés qui veulent rendre service au pouvoir politique pour se faire remarquer. Nous disons que ce n’est pas le rôle d’un juge de se faire remarquer. Son rôle est de rendre une décision de justice en toute équité sur la base de preuve. Mais il n’y a eu aucun élément de preuve au procès du ministre Hubert Oulaye», dixit Me Dadjé, après la condamnation de son client, Hubert Oulaye. Une véritable attaque en règle contre la justice ivoirienne, qui, à l’analyse, pousse Ouattara à la faute. A l’enlisement de la situation socio-politique. Là, où Me Dagbo Pierre en appelle à la maturité de tous. «Faisons preuve de maturité. L’Afrique nous parle avec le retour d’exil d’ATT au Mali. Çà doit nous interpeller» autant que nous sommes, juges ou avocats, ou hommes politiques, estime cet avocat qui, le mardi 26 décembre 2017, a fait parler son cœur. Pour lui, le peuple veut qu’on reparte sur de nouvelles bases, «la libération des détenus de la crise post-électorale». Et d’interpeller à nouveau le tribunal qui ne doit pas «être  un lieu de dé-légitimation d’un pouvoir». «Il est temps  de panser les plaies de la crise post-électorale» avait dit l’avocate, Me Kakou, invitant tous les acteurs «à aller à la réconciliation». «Que les hommes politiques arrêtent d’instrumentaliser la justice», dixit un autre avocat. Me Dagbo Pierre  précise que «le pouvoir; c’est la passion». Et de s’interroger sur les condamnations infligées aux proches de l’ex-régime. «Est-ce que nous sommes sortis de la crise? Non! La bataille continue devant les tribunaux», a-t-il estimé, enjoignant le procureur à défendre la loi au lieu de défendre le pouvoir. Tout en indiquant que la justice doit aider les Ivoiriens à aller à la paix, dans la mesure où, soulignent les avocats : «Tout le monde a été victime de la crise post-électorale.» La justice ivoirienne entend-elle de cette oreille?

Sept ans après, elle continue de «distribuer» des  peines de condamnations aux proches de Laurent Gbagbo. Que fait-elle du camp Ouattara? Depuis  sa cellule de détention, Simone Gbagbo a lancé un appel au pardon. «Ne croyez pas que j’en veuille à l’Etat de Côte d’Ivoire », a-t-elle dit. La main sur le cœur. En complément au cri de cœur des avocats: «le pouvoir, c’est la passion, la démagogie, la dé-légitimation  de son prédécesseur». Or, telle est la volonté du régime Ouattara. Celle de présenter à la face du monde que le régime Gbagbo est ce «démon » qu’il faut abattre, par tous les moyens, certes mais surtout en instrumentalisant davantage la justice. Emportée par cette tempête de passion, la justice ivoirienne se prête au jeu de Ouattara en se mettant à ses services. Au détriment du justiciable. L’instrumentalisation  est si flagrante que les décisions de justice, les peines d’emprisonnement infligées aux proches de Laurent Gbagbo scandalisent les observateurs avertis de la scène politique nationale.

Au plan international, on se demande bien que vaut la justice ivoirienne? Est-elle crédible? Ne récite-elle pas la dictée du pouvoir Ouattara? Cela fait sept ans que le régime traque et emprisonne des proches de Laurent Gbagbo. Malgré tout, estiment les avocats, «nous ne sommes pas sortis de la crise. La bataille s’est transportée devant les tribunaux». Alors que quand «le pouvoir rentre  dans un tribunal, le droit fuit par la fenêtre». La justice ivoirienne n’inspire plus confiance. L’institution judiciaire a perdu de sa crédibilité, sous Ouattara. Laissant la justice des vainqueurs s’enraciner dans un Etat qui se veut démocratique.

Toussaint N’Gotta

Source: letempsinfos.com

One comment

  1. C’est vraiment dommage et très pitoyable que des gens prêtent encore à Dramane Allassane une intuition ou un instinct humain!Quand tu fais une rébellion qui brûle tout sur son passage,tu tues des ressortissants d’un pays pour ta gloriole,tu ne fais aucun effort pour réunir ceux-là mêmes que tu as dispersés,chassés de leur milieu de vie, blessés,quand tu n’as aucun souci de voir des citoyens réticents à rentrer chez eux,quand tu n’as aucun moindre penchant de voir les habitants d’un même pays se réunir pour panser leurs plaies auxquelles tu as amplement contribué à ouvrir béates…,quand tu es insensible à la vie miséreuse des populations tandis que tu pompes gros l’argent des pauvres citoyens travailleurs,quand tu détiens en prison des otages sans jugement près de dix ans…il y a quelque chose qui ne va pas:soit le concerné est un malade mental,soit il est un démon ou alors il a des démons qui le gèrent!Dans tous les cas,l’individu n’est pas maître de lui-même,il est dominé par des légions dont la franc-maçonnerie.Et moi,j’ai toujours dit que ce type est démon en chair!Seuls les vaincus charmés par les sacrifices humains pesteront…Ce n’est pas l’orgueil qui le mène,ni la conscience morte,s’il en a une encore!

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