Rélations diplomatiques et bon voisinage: Le temps est-il venu pour que Ouattara choisisse entre le Burkina Faso et Soro Guillaume?

Rélations diplomatiques et bon voisinage: Le temps est-il venu pour que Ouattara choisisse entre le Burkina Faso et Soro Guillaume?

Qui lâcher et qui soutenir ? Voilà le dilemme auquel fait désormais face Alassane Ouattara le chef de l’Etat ivoirien dans l’imbroglio burkinabé dont il aurait bien voulu se passer. Hélas, il y a un acteur de trop dans les relations entre le Burkina Faso de Michel Kafando et la Côte d’Ivoire qu’il dirige.

C’est désormais clair depuis la publication du rapport de la Commission d’enquête sur les événements du mercredi 16 Septembre 2015 jour de la prise d’otage opéré au Palais de Kosyam où été séquestrés le président Michel Kafando, le Premier ministre Yacouba Isaac Zida et tous les membres du gouvernement du Conseil national de transition (Cnt). Les putschistes menés par Gilbert Kafando bras droit de l’ancien dictateur Blaise Compaoré, ont « bénéficié de la caution morale et politique de certaines personnalités étrangères, ainsi que la fourniture de matériel de maintien de l’ordre ». Lit-on au IV du rapport d’enquête.

Dans ledit rapport de 34 pages, il est aussi dit que « des transferts d’argent liquide depuis Abidjan, évalués à 160 millions de Fcfa, ont été également identifiés ». Corroborant ainsi ce que disait le colonel Xavier Yaméogo, désigné juge d’instruction dans le dossier  Diendéré-Bassolé. Le juge militaire a pu établir des liens avec la Côte d’Ivoire sur la base d’indices et preuves accablantes. «Nous savons que Diendéré et certains dirigeants du Rsp et de l’armée ivoirienne se sont rendus au domicile de Soro Guillaume, pour y tenir des réunions les  12, 13 et 14 septembre. Nous vous rappelons aussi  qu’avant cela, Diendéré venait d’un séjour de la Côte d’Ivoire. Tout cela avant le coup d’État». Indiquait-il, après la perquisition de la résidence de  Soro Guillaume, passée au peigne fin le 7 octobre 2015.

Même si au cours de son audition, le général Gilbert Diendéré qui reconnait « la caution morale et politique de certaines personnalités étrangères » a « refusé de donner l’origine de 160 millions de Fcfa qu’il dit avoir reçu des mains d’amis », la traçabilité de l’écoute téléphonique entre l’ancien rebelle ivoirien Soro Guillaume et l’ancien ministre des affaires étrangères du Faso Djibril Bassolé, permet d’établir les complicités. Fort donc de ce qui précède, l’on est désormais situé sur les implications « étrangères » notamment celle du président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire.

Le gouvernement ivoirien s’est jusque là gardé de toute déclaration depuis l’éclatement de cette affaire et a plutôt préféré laissé le soin aux autorités du Faso de faire sereinement leur travail d’investigations. Défendant son ”innocence” Soro Guillaume lui-même – après s’être démené sans succès pour se disculper, accusant à tort et à travers – s’était finalement résolu en indiquant qu’il laissait les enquêteurs burkinabé situer les responsabilités, plutôt que de s’ingérer dans une affaire qui relève des « prérogatives du président Alassane Ouattara et du gouvernement ivoirien ».
Mais voilà que cette disposition d’esprit, qui en fait, n’a été que de la roublardise, a montré ses insuffisances. Du moment que les résultats desdites enquêtes attendus par tous – Burkinabé et Ivoiriens – sont disponibles depuis le 10 novembre dernier, et enfoncent l’ancien chef rebelle du Mpci, la responsabilité revient dorénavant à la partie ivoirienne de s’autosaisir. Afin de situer à son tour les responsabilités et à en tirer toutes les conséquences. La pérennisation des bons rapports vieux de plusieurs décennies et entretenus avec sagesse par nos devanciers, avec son voisin du nord, en dépend. En ce sens que le pouvoir ivoirien devrait courageusement opérer un choix entre sa coopération avec ce pays voisin le Burkina Faso et son ressortissant fautif pour s’être ingéré dans une affaire intérieure à une puissance étrangère.

C’est là l’entière responsabilité qui revient au chef de l’Etat ivoirien. Soit Alassane Ouattara maintient sa confiance aveugle à un indélicat Soro Guillaume malgré des graves accusations de déstabilisation qui discréditent la Côte d’Ivoire dans sa politique étrangère. Soit le chef de l’Etat ivoirien fait le choix des rapports de bon voisinage avec le Burkina Faso. Si Ouattara passe par perte profit la délinquance politique des siens et il continue de faire confiance à Soro en dépit de l’implication de ce dernier dans l’action de subversion qui a coûté des vies au Burkina Faso, par sa faute la Côte d’Ivoire aura montré sous son mandat l’image d’un État voyou qui n’a aucun respect de la souveraineté d’un pays ami. Une telle option a le mérite de créer la méfiance entre notre pays et le reste du mode en général et ses voisins en particulier.

A l’inverse, si Alassane Ouattara fait le choix de sauvegarder les liens multiséculaires que la Côte d’Ivoire entretient depuis toujours avec le pays frère et ami qu’est le Burkina Faso, non seulement il se présente comme un chef responsable et sage qui ne badine pas avec la discipline, mais Alassane Ouattara montre également que le Burkina Faso peut continuer de faire confiance en la Côte d’Ivoire quelle que soit la situation qui prévaut. Du même coup, il donne l’exemple de bonne conduite tout en faisant et un clin d’œil aux autres États amis en leur disant qu’ils n’ont rien à craindre à continuer de coopérer avec notre pays. Si ta main droite devient source de péché, coupe-la de peur qu’elle ne gangrène tout le reste du corps, conseille l’évangile. Alassane Ouattara devrait s’en inspirer.

Simplice Allard

Source: LG Infos N° 1187

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