Remise du prix UNESCO : Dadié s’impose à tous

Remise du prix UNESCO : Dadié s’impose à tous

Voir Bernard Dadié, l’icône de la littérature africaine de près. C’est ce qui a attiré des milliers de personnes de tous âges qui ont pris d’assaut, la salle Ernesto Djédjé du Palais de la Culture, hier jeudi 11 février 2016.

Lors de la cérémonie officielle de remise du prix Unesco Jem Torres Gode à l’illustre hôte du jour. Ce prix qui est décerné à l’initiative de l’Unesco et de l’Université Nationale Autonome du Mexique, vise à célébrer les hommes ou institutions internationales qui de par leurs actions, contribuent au développement, à la diffusion de la Culture universelle et au renforcement de l’union entre les peuples dans le monde. Ido Yao, représentant de l’Unesco en Côte d’Ivoire, au nom de la Directrice générale Irina Bokova, explique d’ailleurs, que le prix décerné à Bernard Dadié porte le nom d’un membre fondateur de l’Organisation, qui fut un éminent poète, essayiste et romancier. Dont l’humanité et l’universalité des idéaux ne souffrent d’aucune contestation. « Torres a renforcé la présence de l’Unesco dans le monde. Valoriser le dialogue interculturel comme une condition pour une paix durable
dans le monde », souligne-t-il.

Décerné tous les deux ans, le mandant d’Irina Bokova ajoute que le prix Jem Torres Gode est destiné à promouvoir les initiatives pionnières qui peuvent participer de la consolidation des valeurs de l’Humanité. Telle que prôner dans l’oeuvre de Bernard Dadié. « Nous célébrons aujourd’hui, bien plus que l’hommage à un grand intellectuel. Nous rendons hommage à la vivacité de la culture en Côte d’Ivoire et en Afrique », relève -t-il. Tout en mentionnant le fait que le jury a été séduit par la qualité de l’écriture de Dadié, la pertinence de ses idées, par ses expériences du colonialisme, ainsi que par ses efforts de connecter les messages transmis dans les contes africains au monde contemporain. «Monsieur Dadié a été sélectionné parmi les candidatures de très haut niveau, comprenant des personnes et des institutions illustres provenant de 20 pays. Après un examen minutieux des candidatures, le jury international du grand prix à l’unanimité, a recommandé la candidature de Bernard Dadié comme lauréat de cette première édition. Considérant qu’il est un pionnier et un géant de la littérature africaine et mondial. Le jury est composé de trois personnalités externes à l’Unesco, indépendantes et de notoriété internationale qui ont délibéré conformément aux textes en vigueur et décidé à l’unanimité, que l’oeuvre de Bernard Dadié représente une contribution remarquable aux objectifs de l’organisation. Cet hommage, une raison pour nous tous, de réfléchir sur la valeur de la culture et de l’humanisme dans la course légitime de nos Etats vers le développement. C’est également une invite à l’action, pour un monde meilleur où le dialogue des cultures est promu pour la paix, dans le monde», fait savoir Ido Yao, sous le regard bienveillant de l’hôte du jour.

Bernard Dadié dans une litanie de remerciements aux initiateurs, rappelle les axes majeurs du parcours exceptionnel de Jem Torres, dans sa quête pour un monde plus juste. « Il a contribué à renforcer par son action, de nouvelles espérances, fondées sur l’éducation et la culture», reconnaît-il.

Pour Bernard Dadié, c’est un honneur de recevoir ce prix, qui se veut une infinie reconnaissance à l’utilité de son œuvre. «Le statut d’écrivain n’était guère reconnu en Afrique, quand j’ai commencé à écrire, il y a plus de 80 ans. Une époque où le colonisateur voulait à tout prix, nous conformer à sa civilisation nous dérobant ainsi notre histoire, par la violation de notre culture, la négation de notre condition d’homme. L’histoire qu’on nous volait malgré les obstacles dressés sur notre route, nous nous en ressaisissons sans cesse. Derrière des hommes et des femmes d’exception au destin tragique, cette histoire a été tissée de doute, de chute, de relèvement et de pardon. Car même après l’horreur de la traite et l’abjection de la colonisation, nous avons su bannir l’esprit de vengeance et avons refusé d’être des hommes de ressentiments, pour laisser place aux solidarités nécessaires, afin de faire entendre toujours le langage de la fraternité. Dans le dérèglement général de la planète, de notre continent, une question existentielle subsiste encore en ce jour. En sommes nous-encore capables? Surtout en cette période où l’appauvrissement de notre environnement nous appelle à une conscience plus ardue de notre condition d’homme et des valeurs portées par notre culture. Notre histoire nous apprend que le lags du passé et les apports de la modernité doivent être sans cesse analysés », instruit Bernard Dadié. Il affirme par ailleurs que, c’est après avoir découvert dans la lecture et l’écriture la possibilité d’ouvrir un espace à ces rêves, le moyen de canaliser sa révolte et une forme de consolation, que l’envie lui est venue d’utiliser la plume comme canal de diffusion de sa pensée.

Pour cet éminent intellectuel, la littérature et l’art en général n’auraient pas été, si elles n’étaient pas toutes sous tendues par le désir de connaissance et donc par essence révolutionnaire et redoutable pour toutes les formes de falsifications. «Écrire pour moi, signifie désire d’abattre les forages, désire de capter les ténèbres, de montrer la lumière d’imposer sa pensée. De s’ouvrir et d’ouvrir à chacun des fenêtres du savoir », éclaire Bernard Dadié. Tout en conseillant aux jeunes generations de s’ériger en homme et femme de l’Être et non de l’avoir.

N. S. K

Source: Le Temps N°3705

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