Résister aux faux frères

Résister aux faux frères

En écoutant les misérables mensonges et tentatives de diversion du général félon brillamment contredits par les questions des avocats de la défense et par les vidéos montrées par eux, je n’ai pu m’empêcher de penser à une expression de Saint Paul:“faux frères”. L’apôtre parle effectivement de “faux frères qui s’étaient furtivement introduits et glissés parmi nous, pour épier la liberté que nous avons en Jésus-Christ, avec l’intention de nous asservir” (Galates 2, 4).

Les faux frères, ce sont d’abord tous ces Ivoiriens, d’origine ou d’adoption, qui, à cause de l’argent ou d’un strapontin (ambassadeur, ministre, président du Conseil constitutionnel, directeur de Fraternité Matin, de l’Insaac ou de la RTI, etc.) ont délibérément tourné le dos à la justice, à la vérité et à la défense de la patrie. Ils peuvent connaître la vérité comme Mgr Ambroise Madtha (ancien ambassadeur du Vatican en Côte d’Ivoire) et des évêques ivoiriens à qui Laurent Gbagbo montra le vrai document signé par lui et Dramane Ouattara peu avant le scrutin présidentiel d’octobre 2010 mais refuseront de la dire. Intéressons-nous justement à ces faux frères qui sont à la tête des églises, temples et communautés dites nouvelles. Que leurs fidèles manquent de nouriture et de médicaments, qu’ils soient tailladés et terrorisés par les “Microbes” de Dramane Ouattara, qu’ils s’appauvrissent, qu’ils meurent en prison ou en exil, qu’ils soient escroqués ou spoliés par le pouvoir, tout cela est le dernier de leurs soucis.

Seules les nombreuses quêtes et la dîme semblent les préoccuper. Intarissables sur le pardon et la réconciliation, ils ne dénonceront jamais la violation des libertés individuelles et collectives, l’exclusion de l’opposition des médias d’État ou les massacres perpétrés par le régime à Guitrozon, Nahibly, Duékoué, Adjanou, Anonkoua-Kouté, Adébem, etc. Certains d’entre eux se seraient même permis d’accueillir des symboles de la Franc-maçonnerie dans la cathédrale Saint-Paul du Plateau, un sacrilège que se serait gardé de commettre le cardinal Bernard Yago. En cette année qui marque le vingtième anniversaire de sa disparition, il est bon de rappeler que le premier archevêque ivoirien continue d’être estimé et admiré non seulement parce qu’il était un homme modeste et simple mais aussi parce que, intransigeant sur la vérité et la justice, il tint plusieurs fois tête à Houphouët, montrant ainsi que les hommes d’Église ne gagneront le respect et la confiance du peuple que s’ils prennent fait et cause pour les opprimés et exploités tout en s’abstenant d’être à la remorque du pouvoir temporel. J’appelle enfin faux frères les soi-disant missionnaires occidentaux qui proclament l’Évangile de justice et de vérité mais manquent de courage pour protester contre les crimes économiques et crimes contre l’humanité de leurs pays en Afrique.

Qu’ils soient militaires, civils ou religieux, les faux frères ont ainsi en commun le silence devant l’inacceptable. Mais pourquoi se taisent-ils? Parce qu’ils craignent qu’on leur coupe les vivres ou qu’on brise leur petite carrière, parce qu’ils préfèrent la vassalité à la liberté, parce qu’ils se sentent plus à l’aise dans les habits de la vénalité que dans ceux de la dignité, parce qu’ils ne s’épanouissent qu’à l’ombre d’un tuteur (la France) qu’ils sont prompts à dédouaner et à déifier. Pourquoi les faux frères déploient-ils une si grande d’énergie à prendre la défense d’un pays qui méprise leurs peuple et dirigeants? Pourquoi peuvent-ils dire et se dédire aussi facilement? Pourquoi mettent-ils un excès de zèle à adorer aujourd’hui ce qu’ils brûlaient hier? Parce qu’ils sont foncièrement cupides et parce que leur seule ambition est de ramasser les miettes qui tombent de la table du tuteur. Mais peut-on être fier et heureux d’une telle situation? On ne peut répondre que par la négative car, si on considère les choses sérieusement, on se rend compte que ce qui nourrit le tuteur ne lui appartient pas.

Tout le monde sait aujourd’hui que ce dernier a bâti sa fortune et sa puissance en pillant nos forêts, sols et sous-sols comme cela se passe actuellement au Mali où les soldats français sont pourtant censés lutter contre le terrorisme; en achetant à bas prix notre uranium, pétrole, café ou cacao; en recueillant chaque année 440 milliards d’euros de taxes auprès de nos pays, etc. Les faux frères devraient savoir que le tuteur ne leur donne qu’une insignifiante portion de leur propre bien. Mais ce dont ils devraient surtout prendre conscience, c’est que l’Histoire a toujours été sans pitié pour les traîtres, terrible pour les collabos de l’oppresseur.

Dans le même passage tiré de la lettre aux Galates, Paul ajoute: “Nous ne leur cédâmes pas un instant et nous résistâmes à leurs exigences, afin que la vérité de l’Évangile fût maintenue parmi vous” (Ga 2, 5). Au moment où Mediapart révèle que la France et Luis Moreno Ocampo, l’indigne et corompu avocat argentin, ont kidnappé et déporté Laurent Gbagbo en toute illégalité et qu’il est scandaleux qu’un seul camp ait été incriminé jusqu’ici par la CPI, notre devoir est de résister à leur falsification de notre histoire récente et à tous leurs mensonges. Résister, encore et toujours, aux faux frères. Il existe différentes formes de résistance. On peut résister par l’écriture. C’est ce que font admirablement certains médias africains basés en Afrique ou à l’étranger. Attachés à la liberté et à la souveraineté du continent, ces journaux, hebdomadaires ou mensuels sont jugés par la société civile africaine plus crédibles que Jeune Afrique dont la collusion avec la Françafrique ne fait plus l’ombre d’un doute.

Mais on peut résister aussi en traînant les diffamateurs et autres menteurs devant les tribunaux, comme Laurent Gbagbo le fit en 2003 en portant plainte contre Paris-Match et Dominique Ouattara qui l’avaient accusé d’être derrière les escadrons de la mort. Il récidivera, début juillet 2011, en poursuivant l’armée française pour “tentative d’assassinat” lors de l’offensive menée en avril 2011 contre sa résidence par les forces franco-onusiennes. Le 25 juin 2012, c’était au tour de son fils, Michel Gbagbo, de déposer une plainte en France pour “enlèvement, séquestration, traitements inhumains et dégradants” contre Guillaume Soro et neuf anciens “comzones”. En novembre 2014, Ali Bongo, le président gabonais, initia une action en justice contre le journaliste français Pierre Péan “pour des accusations très graves et formulées de façon affirmative” alors que “la base factuelle de [ces accusations] s’avère insuffisante”. Il est évident que celui qui este en justice en Côte d’Ivoire contre Dramane Ouattara ou ses proches a peu de chances de voir sa cause triompher, étant donné que l’appareil judiciaire est aux ordres du pouvoir exécutif dans ce pays. En France, en revanche, il arrive que le plaignant obtienne gain de cause. Ainsi, Laurent Gbagbo gagna son procès contre le quotidien français Libération qui, sans la moindre preuve, le rendait responsable de l’assassinat de Jean Hélène. Le 5 avril 2006, Jean-Marie Colombani, directeur de publication du journal Le Monde, fut condamné par la Cour d’appel de Paris pour avoir diffamé Laurent et Simone Gbagbo. Le 5 octobre 2017, la même sanction fut infligée par le Tribunal correctionnel de Paris à Pierre Péan qui avait écrit des mensonges sur le président gabonais.

Ce que je voudrais souligner ici, c’est que nous ne devons plus nous laisser insulter et piétiner par des gens qui s’érigent en donneurs de leçons alors que leurs méfaits et crimes démontrent chaque jour qu’ils sont les plus grands assassins et les plus grands voyous de la terre. Nous ne pouvons plus subir sans rien dire. Doit cesser la politique de “tendre l’autre joue”, d’autant que même Jésus ne se fit pas gifler une seconde fois par l’un des huissiers qui estimait qu’il n’avait pas bien parlé au grand prêtre. “Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal et, si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?”, lui répondit-il (Jean 18, 23). Les coups et crimes des faux frères et de leurs tuteurs ne doivent plus rester impunis.

Jean-Claude DJEREKE

Dernière publication: “ L’Afrique doit être libre et souveraine”, Paris, L’Harmattan, 2017, 255 pages.

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