Rétablissement des frais aux concours publics: La surprise de Ouattara en Conseil des Ministres

Rétablissement des frais aux concours publics: La surprise de Ouattara en Conseil des Ministres

En plein Conseil des Ministres du mercredi 3 septembre 2014, le chef de l’Etat a interpellé le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative sur le rétablissement des frais de dossiers dans l’organisation des concours d’entrée à la Fonction Publique. Il a lu l’article de «L’Eléphant Déchaîné» sur le sujet? 

Dans son édition N°273 du mardi 5 au jeudi 7 août 2014, «L’Eléphant», dans un article intitulé «Frais du concours d’entrée à l’ENA: retour à la case départ avec Cissé Bacongo», s’était ému des frais de concours exorbitants imposés cette année aux quelques 82 mille candidats au concours d’entrée à l’ENA.

Lesquels, quelques mois plus tôt, alors que Cissé Bacongo ne sévissait qu’à la tête du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, s’étaient joyeusement inscrits en ligne sans débourser le moindre sou. C’est que, en ce temps-là, régnait au Ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative, un certain Gnamien Konan qui, depuis 2011, avait supprimé le paiement de frais de dossiers dans l’organisation des concours d’entrée à la Fonction publique.

C’est que Gnamien Konan estimait que le principe de la gratuité du Service public ne cadrait pas avec la perception de ces frais de dossiers qui faisaient souffrir chaque année des dizaines de milliers de candidats qui composaient en pure perte devant le nombre de places extrêmement limité.

Pour concrétiser cette idée qui a réjoui plus d’un enfant de pauvre, l’ancien ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative avait mis en place un système informatique révolutionnaire qui permettait effectivement d’organiser ces concours sans que personne ne paie des frais. Lesquels frais, dans son esprit, ressemblaient plutôt à de l’extorsion de fonds. Pour le bonheur de quelques fonctionnaires?

Certes, la décision de Gnamien Konan dérogeait (et ce n’était que justice) aux dispositions de l’article 2 nouveau du décret n°94-411 du 3 août 1994 abrogeant et remplaçant l’article 2 du décret n°84-119 du 7 mars 1984 instituant des droits d’inscription aux concours d’accès à la Fonction Publique et d’entrée dans les établissements de formation ainsi que des droits d’inscription aux concours professionnels et aux concours organisés par les centres de préparation administrative. Ce décret avait été pris par l’ancien président et actuel auteur de l’appel qui crée tant de désordre dans les rangs du PDCI, le prince de Daoukro, le jeune Henri Konan Bédié.

C’est donc en pensant que cette année, ils ne paieront pas un sou, que pour seulement quelques trois cents places, plus de 82 mille chômeurs endurcis se sont empressés, joyeusement, pour s’inscrire pour le concours direct d’entrée à l’Ecole Nationale d’Administration.

Bacongo arrive et met fin à la justice

Estimant que son prédécesseur avait violé un décret, dès que Cissé Bacongo dépose ses mallettes au Ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative, il s’empresse de repousser du revers de la main la décision de celui-ci et, dans la foulée, annonce, via le Directeur général de la Fonction publique, le rétablissement des frais de dossiers et autres, pour les concours administratifs: «(…) Il est à relever, sur ce point, que ce texte n’a jamais été abrogé et est donc en vigueur. Ces effets ont simplement été suspendus au sortir de la crise postélectorale pour venir au secours des populations alors très éprouvées.»

Il faut croire que dans l’esprit de cet homme, la nomination de Cissé Bacongo à la tête de ce Département ministériel était la preuve que les Ivoiriens roulaient désormais sur l’or et qu’en conséquence, on pouvait rétablir ces frais de concours qui empêchent chaque année des milliers de diplômés-chômeurs de se présenter auxdits concours. La preuve, le renchérissement par le nouveau ministre, des frais à soutirer aux candidats, en violation même des dispositions d’un décret qu’en grand légaliste, il voulait voir continuer à étendre ses dégâts dans les rangs des candidats dont les parents ne peuvent pas suivre le rythme infernal des prélèvements divers à chaque étape de l’organisation des concours. 10 mille FCFA pour l’inscription, 5 mille FCFA pour la visite médicale, 3 mille FCFA pour la pochette et 1000 FCFA pour la pochette. Soit, la somme totale de 19 mille FCFA. Pour des gens qui sont au chômage, c’est bien pensé! Pourquoi soutirer 19 mille FCFA à 82 mille personnes en sachant qu’il n’y a qu’à peine 300 places disponibles? Et pourquoi ne pas imposer la visite médicale qu’à la fin du concours uniquement pour les candidats déclarés admis et remplacer ceux qui seront déclarés inaptes par des gens préalablement mis sur une liste de réservistes selon leur mérite?

Course à l’argent en vitesse, quand tu nous tiens!

«Ce n’est pas moi, c’est l’ENA!»

Apparemment les questions posées par «L’Eléphant» sont tombées dans des oreilles insoupçonnées. Y compris celles du chef de l’Etat. Le mercredi 3 septembre, en plein conseil des ministres, il interpelle le ministre Cissé Bacongo sur les raisons du rétablissement des frais de concours qui fait couler tant d’encre et de salive? Gêné aux entournures, le ministre tente de vendre une première explication basée sur le fait que l’Ecole nationale d’administration (ENA) est un établissement public national qui a un fonctionnement autonome sur lequel il n’aurait aucun contrôle. C’est donc la faute à la Directrice générale de cet établissement? C’est elle qui s’attaque à un acquis qui faisait jusque-là le bonheur des candidats?

Mais l’argument sorti par Bacongo ne convainc pas le chef de l’Etat qui reste dubitatif. Résultat, rétropédalage du ministre qui explique finalement qu’il y a un décret pris en 1994 et qu’il n’a fait que le remettre en application. Réaction à peu de mots près du chef de l’Etat: «Mais où est ce décret? Faites-le venir pour qu’on l’abroge afin que les gens conservent cet acquis!» Fin des échanges et petit silence dans la salle.

Depuis, du côté du Palais présidentiel, on attend le projet de décret devant abroger le décret de 1994 instituant des droits d’inscription aux concours d’accès à la Fonction publique, un décret devenu totalement anachronique par rapport au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication qui permettent d’organiser en toute transparence des concours assistés par ordinateurs sans que les candidats n’aient à débourser le moindre sou.

En attendant, les candidats qui ont été invités par la directrice de l’ENA à reprendre leur inscription sur le site Internet de cet établissement vont-ils être remboursés s’ils ont déjà payé? Ça ne serait que justice. Parce que ça commence vraiment à bien faire dans ce pays où des de nombreuses taxes et autres prélèvements parafiscaux sont institués en toute illégalité dans les ministères et qui aggravent la situation financière des usagers du service public qui est en principe gratuit.

«L’Eléphant» qui travaille sur ce sujet depuis quelques temps, y reviendra bientôt. Créateurs de taxes illégales de tous les ministères, tremblez!

C’est vrai qu’avec 82 mille candidats, c’est la somme de 1,558 milliard de FCFA qu’attendent impatiemment des têtes d’huile au ministère de la Fonction publique, à l’ENA et quelques médecins et autres vedettes du ministère de la Santé en charge des visites médicales. «Question pour un champion»: combien gagne un médecin sur les 3 mille FCFA que paye chaque candidat? Et combien gagne celui qui l’a désigné pour faire ces visites médicales?

Mais, c’est sûr qu’après cet article, le ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative va réagir pour expliquer aux Ivoiriens que cet argent ira entièrement dans les caisses de l’Etat. D’où le budget record de plus de 5 mille milliards annoncé pour 2015?

Alex Kassy

Source: L’Eléphant Déchaîné

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