Retour sur l’horreur à Assuéfry: Des militaires ivoiriens tuent trois civils et terrorisent la population

Retour sur l’horreur à Assuéfry: Des militaires ivoiriens tuent trois civils et terrorisent la population

Des éléments des FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire) ont tiré sur des habitants d’Assuéfry, une localité frontalière du Ghana, lundi soir, tuant au moins trois personnes. Des violences inexplicables pour les habitants.

Le corps de cette femme a été retrouvé dans les rues dAssuéfry lundi soir avant dêtre amené à la morgue de Tanda. Retour sur lhorreur à Assuéfry: Des militaires ivoiriens tuent trois civils et terrorisent la population

Le corps de cette femme a été retrouvé dans les rues d’Assuéfry lundi soir, avant d’être amené à la morgue de Tanda.

“J’ai entendu des tirs durant plus de deux heures”

Albert (pseudonyme) est un habitant d’Assuéfry.

Lundi matin, on a commencé à installer des bâches sur la place des fêtes, à la veille de la journée des droits des femmes. Mais en fin de matinée, on a reçu un appel venant d’un ministère : on nous a dit qu’il était hors de question que des célébrations se déroulent à Assuéfry. Du coup, on a tout remballé.

Ensuite, le député-maire de la ville a dit qu’on n’allait quand même pas tout annuler en raison d’un coup de téléphone. Donc on a tout réinstallé…

Finalement, en fin de journée, les matches de football féminin qui étaient prévus – en prélude à la journée des droits des femmes – ont bien eu lieu, et tous les habitants d’Assuéfry étaient présents.

Mais au moment de la finale, plusieurs dizaines de militaires des FRCI sont arrivés, lourdement armés, à bord d’au moins huit véhicules.

On s’est alors dirigés vers eux. Les militaires voulaient traverser le village. L’un d’eux a donc demandé aux gendarmes de faire partir les habitants, ce que les gendarmes ont refusé car il y avait trop de monde sur la place.

Le sous-préfet et le député-maire sont ensuite arrivés. Eux aussi ont conseillé aux militaires d’emprunter une autre route, plutôt que de traverser le village. À ce moment-là, l’un des soldats a essayé de frapper le député-maire. Ce dernier a alors quitté les lieux, car ça commençait à chauffer.

Comme c’était de plus en plus tendu, je suis rentré chez moi. J’ai alors entendu des tirs, qui ont duré durant plus de deux heures. Ensuite, quand ça a cessé, on est sortis dans les rues et on a découvert des corps.

Trois personnes au moins ont été tuées par balle dans la soirée, selon nos informations. Les corps d’une femme et d’un adolescent ont été amenés à la morgue de Tanda, à 24 km d’Assuéfry. Celui d’un homme a également été amené par les FRCI à la morgue de Bondoukou, à plus de 70 km d’Assuéfry. “Les militaires ont dit qu’ils venaient d’Assuéfry et qu’ils avaient trouvé le corps sur la route”, a indiqué le responsable de la morgue à France 24. Ces décès ont été confirmés par les autorités locales. Un médecin d’Assuéfry indique par ailleurs avoir soigné trois blessés par balles. Une personne serait également portée disparue, selon le député-maire de la ville.

Le corps de cet homme a été amené à la morgue de Bondoukou Retour sur lhorreur à Assuéfry: Des militaires ivoiriens tuent trois civils et terrorisent la population

Le corps de cet homme a été amené à la morgue de Bondoukou.

“Des militaires ont frappé tout le monde dans ma boutique”

Outre les morts et les blessés, les FRCI ont brûlé des motos et des vélos, tiré sur la voiture du sous-préfet, pillé certaines boutiques et malmené des commerçants, comme le raconte l’un d’eux, Marc (pseudonyme) :

Vers 18h30, des militaires sont entrés dans ma boutique et ont commencé à frapper tout le monde à l’intérieur. Puis, ils sont partis en emportant avec eux deux cageots de bière, huit bouteilles de liqueur et le téléphone portable de mon fils. Ils n’ont pas vraiment parlé, ils étaient comme drogués. [Selon Albert, de l’argent liquide aurait également été volé à certains commerçants, NDLR.]

Les militaires ont brûlé plusieurs motos Retour sur lhorreur à Assuéfry: Des militaires ivoiriens tuent trois civils et terrorisent la population

Les militaires ont brûlé plusieurs motos.

 

“Les habitants ont fui dès que les militaires ont commencé à tirer”

Sévérin Yeboua, le député-maire de la ville, revient sur la violence des FRCI :

Contrairement à ce qui a été dit dans certains médias, aucun affrontement n’a opposé les FRCI à la population. Quand les militaires sont arrivés, ils étaient lourdement armés. En revanche, les habitants n’avaient strictement aucune arme. Ils chantaient seulement : “On ne vous laissera pas passer !”. Donc ils ont immédiatement fui quand les FRCI ont commencé à tirer.

Depuis l’an dernier, les habitants de trois autres villages de la région ont été frappés par les soldats. Je ne comprends pas leur attitude. Ils terrorisent la population.

Rivalités politiques et trafics de noix de cajou en arrière-plan

Bien que les habitants et le député-maire d’Assuéfry affirment ne pas comprendre les raisons d’une telle violence, Albert estime que des rivalités politiques pourraient être à l’origine du drame survenu lundi soir.

Le président du Conseil régional, Kouassi Kobenan Adjouman, n’avait pas forcément envie qu’une fête rassemblant beaucoup de monde soit organisée à Assuéfry, dans la mesure où le député-maire de la ville est l’un de ses rivaux. Il aurait sûrement préféré qu’elle ait lieu ailleurs. Or, comme Kouassi Kobenan Adjoumani est également ministre, les FRCI ont peut-être été envoyées sur place pour boycotter la fête…

En outre, le trafic de noix de cajou ayant lieu dans la région avec le Ghana – où les usines sont frappées par une pénurie de matières premières – serait à l’origine de tensions récurrentes entre les populations locales et les autorités ivoiriennes. Lundi, des noix de cajou auraient ainsi été saisies dans la région par les autorités, bien que le lien avec les tueries d’Assuéfry soit difficile à établir.

Joint par France 24, le porte-parole du gouvernement ivoirien a indiqué qu’une enquête était actuellement en cours, menée par les FRCI, afin d’élucider les événements de lundi soir. Pour l’heure, ces soldats n’ont pas été inquiétés selon nos informations.

Chloé Lauvergnier

Source: France 24

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