Retour sur une désertion ″attendu″ raconté par Frank Toti: Detho Letho… je me souviens

Retour sur une désertion ″attendu″ raconté par Frank Toti: Detho Letho… je me souviens

Le mercredi 30 mars 2011, en pleine crise post-électorale, il est 12h. Les forces pro-Ouattara ont repris la ville de Duékoué après le bombardement intense des positions des FDS (l’armée républicaine) par des aéronefs de la Force onusienne. Et depuis 48h, les combattants pro-Ouattara s’adonnent à un massacre sans nul pareil.

L’état-major inter-armées est en réunion au Camp Gallieni du Plateau (Abidjan).

Le Commando invisible du Sergent-chef IB et les combattants de Soro infiltrent Cocody-Angré. Les combats s’intensifient dans plusieurs sous quartiers d’Angré.

On s’affaire à boucler le journal du lendemain 31 mars 2011 qui barrait à sa Une “LA BATAILLE D’ABIDJAN AURA LIEU”, lequel sera par la suite le dernier numéro avant l’intensification des combats à Abidjan.

Nous recevons à la rédaction une information anonyme selon laquelle le Général Firmin Detho Letho, alors Commandant de l’armée de terre, était en partance pour la “République du Golf”, l’hôtel où s’étaient emmurés Ouattara et ses Lieutenants.

Faut-il le souligner, c’était aussi la saison des rumeurs de toutes sortes.

Nous décidons, tout naturellement, de vérifier l’information. Nous joignons donc le concerné lui-même qui n’était pas à la réunion de crise des grands commandements pour cause de maladie officiellement.

– ” Mon Général, une information nous est parvenue selon laquelle vous seriez en route pour le Golf.

– Vous c’est qui?

– Frank Toti du Nouveau Courrier

– Ok. Oui ce n’est pas faux. Je suis en ce moment à l’Onuci et j’attends l’hélico de l’Onuci qui doit m’y conduire. Mais je vais vous donner un conseil de grand frère à petits frères. Mettez-vous à l’abri, parce que dans les heures qui suivent ça va chauffer dans la ville “.

Fin de la conversation, puisqu’il a aussitôt raccroché.

Nous tentons en vain de le contacter à nouveau. Son téléphone était désormais fermé.

Réunion de crise à la rédaction.

Faut-il sortir le journal le lendemain, alors que les attaques se multiplient déjà dans la ville ?

Faut-il révéler la désertion du Général 2 étoiles?

Quelles autorités joindre?

Nous avons tenté en vain de transmettre la “désertion” du Général Detho aux hautes autorités.

A l’état-major, notre interlocuteur (dont nous taisons le nom) nous a fait savoir que cela était impossible puisque le Général, convalescent, ne pouvait se trouver au Golf et qu’il s’agissait d’une fausse info.

Au ministère de l’intérieur, on nous a rétorqué qu’il s’agissait d’une question très sensible et qu’il fallait nous adresser au ministère de la Défense.

A la rédaction, nous avons décidé de boucler le journal et de révéler la “desertion” du Général, malgré la situation sécuritaire délétère et les incessantes menaces de mort qui pleuvaient tout au long de la journée à la rédaction.

Frank Toti

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