Réunions préparatoires du putch manqué du 16 septembre 2015 au Burkina Faso: Un témoin avoue que Kouakou Fofié y a pris part

Réunions préparatoires du putch manqué du 16 septembre 2015 au Burkina Faso: Un témoin avoue que Kouakou Fofié y a pris part

Certains responsables de la police étaient bien au courant qu’un coup d’Etat se tramait. En avril 2015, un témoin, qui a assisté à plusieurs réunions de préparation du putsch, est allé les voir avec des preuves concrètes : des enregistrements, des photocopies de chèques et d’autres éléments très édifiants. Il a voulu faire œuvre utile en dénonçant les putschistes. Mais après l’avoir auditionné, des officiers de polices, qui affirment avoir agi au nom de leurs supérieurs, ont tentés d’étouffer l’affaire. Ils l’ont rejoint à son domicile et l’on subtilement conseillé de « mettre fin à ses déclarations, de détruire les enregistrements et de quitter Ouagadougou ».

Ils ont ensuite récupéré son passeport et lui ont dit de se préparer, car il allait quitter, « cette nuit-là », le Burkina Faso. Du coup, les faits se sont accélérés. Dans l’après-midi, il a reçu un billet d’avion Ouagadougou Istanbul, de l’argent liquide et une carte visa approvisionnée. Mais à l’heure du vol, il n’était pas à l’aéroport. Il s’est enfui. Des hommes ont été mis à ses trousses, et jusqu’aujourd’hui, il vit en cachette. La situation est de plus en plus intenable. Sa conscience l’a tellement grondé qu’il a décidé de parler : « je ne veux pas mourir avec une telle charge sur ma conscience. J’avoue que ma vie n’est plus tranquille ; les évènements dont j’ai été témoin ou dans lesquels j’ai été impliqué, directement ou indirectement, ne font que me ronger, me torturer, de jour comme de nuit », affirme-t-il. Il a donc décidé de changer de cap, quelles que soient les conséquences : « le moment est venu pour moi de me libérer, de dire toute la vérité, même si c’est au prix de ma vie. Je ne veux plus garder de secret pour faire plaisir à des gens ». Voici, de façon détaillé, ce qu’il nous a dit.

Dans la matinée du samedi 14 avril 2015, je me suis rendu dans les locaux de la direction générale de la police à Ouagadougou pour dénoncer un coup d’Etat qui avait été préparé depuis l’extérieur (Mali et Côte d’Ivoire). Arrivé aux environs de 11h05mn, j’ai été reçu par un officier (officier Drabo), chargé de la sécurité de la ville de Ouagadougou. J’ai échangé avec ce dernier pendant 45mn. A la fin, il m’a fait savoir qu’il serait obligé d’informer le directeur de la police compte tenu de l’importance de l’information. Effectivement, 30mn après, un autre officier est venu nous rejoindre (officier Nagalo). J’ai encore échangé avec cet officier pendant 30 mn et ce dernier m’a donné un autre rendez-vous sur instruction du directeur de la police le lundi 16 avril 2015, à 15h. Comme prévu et convenu, j’ai été au rendez-vous, au lieu indiqué ; c’est-à-dire dans les locaux de la direction régionale de la police de Ouagadougou. Sur place, j’ai trouvé les officiers Drabo et Nagalo, le Directeur régional de la police et rois autres officiers dont une femme. J’ai été auditionné de 15h30mn à 22h45mn.

Et voici ce que j’ai déclaré dans mon audition : « Le 05 janvier 2015, aux environs de 9h, j’ai été contacté au téléphone par un ami officier de la police malienne (Inspecteur Fané Ousmane) ; il m’a dit qu’il avait besoin de ma voiture pour faire ses courses si je n’avais rien à faire avec mon véhicule. Comme je n’avais pas grand-chose à faire ce jour, je lui ai répondu par l’affirmative. Je l’ai rejoint à son domicile situé à Djélibougou, un quartier de la commune 1 de Bamako. Une fois chez Fané, ce dernier ma demander de l’accompagner pour des courses ; chose egalement que j’ai acceptée. Nous nous sommes rendus à l’hôtel Salam de Bamako. Là il m’a fait savoir qu’il avait des étrangers logés dans cet hôtel. Il m’a ensuite conduit dans une petite salle. Nous y avons trouvé certains officiers maliens (le Capitaine Abdrahamane Maïga, le Capitaine Adama Diarra du génie militaire, le Capitaine Boua Koné de l’armée de l’Air, le Capitaine Kodjo, le Directeur des études de l’EMIA ; c’est-à-dire l’Ecole inter-armée, l’Inspecteur de police Souleymane Doukour, le neveu du General Amadou Haya Sanogo, le Sergent-Chef Thierry Diarra du camp de Kati, le Lieutenant Souleymane Ouattara du camp Para et fils de l’ex-Directeur de la gendarmerie nationale du Mali et l’Inspecteur de police Fané Ousmane, ex-Directeur de protocole du Général Sanogo. Après 10 à 15 min d’attente, j’ai vu descendre de l’escalier, l’ex ministre burkinabè des affaires étrangères, le général Djibrill Bassolé, puis l’ex-ministre ivoirien de l’Intégration africaine et député de la ville d’Agboville, monsieur Adama Bictogo.

J’ai été présenté aux deux ministres par l’inspecteur Fané comme étant un homme discret avec plein de relations. Le General Bassolé lui a répondu ainsi : je connais ce jeune depuis longtemps. Effectivement, je connaissais ces deux messieurs depuis des années. Ils ont commencé la réunion à 12h06mn et elle prit fin à 14h10mn. Deux décisions majeures ont été prises. Première décision : exécuter le coup d’Etat qu’ils avaient déjà préparé contre le régime d’IBK au Mali. La date du 10 février a été fixée pour ce coup. Le Capitaine Maïga a été désigné pour conduire le coup. Les dernières consignes ont été données. Deuxième décision : Soutenir la candidature de Bassolé à l’élection présidentielle au Burkina, et en cas de refus ou de rejet de cette candidature, mettre le plan B en exécution : faire un coup d’Etat. Pour finaliser ce plan B, une autre rencontre a été fixée pour fin mars 2015 à Pogo (petite ville ivoirienne située à la frontière ivoiro-malienne).

A la fin de la rencontre, un chèque de dix millions a été remis aux officiers présents ; un chèque Coris bank dont je détiens la copie. Comme Fané devait continuer avec ma voiture, je lui ai dit que j’allais prendre un taxi pour rentrer chez moi. Je me suis rendu directement dans les locaux de la Direction générale de la Sécurité d’Etat (DGSE) pour dénoncer ce qui venait de se passer à l’hôtel Salam. Sur place, j’ai été reçu par le Lieutenant-Colonel Cheick Oumar N’djaye (responsable des enquêtes de la cellule spéciale). Après mon entretien avec cet officier, immédiatement une enquête a été ouverte ; et le 10 février 2015, aux environs de 2h du matin, le Capitaine Maïga et ses compagnons ont été arrêtés et enfermés dans les locaux de la DGSE ; des armes et autres effet militaires ont été saisis. Ils ont tous avoués les faits. J’ai été félicité par le premier responsable de la DGSE, en la personne du General Moussa Diawara. Il m’a demandé de travailler avec eux pour une année ; chose que j’ai refusée. Je suis resté au sein de ce service de renseignements pendant 25 jours. Une fois, j’ai dit au Colonel N’djaye qu’un coup avait été préparé contre le régime de la transition burkinabè. Voici sa réponse : « Mêle-toi de ce qui te regarde. OK ? ».

Après avoir passé les 25 jours à la DGSE, j’ai décidé de venir au Burkina. Comme deux capitaines avaient pu s’enfuir et avaient trouvé refuge à Ouaga, je suis venu les rejoindre à Ouaga. Ils étaient logés dans une villa située à 200 m de l’Ambassade marocaine et moi à Tampouy. Chaque nuit, nous étions ensemble, aussi avec le Capitaine Dao dans un bar situé sur l’avenue Kwamé N’Krumah « Taxi Brousse ». On mangeait ensemble souvent chez Bassolé, même à son absence du pays. J’ai accompagné les officiers à Pogo pour la réunion du 15 mars. Ma voiture RAV 4 a été utilisée par mes amis. A Pogo, la réunion s’est tenue à l’hôtel Fountara et en présence, coté Malien, du Capitaine Koné, Diarra et moi-même. Coté Burkina Faso, le Capitaine Dao, l’Adjudant-Chef de gendarmerie à la retraite, Aboubacar Traoré, M. Moussa Sanou, ex-responsable de service visas ambassade de la Turquie, M. Aboubacar Sanou, ex-consul honoraire de la Turquie au Burkina Faso, et cinq autres personnalités dont j’ignore les identités. Coté Cote d’Ivoire : le Lieutenant-Colonel Kouakou Fofié, le Commandant Djalla Keïta et 23 autres militaires.

La décision du coup d’Etat a été approuvée. Je détiens les enregistrements audio de cette réunion. A la fin de la rencontre, nous avons continué sur la ville de Bobo en compagnie des deux officiers maliens et avec l’Adjudant-Chef Traoré. A bord de notre véhicule, 150 appareils de brouillage et d’interception de communication. Nous avons passés la nuit à Bobo au domicile de Traoré, sis au quartier Yéguéré, avant de continuer le lendemain sur Ouaga, via la ville de Boromo ou nous avons déposé 100 appareils chez un certain Zongo, infirmier d’Etat à l’hôpital de Boromo. Nous avons ensuite continué à Ouaga. Arrivés, nous avons rendus visite à monsieur Archille Tapsoba, au Colonel Traoré, au General Diendéré, et à son épouse. Un compte rendu fidèle a été faite à toutes ces personnalités. Les réunions informelles ont continuées jusqu’au 1er avril 2015. C’est à cette date que le General Diendéré a confirmé du 8 septembre pour le coup d’Etat. Cette nuit-là, nous sommes restés avec le Capitaine Dao jusqu’à 5h du matin.

Je suis prêt à mettre les enregistrements audio et les copies à votre disposition. Ayant reçu le compte rendu de la situation, le général Bassolé m’a demandé si mon compte peut percevoir un virement sans problème. J’ai donné mon OK et il a ordonné le virement de 35 millions de francs CFA depuis l’étranger sur mon compte BOA Mali. Cet argent était destiné aux deux Capitaines et à leurs camarades détenus à Bamako. Quant à moi, j’ai reçu huit cent mille franc (800 000) francs CFA de la part de Bassolé. Avant le jour-J, les deux officiers devaient retourner à Abidjan. A leur départ, Bassolé a remis une voiture de marque Mercedes C aux deux capitaines. Comme moi j’avais une RAV 4 année 2010 (…), ils m’ont demandé de leur remettre la mienne et prendre celle offerte par le Général Bassolé. Je suis resté avec ladite voiture (…) je précise que des armes ont été aussi mobilisées pour la cause ».

Après l’audition, j’ai signé le procès-verbal et je suis rentré chez moi.

A ma grande surprise, j’ai été réveillé par un appel téléphonique venant de l’officier Nagalo. Il m’a demandé de lui indiquer mon lieu de résidence. Quand je lui ai dit que j’habitais à Tampouy, il m’a donné rendez-vous dans un bar situé non loin du commissariat de Tampouy, sur la route conduisant à la clinique Paul VI. Je l’ai rejoint et voilà ce qu’il me dit : « Je viens de la part de mes chefs ; ils m’ont chargé de te dire de mettre fin à tes déclarations, de détruire les enregistrements, de ne plus mettre pieds à la police ; sinon, ils ne pourront pas te sécuriser ; et que si tu es malin, de partir vite de Ouaga ». J’ai donné mon accord pour tout ce qu’il m’a demandé. Nous avons même partagé des bouteilles de bières avant de nous quitter. Encore, le même jour, à 15h, c’est-à-dire le mardi 7 avril 2015, j’ai reçu un appel venant d’un numéro privé ; mon interlocuteur m’a dit qu’il m’appelait de la part du patron de la police et qu’il doit me voir urgemment . Je lui ai donné rendez-vous dans un cyber qui se trouve au bas de l’hôtel Palm Beach de Ouagadougou. Deux officiers qui m’avaient auditionné auparavant sont venus me dire de leur remettre mon passeport et commencer à me préparer car je vais quitter cette nuit le Burkina Faso. L’un des officiers est resté avec moi et l’autre est allé émettre un billet Ouaga-Istanbul à mon nom. En plus du billet, ils m’ont remis la somme de 200 mille en espèces et 200 mille sur une carte visa. Avant 21h, j’avais déjà quitté Ouaga (pour une autre ville du Burkina). J’ai pris la fuite. Je détiens encore ce billet d’avion. Le reste plus tard. Je jure sur l’honneur que tout ce que je dis est vrai. Je suis à même non seulement d’apporter les preuves matériels si on me donne l’occasion, mais aussi de témoigner à visage découvert devant les personnalités citées ».

Source: courrier confidentiel (via burkinaonline.com)

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