Sahara Occidental. Les dessous du bras de fer entre Mohamed VI et Ban Ki-moon

Rien ne va plus entre le royaume chérifien et le secrétaire général des Nations unies. Le statut du Sahara Occidental est au centre de cette crise et Rabat est passé en mode offensif face aux tentatives de Ban Ki-moon de relancer les pourparlers sur ce conflit vieux de quarante ans.

Le royaume a annoncé le 15 mars la réduction de sa contribution à la Minurso, la mission onusienne pour le maintien de la paix au Sahara Occidental. Le lendemain, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon décide d’annuler sa visite prévue au Maroc en juillet

Tout a commencé durant la visite de Ban Ki-moon à Alger du 5 au 7 mars. Visite durant laquelle il ne s’est pas contenté de se rendre dans les camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie, mais il a également foulé le sol de Bir Lahlou, localité située dans une zone contestée et gérée par les indépendantistes du Polisario. C’est aussi un lieu où sont postés des observateurs militaires de la Minurso, à l’est du mur de défense érigé par l’armée marocaine. Une première pour un secrétaire général de l’ONU. A cette occasion, Ban Ki-moon a parlé de “référendum sur l’autodétermination” et utilisé le terme “occupé” en parlant de la présence marocaine dans le Sahara.

Les vieilles recettes de la propagande

Le Maroc a réagi en estimant sur un ton véhément que “l’utilisation de ce terme est ‘une insulte envers le peuple marocain’ et ‘une ineptie juridique et une erreur politique grave’”, en précisant qu’“aucune résolution du Conseil de sécurité n’a utilisé une telle terminologie”, relate Tel Quel.

Après avoir exprimé son “indignation” devant “les dérapages verbaux” de Ban Ki-moon, Rabat a appelé les Marocains à une marche le 13 mars pour dénoncer ces propos. “Certes, la langue de Ban Ki-moon a fourché lors de sa visite dans les camps des séparatistes. Fallait-il pour autant sortir de derrière les fagots les vieilles recettes de la propagande pour lui faire comprendre que les Marocains sont intraitables sur la question ?” demande le site marocain Le Desk, qui critique cette “politique de la table renversée” consistant à “ameuter des millions de personnes à qui on distribue pain, sardines en boîte, drapeaux, portraits du roi et effigies défigurées de Ban Ki-moon afin d’insulter le secrétaire général de l’ONU, qui, jusqu’à preuve du contraire, reste la seule organisation représentative du concert des nations”.

Et d’asséner : “Quand c’est la machine de l’Etat qui orchestre cela, cela s’appelle de la bêtise diplomatique.”

Une démarche que Ban Ki-moon n’a guère appréciée non plus. Le 14 mars, il s’est plaint auprès du ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, du “manque de respect” du Maroc envers sa personne et envers les Nations unies et lui a fait part de “sa colère et [de] sa profonde déception”.

C’est Washington qui tire les ficelles

Pourquoi le secrétaire général des Nations unies a-t-il adopté cette position sur le Sahara ? “Les déclarations de Ban Ki-moon dans les camps de Tindouf et à Alger, hostiles aux intérêts marocains, indiqueraient une grave divergence de vues entre le Maroc et les Etats-Unis, soutenus par la Grande-Bretagne, sur la question du Sahara”, estime Yabiladi. Les deux capitales s’orienteraient vers “une troisième voie qui serait plus que l’autonomie [proposée par le Maroc], moins que l’indépendance [revendiquée par les Sahraouis]”. Une solution qui serait élaborée par l’émissaire onusien Christopher Ross, en poste depuis 2009, et qui pourrait prendre la forme d’un fédéralisme. “Seulement, le Maroc refuse de l’accepter.”

Pour Yabiladi, “sur la question du Sahara, c’est Washington qui tire les ficelles” et le rôle des secrétaires généraux de l’ONU “se limite à accompagner la vision des responsables américains”. Ainsi Ban Ki-moon, qui “n’a pas fait montre d’une grande autorité sur la scène internationale”, obéit au tempo politique orchestré par les Etats-Unis. Le site marocain rappelle qu’en 2013 déjà “les services du chef de la diplomatie américaine John Kerry avaient soumis au Conseil de sécurité un projet de résolution proposant d’élargir le mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme au Sahara. Une manœuvre que le Maroc avait réussi à déjouer.”

Rapprochement Rabat–Moscou

Et pour contrer les idées fédéralistes soutenues par Washington et Londres, Mohammed VI est allé jusqu’à Moscou chercher l’appui de Vladimir Poutine. Une visite commencée le 13 mars et qui a donné lieu le 15 mars à une déclaration commune aux deux dirigeants stipulant : “La Russie et le Maroc ne soutiennent aucune tentative d’accélérer ou de précipiter la poursuite du processus politique, ainsi que toute sortie au-delà des paramètres déjà établis dans les résolutions existantes du Conseil de sécurité des Nations unies”, relate Le Desk.

Un rapprochement stratégique qui pourrait conduire au gel du dossier du Sahara. Dans le même temps, les deux pays ont signé plusieurs accords bilatéraux, notamment au plan des échanges commerciaux pour “favoriser les exportations agricoles marocaines et les importations de céréales russes”.

Dans l’immédiat, les Nations unies auront à remplacer quelque 3 millions de dollars que le Maroc versait pour assurer le logement et la nourriture des casques bleus de la Minurso. Sans oublier qu’il faudra prendre des mesures si le Maroc met à exécution sa volonté de retirer des contingents marocains engagés dans les opérations de maintien de la paix.

Hoda Saliby

Source: Courrier international

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