Samuel Eto’o: « J’aurais pu être Ballon d’Or »

Le Camerounais Samuel Eto’o, invité dimanche de la chaîne BeIN Sport, est revenu sur sa carrière avec son franc-parler habituel et son style inimitable. Verbatim.

« Pour moi, toute vérité est bonne à dire. » Samuel Eto’o a été fidèle à sa devise dimanche, lors de l’émission dominicale de la chaîne BeIN Sport. Le capitaine des Lions Indomptables n’a pas hésité à égratigner le monde du football, distillant de nombreuses piques à l’égard notamment de son ancien entraîneur à Barcelone, Pep Guardiola, ou des dirigeants du football camerounais. L’actuel attaquant de Chelsea est également revenu sur l’échec des Lions au Mondial-2010 ou encore sur la Coupe du monde qui se profile au Brésil.

• Real Madrid

Le joueur est arrivée en 1996 au Real Madrid aux côtés des stars Raul, Hierro, Redondo, Seedorf, Mijatovic. « C’était l’espoir, le début d’un rêve. Mais mon rêve est devenu un cauchemar, raconte Samuel Eto’o. Car je ne pouvais pas faire mon métier qui est de jouer au football. J’étais entré dans un bras de fer avec le président. C’est pour ça que j’ai dû partir. Je suis allé dans un petit club à Leganes, puis Espanyol Barcelone puis j’ai connu le bonheur à Majorque. »

• FC Barcelone

« J’avais un rôle très important dans le vestiaire. Je pouvais tout dire à n’importe qui en le regardant dans les yeux. La force du Barça, c’est que c’était un groupe de jeunes qui aimaient s’amuser ensemble. On partageait plus qu’un match de football. »

« Ronaldinho était le meilleur joueur au monde, voir même le meilleur joueur de tous les temps. Mais un joueur qui ne s’entraîne pas tous les jours, à un moment donné, il le paye cash. Au bout de deux ans on t’oublie. Le football va tellement vite qu’il y aura toujours un autre gamin qui va naître et qui sera encore plus fort. »

« C’est moi, à la mi-temps en 2006, qui ai parlé dans le vestiaire alors que l’on perdait face à Arsenal lors de la finale de la Ligue des champions. Ce n’est pas l’entraîneur Frank Rijkaard. J’ai parlé et, quand on est revenu, on a vu un autre Barça et on a gagné. »

• Pep Guardiola À peine arrivé à la tête du Barça, Guardiola avait déclaré vouloir se passer de Ronaldinho, Deco et Eto’o.

« J’ai rappelé à Guardiola qu’il n’a jamais été un grand joueur mais un bon joueur. […] Comme entraîneur, il n’avait rien démontré. Il ne connaissait pas l’histoire du vestiaire. […] À cette époque, j’avais reçu une belle offre pour aller jouer six mois en Ouzbékistan, payée 26 millions de dollars. Pep m’a dit d’y aller car cela allait me faire du bien. Mais je lui ai dis : ‘Non je ne pars pas. Celui qui va te faire gagner, c’est Eto’o et tu viendras me demander pardon.’ Je suis resté à ma place et j’ai continué à m’entraîner. […] J’ai marqué mes 35 buts, cette saison-là, qui lui ont permis de tout gagner et il était bien content. »

« Il m’a manqué de respect ouvertement et à plusieurs reprises. Il voulait changer les numéros de maillots et donner le 9 à ‘Titi’ Henry. Je ne pouvais pas l’admettre. J’ai beaucoup fait pour le club, que cela soit sur le terrain ou en dehors. J’ai toujours été là pour tous mes coéquipiers. »

« Pep voulait me donner des leçons d’attaquant mais je lui ai dit qu’il avait été milieu de terrain et pas un grand attaquant. »

• Andres Iniesta

« Pour moi, le meilleur joueur au monde c’est Andres Iniesta. Pas grand monde ne parle de lui mais je l’ai toujours trouvé exceptionnel. C’est le joueur qui interprète le mieux le football. Il joue simple, facile, met ses coéquipiers dans les meilleures conditions et marque des buts importants. »

• PSG

« J’aurais pu jouer au PSG à l’époque de Luis Fernandez (1994 – 1996). On en avait discuté lors d’un dîner. Mais ça ne s’est pas fait. »

« Pareil, à l’époque de Leonardo, j’aurais dû venir à Paris. Mais ce n’était vraiment pas facile. C’est dommage car je suis supporter du Paris Saint-Germain et que j’aurais vraiment aimé y jouer. »

• PSG – Chelsea en quarts de finale de Ligue des champions

« Je suis très content car j’ai toujours rêvé de jouer au Parc des Princes. Malheureusement ma blessure, samedi, face à Arsenal ne me permettra peut-être pas d’être là. Mais je vais travailler pour être là. »

• Son entraîneur José Mourinho

« José a quelque chose dans l’approche des matches que d’autres n’ont pas. J’ai connu beaucoup d’entraineurs mais c’est vrai qu’il est unique au niveau de la motivation. C’est incroyable. À l’approche d’un match, il devient quelqu’un d’autre. À certains moments, il perd parfois la raison comme il l’a fait avec moi. Mais c’était la première fois qu’il s’attaquait à l’un de ses joueurs. D’habitude il prend la pression sur lui. »

• La polémique de Mourinho sur son âge

« Non, ça ne m’a pas touché. Que voulez-vous que je dise ? Même si je suis vieux, je n’ai pas arrêté de marquer des buts mais je ne peux pas le faire du banc de touche ou des gradins, et encore moins si je suis chez moi dans mon salon. Même si je suis vieux, je sais encore marquer des buts, mais la dédicace, c’était pour mon jeune frère Demba Ba. Je lui avais dit avant le match : ‘Mon prochain but, je ferai le vieillard’. »

• Cameroun

« L’équipe nationale du Cameroun est la meilleure équipe africaine. Il y a énormément de talents dans notre équipe. Un entraîneur qui prend cette équipe, il doit avoir un certain passé, avoir du prestige. C’est comme entraîner le Brésil, l’Angleterre ou entraîner la France… »

• Mondial-2010 – Élimination du Cameroun au 1er tour avec 0 point

« Pendant cette Coupe du monde, je crois qu’on n’a pas compris notre mission, les joueurs ne l’ont pas comprise… Les dirigeants, je n’en parle même pas. Par contre, s’il y a bien un entraîneur qui a mérité cette équipe, qui pouvait changer quelque chose au niveau sportif, c’était Paul Le Guen. Les joueurs n’ont pas joué, les dirigeants complices ont tout manigancé pour que certains joueurs ne jouent pas… Il y avait deux camps, mais je crois que mes jeunes frères ont compris beaucoup de choses. Moi aussi j’ai compris. »

•Mondial-2014

« Quatre ans après, j’espère que l’on a appris de nos erreurs. Si on s’organise, on peut faire de grandes choses avec cette équipe, car il y a énormément de talent. En 17 ans en sélection, je n’avais jamais pris autant de plaisir que contre la Tunisie [en barrages du Mondial, NDLR]. J’étais heureux de voir ce que ces gamins pouvaient faire. À la fin de la rencontre, je me suis retrouvé pasteur, joueur, entraîneur, DJ… »

« La seule chose que je souhaite pour mon pays, c’est ce qu’il y a de meilleur et que ceux qui ont les capacités à certains postes, qu’ils soient à ces postes. Si on ne fait pas bien les choses, ceux qui dirigent le football mondial continueront de nous traiter avec moins de respect que d’autres. »

• Racisme

« Nous, les Africains, on se sent parfois défavorisé. Quand je suis arrivé au Barça, j’ai dit : ‘Je vais travailler comme le Noir que je suis pour vivre comme vous les Blancs.’ Il faut faire trois ou quatre fois plus que les autres pour être reconnu. Je n’ai pas toujours été reconnu. J’aurais pu être Ballon d’Or européen une ou deux fois, mais je ne l’ai pas été. Je ne le réclame pas, car le plus important pour moi ce sont les titres collectifs. Mais vu que ces trophées existent, j’aurais pu les gagner comme d’autres grands champions d’ailleurs, comme Maldini. Je suis africain, fier de l’être et quand je suis dans un stade de football je ne veux pas seulement montrer que je suis un bon footballeur, mais que je suis un Africain. Il faut que l’on sache qu’il y a d’autres Africains qui sont peut être encore meilleurs que moi. »

« Mardi [18 mars, NDLR], je jouais contre Galatasaray et je n’avais jamais vu cela ailleurs, tout un stade qui acclamait un petit ‘négro’, Didier Drogba, qui reconnaissait sa valeur. C’était du jamais vu. Moi, je suis revenu à Barcelone, le public me sifflait. Je me suis dit que ce n’était pas possible. »

• Sa mère

« Pour nous, Africains, arriver en Europe, c’est un miracle. Réussir après ce que vous entreprenez, c’est un autre miracle. Rien n’a été facile pour moi. Le jour où j’ai eu la chance de pouvoir dire à ma mère : ‘Aujourd’hui tu ne vendras plus jamais de poissons’, c’était déjà une réussite pour moi. Car c’était une souffrance de voir ma mère se réveiller à 2 heures du matin pour aller acheter du poisson qu’elle devait ensuite revendre au marché. Après ça, je me suis dit que je pouvais devenir le meilleur. »

Source: france24.com

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